Du bord-champ à Dubaï : l’ambition méthodique de Yao Sylvain Kossonou

De la collecte de matières premières agricoles en Côte d’Ivoire à la création d’une société de négoce international à Dubaï, Yao Sylvain Kossonou construit un parcours marqué par l’apprentissage du terrain, la diversification et une recherche progressive de crédibilité institutionnelle.
Le parcours de Yao Sylvain Kossonou ne commence pas dans les tours de Dubaï, mais au plus près de l’économie réelle ivoirienne. À Sikensi, Soubré ou Dabou, là où la qualité d’un produit, la fiabilité d’un fournisseur et la maîtrise du transport peuvent déterminer la rentabilité d’une opération, il apprend les fondamentaux du commerce de matières premières.
Entre 2014 et 2016, à la tête de L’Oracle SARL, il développe l’approvisionnement direct en café, cacao, hévéa naturel et maïs auprès de producteurs locaux, avant leur revente à des entreprises de transformation. Cette expérience lui apporte une connaissance concrète de la collecte bord-champ, de la négociation, du contrôle qualité et de la logistique. Elle constitue aujourd’hui l’un des socles de son ambition internationale.
Un an auparavant, sa sélection à un programme de renforcement des capacités entrepreneuriales de TechnoServe, soutenu par la Banque mondiale, lui avait permis de consolider ses compétences en structuration de projets, élaboration de business plans et préparation à la levée de fonds. Le terrain lui enseigne le produit ; la formation lui apporte progressivement la méthode.
La diversification comme trajectoire
En 2016, Yao Sylvain Kossonou fonde Kossonou Trading SA à Abidjan. Initialement orientée vers le négoce de produits pétroliers et le développement d’affaires à l’international, l’entreprise repositionne ensuite ses activités vers l’immobilier.
Cette transition doit notamment soutenir la constitution d’Altum Développer SAS, une structure en cours de création destinée à porter, sur le long terme, des programmes de logements accessibles et durables. Le projet reste conditionné à la disponibilité foncière, aux autorisations administratives, au financement et à la réalité du marché. Cette prudence est essentielle : elle distingue une orientation stratégique d’une réalisation déjà acquise.
En août 2024, l’entrepreneur crée également Kossonou Investment Limited au Royaume-Uni afin d’explorer des opportunités d’investissement et de structuration financière. La société ne mène cependant plus d’opérations commerciales actives depuis 2025. Ce véhicule britannique apparaît ainsi davantage comme une étape d’apprentissage institutionnel que comme le centre opérationnel de son dispositif.
À Dubaï, l’épreuve de la crédibilité
Le véritable changement d’échelle intervient en juillet 2025 avec la fondation d’ALTUM TRADING FZCO au sein de l’écosystème IFZA de Dubaï. La société entend développer des activités internationales dans les produits pétroliers raffinés, le pétrole brut, le gaz et les métaux précieux.
Mais Yao Sylvain Kossonou ne présente pas encore ALTUM comme une puissance installée. L’entreprise se trouve dans une phase de consolidation de sa crédibilité institutionnelle, de son réseau commercial et de ses capacités opérationnelles. Sa priorité porte sur la préparation bancaire, le financement du commerce, la conformité, la vérification des contreparties ainsi que la construction de partenariats avec des acteurs de l’inspection, de l’assurance et de la logistique.
Cette approche révèle une compréhension juste du négoce international. Dans cet univers, l’accès au produit ne suffit pas. La capacité à rassurer les banques, documenter les opérations, sélectionner les contreparties et maîtriser les risques constitue souvent le véritable avantage concurrentiel.
Le parcours de Yao Sylvain Kossonou demeure celui d’un entrepreneur en construction, et non celui d’un empire déjà constitué. Sa singularité réside précisément dans cette progression : partir des réalités du commerce agricole ivoirien, expérimenter plusieurs véhicules d’investissement, puis tenter de bâtir depuis Dubaï une plateforme capable de relier l’Afrique aux grands flux mondiaux. Entre Abidjan, Londres et Dubaï, son prochain défi sera moins d’afficher l’ambition que de la convertir en transactions solides, traçables et durables.
Mérimé Wilson




