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Bénito Fado à NSIA Banque Côte d’Ivoire : le banquier de la reconstruction face au défi du changement d’échelle

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Après avoir piloté la stabilisation de SUNU Bank Togo, Bénito Fado prendra, le 1er septembre 2026, la direction générale de NSIA Banque Côte d’Ivoire. Il n’arrive pas pour redresser une institution fragilisée, mais pour conduire une banque rentable, en forte croissance et engagée dans une transformation stratégique ambitieuse. Un changement de dimension qui mettra à l’épreuve sa capacité à conjuguer expansion, discipline du risque et qualité d’exécution.

Il existe, dans la carrière d’un banquier, des nominations qui récompensent une expérience et d’autres qui en changent profondément la portée. Celle de Bénito Fado à la tête de NSIA Banque Côte d’Ivoire appartient manifestement à la seconde catégorie.

À compter du 1er septembre 2026, le dirigeant béninois succédera à Léonce Yacé, dont le mandat à la direction générale prendra fin le 31 août. Ce dernier se consacrera désormais pleinement à NSIA Holding Financière, avec la mission de renforcer le pilotage stratégique, les synergies et l’intégration du pôle bancaire du groupe. Bénito Fado sera accompagné par Sékou Chérif Sanogo, nommé directeur général adjoint.

Derrière ce passage de témoin se joue bien davantage qu’un changement de dirigeant. NSIA redessine son architecture de gouvernance en séparant plus nettement la conduite opérationnelle de sa principale banque ivoirienne du pilotage transversal de ses activités financières. Léonce Yacé prend de la hauteur au niveau de la holding. Bénito Fado, lui, reçoit la responsabilité d’exécuter, sur le marché ivoirien, une trajectoire de croissance déjà solidement engagée.

La difficulté de sa mission tient précisément à ce point : il n’hérite pas d’une institution à sauver, mais d’un actif à faire progresser sans en déséquilibrer les fondamentaux.

Une nomination qui révèle les priorités de NSIA

Le choix d’un dirigeant dit souvent beaucoup de la stratégie d’une institution. En recrutant Bénito Fado, NSIA Banque Côte d’Ivoire ne choisit pas uniquement un développeur commercial. Le groupe confie sa filiale à un banquier dont le parcours traverse presque toute la chaîne de création et de protection de la valeur bancaire : analyse financière, risque de crédit, gestion des engagements, banque des grandes entreprises, mobilisation des ressources, pilotage commercial, transformation opérationnelle et direction générale.

À 54 ans, Bénito Fado revendique plus de vingt-six années d’expérience, acquises au Bénin, en Guinée et au Togo. Cette mobilité régionale constitue un élément central de son profil. Dans une industrie structurée par des règles communes au sein de l’UEMOA, mais marquée par des réalités économiques, concurrentielles et institutionnelles différentes selon les pays, avoir dirigé sur plusieurs marchés donne une lecture plus fine du risque et des comportements de clientèle.

Cette expérience ne garantit évidemment pas les résultats futurs. Elle fournit toutefois une grille de lecture utile pour comprendre sa nomination. NSIA Banque Côte d’Ivoire entre dans une phase où la croissance ne pourra plus être évaluée uniquement par l’augmentation du bilan ou du produit net bancaire. Elle devra également être appréciée à travers la qualité des actifs, la diversification des revenus, la productivité des investissements technologiques et la capacité de la banque à transformer son appartenance à un groupe panafricain en avantage compétitif réel.

Le risque et le crédit comme première école du pouvoir bancaire

Avant d’être un métier de distribution, la banque est un métier d’arbitrage. Elle collecte des ressources, les transforme, finance des projets et accepte des risques qu’elle doit être capable de mesurer, de tarifer et de surveiller. C’est dans cette mécanique essentielle que Bénito Fado a construit une partie déterminante de sa carrière.

Après des expériences dans le conseil, la comptabilité et l’accompagnement de petites entreprises, il rejoint Continental Bank Bénin, où il intervient dans les risques et les engagements. Lorsqu’il intègre Ecobank Bénin en 2005, il progresse de l’analyse à la gestion de portefeuilles, puis vers des responsabilités commerciales de premier plan, jusqu’à devenir directeur de la banque des grandes entreprises.

Ce passage du contrôle du risque au développement commercial est structurant. Il lui permet d’aborder le crédit sous ses deux dimensions souvent difficiles à réconcilier : comme moteur de revenus et comme source potentielle de pertes. Le bon banquier d’entreprise n’est pas celui qui finance le plus, mais celui qui sait identifier les entreprises capables d’absorber la dette, de transformer le capital reçu et de résister aux cycles économiques.

