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Nanna Sylla-Coulibaly, de la vérification des comptes à la gouvernance du capital

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On entre souvent dans la gouvernance par le pouvoir. Nanna Sylla-Coulibaly y est entrée par le contrôle. Pendant plus d’une décennie, elle a appris à lire ce que les chiffres révèlent, mais aussi ce qu’ils peuvent dissimuler : la solidité d’un modèle économique, la qualité d’une décision, l’exposition au risque ou les fragilités d’une organisation. Aujourd’hui, cette experte-comptable de formation déplace son centre de gravité. Après l’audit, les marchés financiers et huit années à la Banque africaine de développement, elle intervient désormais là où se définissent les règles du jeu : conseils d’administration, comités d’audit, réseaux d’investisseuses et structuration de l’investissement à impact en Côte d’Ivoire.

Cette évolution n’est pas une rupture. Elle constitue l’aboutissement logique d’un parcours construit autour d’une même question : comment rendre le capital plus rigoureux dans son allocation, plus responsable dans sa gouvernance et plus utile dans ses effets ?

La rigueur comme première langue professionnelle

La trajectoire de Nanna Sylla-Coulibaly repose d’abord sur une formation technique particulièrement dense. Après un diplôme de comptabilité et de gestion obtenu en 2010, elle décroche un master en comptabilité, contrôle, audit et finance à l’Université de Picardie Jules Verne en 2012. Elle complète ce socle par le diplôme supérieur de comptabilité et de gestion, puis poursuit le cursus français de l’expertise comptable entre 2014 et 2016.

Cette accumulation de qualifications n’est pas seulement académique. Elle installe une manière d’appréhender l’entreprise : par la qualité de son information financière, la robustesse de ses procédures et la cohérence entre ses ambitions et ses moyens.

Ses premières expériences chez Deloitte Côte d’Ivoire, en 2012, puis au sein de la division des dépenses administratives de la Banque africaine de développement, alors installée en Tunisie, lui donnent rapidement accès à deux univers complémentaires. Le premier est celui de l’entreprise auditée, soumise à l’examen de ses comptes et de ses processus. Le second est celui d’une grande institution multilatérale, où la discipline budgétaire répond à des exigences de gouvernance internationale.

En 2013, elle rejoint Deloitte au Gabon dans le cadre d’un volontariat international en entreprise. Elle y progresse de junior à senior en audit financier. Cette étape est décisive : l’audit cesse d’être uniquement une méthode pour devenir une expérience du terrain africain. Il faut comprendre des entreprises évoluant dans des environnements réglementaires différents, apprécier leurs risques, interroger leurs procédures et formuler des conclusions suffisamment solides pour éclairer une décision.

De retour en Côte d’Ivoire en 2015, elle poursuit chez Deloitte comme analyste financière et auditrice jusqu’en avril 2017. À ce stade, son profil ne se limite déjà plus à la production ou à la certification de l’information comptable. Il se construit à l’intersection de l’analyse financière, du contrôle et de la compréhension des organisations.

De l’opération financière au regard institutionnel

Son retour à la Banque africaine de développement, en avril 2017, marque un changement d’échelle. Pendant près de cinq ans, Nanna Sylla-Coulibaly travaille au sein de la division des opérations de trésorerie et des marchés financiers. Elle passe ainsi de l’observation des comptes à l’environnement dans lequel circulent les capitaux.

Cette expérience lui permet d’approfondir sa connaissance des instruments financiers, des mécanismes de marché et des contraintes propres à une institution de développement. Dans une banque multilatérale, une opération financière ne se juge pas uniquement à son rendement. Elle doit également satisfaire des impératifs de liquidité, de maîtrise des risques, de conformité et de préservation de la capacité d’intervention de l’institution.

En décembre 2021, elle devient auditrice interne de la BAD. Ce déplacement vers la troisième ligne de défense élargit encore son champ d’analyse. L’audit interne ne consiste plus seulement à examiner des chiffres. Il évalue la qualité des dispositifs de gouvernance, l’efficacité des contrôles, l’application des procédures et la capacité d’une organisation à gérer ses risques sans perdre de vue sa mission.

Lorsqu’elle quitte la Banque en juin 2025, elle dispose ainsi d’une expérience peu courante, couvrant l’audit externe, les opérations de marchés et le contrôle institutionnel. Trois angles qui permettent d’observer une organisation avant, pendant et après la décision financière.

Faire des femmes des actrices du capital

En parallèle de sa carrière institutionnelle, Nanna Sylla-Coulibaly s’engage à partir de décembre 2022 au Women’s Investment Club Côte d’Ivoire, dont elle exerce la vice-présidence jusqu’en mai 2026, tout en intervenant comme investisseuse providentielle.