Dans des marchés africains où les états financiers peuvent être incomplets, où certaines chaînes de valeur dépendent fortement de la commande publique et où les risques sectoriels sont parfois concentrés, la décision de crédit exige davantage qu’une lecture mécanique des ratios. Elle suppose une connaissance des dirigeants, des modèles économiques, des flux commerciaux et de la réalité opérationnelle des entreprises.

C’est cette culture du financement de l’économie réelle que Bénito Fado transporte désormais à Abidjan.

La Guinée, ou l’apprentissage du changement d’échelle

En 2012, son arrivée à Ecobank Guinée comme directeur Corporate & Investment Banking marque une première rupture dans sa trajectoire. Pendant plus de huit ans, il y supervise des relations avec de grandes entreprises, des institutions financières et des organisations internationales, tout en intervenant sur des problématiques de trésorerie et de solutions bancaires à plus forte valeur ajoutée.

Selon les informations professionnelles reprises par Sika Finance, son portefeuille aurait enregistré sur la période 2012-2020 une croissance de 123,6 % des dépôts, de 165 % des emplois et de 85,7 % du produit net bancaire. Le nombre de clients aurait progressé de 21 %.

Au-delà des chiffres déclarés, cette séquence révèle une compétence qui comptera dans son nouveau mandat : la capacité à développer des volumes sans réduire la banque d’entreprise à une simple course aux encours.

Le financement des grandes entreprises pose en effet un dilemme permanent. Les opérations sont plus importantes et les revenus potentiels plus élevés, mais les concentrations de risques le sont également. Le dirigeant doit donc arbitrer entre conquête commerciale, consommation de fonds propres, liquidité, rentabilité et solidité du portefeuille. Cette discipline deviendra particulièrement importante dans une banque ivoirienne dont les créances sur la clientèle approchent désormais 1 819 milliards FCFA.

Après cette longue séquence guinéenne, Bénito Fado revient chez Ecobank Bénin en qualité de directeur Corporate Banking entre 2020 et 2023. Ce retour consolide son positionnement dans la banque des entreprises, avant qu’un autre défi ne transforme plus profondément son profil.

SUNU Bank Togo, le laboratoire de la reconstruction

Lorsqu’il rejoint SUNU Bank Togo comme directeur général adjoint en juillet 2023, puis comme directeur général en janvier 2024, Bénito Fado ne change pas seulement d’établissement. Il passe de la responsabilité d’un métier à celle de l’ensemble d’un bilan bancaire.

La banque togolaise, issue de la reprise de l’ancienne Banque populaire pour l’épargne et le crédit, traversait alors une période délicate. Il fallait simultanément consolider la gouvernance, encadrer les risques, restaurer la liquidité, moderniser les outils, stabiliser les relations internes et rétablir la confiance d’une partie de la clientèle.

Dans un entretien accordé à Financial Afrik en juillet 2025, le dirigeant reconnaissait la dimension humaine de cette transformation. Pour lui, la reconstruction ne pouvait pas être menée uniquement par les procédures et les ratios. Elle exigeait de restaurer le dialogue, de clarifier le fonctionnement de l’institution, d’améliorer la qualité de service et de reconstruire progressivement la confiance.

Cette expérience est probablement la plus révélatrice de son style de direction. Elle montre un banquier qui semble privilégier la consolidation des fondations à la recherche d’effets immédiats. À SUNU Bank Togo, sa feuille de route associait maîtrise des charges, renforcement des fonds propres, transformation technologique et croissance prudente des portefeuilles.

Elle comportait également une dimension numérique : développement du WhatsApp Banking, lancement de l’application MySUNU Bank, amélioration de l’Internet Banking destiné aux entreprises et modernisation des solutions de paiement. Son approche du digital ne consistait pas à multiplier les plateformes pour afficher une image d’innovation, mais à réduire la distance entre la banque et ses clients.

Cette expérience de reconstruction pourrait être précieuse à Abidjan, même si le contexte sera radicalement différent.

À Abidjan, une banque solide mais des arbitrages plus complexes

Bénito Fado prend les commandes d’une banque dont les indicateurs financiers traduisent une réelle dynamique. En 2025, le total du bilan de NSIA Banque Côte d’Ivoire a progressé de 22 %, passant de 2 510 milliards à 3 073 milliards FCFA. Les ressources de la clientèle ont augmenté de 32 %, à 2 242 milliards FCFA, tandis que les créances sur la clientèle ont atteint 1 818,7 milliards FCFA, en hausse de 18 %.

Le produit net bancaire s’est établi à 112,9 milliards FCFA, en progression de 15 %, et le résultat net a franchi pour la première fois le seuil des 40 milliards, à 40,7 milliards FCFA. Le coefficient d’exploitation s’est amélioré de 5,1 points, pour ressortir à 54,6 %.