Son rôle porte notamment sur la WIC Académie, le renforcement des capacités des entrepreneures et les dispositifs destinés à rapprocher les entreprises féminines des financements. L’enjeu dépasse ici la formation classique. Il s’agit de transformer des projets entrepreneuriaux en entreprises suffisamment structurées pour répondre aux attentes des banques et des investisseurs.

La WIC Académie travaille précisément sur cette zone de friction : comptabilité, gouvernance, conformité, projections financières, bancabilité, préparation à la levée de fonds et exigences de due diligence. Autrement dit, elle agit sur ce qui empêche souvent une entreprise prometteuse de devenir effectivement finançable.

Nanna Sylla-Coulibaly participe également au déploiement du Guichet unique de l’investissement féminin. Porté par le CEPICI, financé par le PACA-CI avec l’appui de la BAD et mis en œuvre par le WIC Côte d’Ivoire, ce dispositif doit faciliter la formalisation, la structuration et l’accès au financement des entrepreneures. Le programme affiche l’ambition d’en accompagner plus de 1 000, notamment à travers un diagnostic de leurs entreprises, une assistance technique et une mise en relation avec les institutions financières. Le GUIF traduit ainsi une évolution importante : l’investissement féminin n’est plus seulement abordé sous l’angle de l’autonomisation, mais comme un sujet de structuration du secteur privé.

Son implication dans Women on Board procède de la même logique. Le programme prépare des femmes à exercer des responsabilités d’administratrices en renforçant leur maîtrise des états financiers, du contrôle interne, des risques et de la responsabilité fiduciaire. L’objectif n’est donc pas uniquement de féminiser les conseils, mais d’y faire entrer des profils capables de peser réellement sur la qualité des décisions.

Le passage dans les conseils d’administration

Depuis juin 2025, Nanna Sylla-Coulibaly siège comme administratrice indépendante au sein de deux entités réglementées relevant des secteurs de la banque d’affaires et de la microfinance. Elle préside également un comité d’audit.

Cette nouvelle étape marque son passage du contrôle exercé depuis l’intérieur d’une organisation à la supervision menée au nom du conseil. La responsabilité change de nature. Un administrateur indépendant doit questionner la stratégie, surveiller les risques, apprécier la fiabilité de l’information financière et conserver une distance suffisante vis-à-vis de l’exécutif.

Dans des institutions placées sous la supervision d’autorités monétaires et financières, cette indépendance n’est pas symbolique. Elle participe directement à la protection des déposants, des investisseurs et de la stabilité de l’organisation. La présidence d’un comité d’audit exige, en particulier, de transformer des constats techniques en interrogations stratégiques adressées aux dirigeants.

Construire un marché de l’impact

Depuis octobre 2025, Nanna Sylla-Coulibaly codirige également la Task Force chargée de renforcer l’écosystème ivoirien de l’investissement à impact, en collaboration avec GSG Impact.

Cette mission place son expertise au cœur d’un chantier encore émergent. L’investissement à impact cherche à associer rendement financier et résultats sociaux ou environnementaux mesurables. Mais il ne peut se développer durablement sans véhicules adaptés, entreprises préparées, règles communes, données fiables et investisseurs institutionnels disposés à engager du capital de long terme.

Publiée en mai 2026, la cartographie de l’investissement à impact en Côte d’Ivoire relève précisément les faiblesses du marché : acteurs encore fragmentés, capital institutionnel domestique insuffisamment mobilisé, manque d’entreprises prêtes à recevoir des investissements et absence d’un cadre harmonisé de mesure de l’impact. La Task Force réunit notamment des représentants de Comoé Capital, NSIA Banque, ESPartners, CrossBoundary, du ministère du Commerce et de l’Industrie ainsi que du WIC Côte d’Ivoire. Elle travaille à la constitution d’une organisation nationale susceptible de rejoindre le réseau international de GSG Impact.

Dans ce chantier, Nanna Sylla-Coulibaly apporte une combinaison cohérente : la discipline de l’auditrice, la compréhension des marchés, l’expérience d’une banque de développement, la pratique de l’investissement et la connaissance des contraintes rencontrées par les entrepreneures.

Son véritable sujet n’est donc plus seulement la conformité des comptes. Il est désormais celui de la qualité du capital : sa provenance, son allocation, son contrôle et sa capacité à produire des effets mesurables. Après avoir longtemps vérifié la solidité des organisations, Nanna Sylla-Coulibaly participe aujourd’hui à la construction des mécanismes qui devront rendre la finance ivoirienne plus inclusive, plus responsable et mieux gouvernée.

Mérimé Wilson

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