Ces performances constituent un socle confortable, mais elles rendent aussi le mandat plus exigeant. Une banque en croissance rapide doit renforcer ses mécanismes de contrôle au même rythme que son activité. Or, le coût net du risque est passé d’un niveau positif de 0,6 milliard FCFA en 2024 à une charge de 8,5 milliards FCFA en 2025. Cette évolution ne remet pas en cause la solidité de l’établissement, mais elle rappelle que l’expansion du portefeuille de crédits doit rester étroitement surveillée.

D’autres signaux mériteront l’attention du nouveau directeur général. Les commissions ont reculé de 3 %, tandis que les frais généraux progressaient de 18 %. La marge d’intérêt demeure donc un moteur important de la performance, mais la diversification des revenus et l’efficacité des dépenses constitueront des chantiers essentiels.

Le défi de Bénito Fado ne sera pas seulement de préserver la rentabilité. Il devra améliorer la qualité de cette rentabilité.

Financer davantage sans affaiblir le bilan

NSIA Banque Côte d’Ivoire a déjà engagé une diversification importante de ses sources de financement. En 2025, l’établissement a lancé une opération de titrisation multidevises de 50 milliards FCFA destinée à renforcer sa capacité de crédit et à optimiser la rotation de ses actifs. Il a également initié le programme Zaka NSIA Banque Côte d’Ivoire, une opération de titrisation de créances hypothécaires de 10 milliards FCFA orientée vers le logement abordable.

La banque a parallèlement conclu plusieurs accords de financement, notamment avec le Fonds de l’OPEP pour le développement international, responsAbility et CDC-CI Capital. Elle a également renforcé son positionnement auprès des PME, des entreprises féminines, des entrepreneurs agricoles et des industries engagées dans l’efficacité énergétique.

Ces dispositifs placent le futur directeur général devant un enjeu d’allocation du capital. Lever des ressources n’est qu’une première étape. Il faut ensuite les diriger vers des activités suffisamment productives, rentables et résilientes pour générer des revenus sans détériorer le profil de risque de la banque.

Cette question sera d’autant plus stratégique que le Plan national de développement 2026-2030 de la Côte d’Ivoire prévoit une forte mobilisation de l’investissement privé. Les banques seront appelées à financer les entreprises, les infrastructures, la transformation industrielle, les chaînes agricoles et la transition énergétique. Elles devront cependant le faire dans un environnement où la concurrence s’intensifie et où les entreprises réclament des décisions plus rapides, des produits mieux adaptés et des services digitaux plus efficaces.

Continuité opérationnelle et nouvelle discipline collective

La nouvelle gouvernance de NSIA Banque Côte d’Ivoire repose sur un équilibre intéressant. Bénito Fado apporte une expérience régionale, une culture du risque, une maîtrise de la banque d’entreprise et un vécu récent de transformation. Sékou Chérif Sanogo, directeur général adjoint, apporte quant à lui la connaissance interne du groupe et de la filiale ivoirienne.

Au-dessus de ce tandem, Léonce Yacé pilotera NSIA Holding Financière. Cette architecture peut renforcer la cohérence du pôle bancaire, à condition que les responsabilités demeurent clairement définies. Une holding plus présente peut favoriser les synergies, la circulation des expertises, la standardisation des processus et la mutualisation de certains investissements. Elle peut aussi complexifier la prise de décision si l’articulation entre la stratégie du groupe et l’autonomie opérationnelle des filiales manque de fluidité.

Bénito Fado devra donc exercer un leadership à plusieurs niveaux : vis-à-vis du conseil d’administration, de la holding, de son équipe de direction, des collaborateurs, des régulateurs, des investisseurs et d’une clientèle devenue plus exigeante. Dans une banque cotée, chaque décision importante doit produire des résultats opérationnels tout en restant lisible pour le marché.

Le passage de la reconstruction à la transformation

À Lomé, Bénito Fado devait restaurer des équilibres. À Abidjan, il devra les faire évoluer.

La différence est fondamentale. Reconstruire exige de revenir aux fondamentaux, de stabiliser les équipes et de contenir les risques. Transformer une banque déjà rentable suppose d’aller plus loin : anticiper les nouveaux usages, améliorer la productivité, accélérer les décisions de crédit, diversifier les revenus, industrialiser les processus et conserver la confiance des actionnaires.

Son mandat permettra surtout de mesurer sa capacité à changer de registre. Le technicien du crédit est devenu développeur de portefeuilles. Le responsable de la banque d’entreprise a appris à diriger une institution en reconstruction. Il lui revient désormais de conduire une banque de premier plan sans interrompre sa dynamique, tout en préparant son prochain cycle de croissance.

C’est à cette intersection entre expansion et discipline que se jouera sa réussite. Non dans la multiplication des annonces, mais dans la qualité du bilan, la fidélité de la clientèle, la rentabilité des investissements numériques, la maîtrise du risque et la capacité de NSIA Banque Côte d’Ivoire à financer plus efficacement la transformation de l’économie ivoirienne.

Mérimé Wilson

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