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Korédé Odjo-Bella, l’architecte de la transformation grand public d’Ecobank Côte d’Ivoire

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De la publicité aux médias, des télécommunications financières à la banque de détail, Korédé Odjo-Bella a construit une carrière autour d’une même compétence : comprendre les comportements pour transformer les modèles économiques. À la tête de la Banque des Particuliers d’Ecobank Côte d’Ivoire depuis septembre 2021, elle pilote désormais l’un des chantiers les plus décisifs du secteur financier ivoirien : rendre la banque plus accessible, plus digitale et plus pertinente pour des clientèles profondément diverses.

Dans la banque de détail, la transformation ne se mesure plus au nombre d’agences ouvertes. Elle se lit dans la capacité à déplacer les usages, à convertir un client occasionnel en utilisateur actif, à distribuer du crédit sans fragiliser le portefeuille et à concevoir des offres suffisamment précises pour répondre aux réalités des femmes entrepreneures, des jeunes ou de la diaspora.

C’est sur ce terrain exigeant que Korédé Odjo-Bella exerce aujourd’hui son leadership. Depuis septembre 2021, elle dirige la Banque des Particuliers d’Ecobank Côte d’Ivoire, avec une responsabilité qui couvre la stratégie, l’innovation produit, les canaux digitaux, la performance commerciale et la rentabilité du portefeuille. Son mandat ne consiste donc pas seulement à vendre davantage de comptes, de cartes ou de crédits. Il s’agit de transformer la manière dont une banque panafricaine sert, comprend et fidélise plusieurs millions de clients.

Selon les données professionnelles communiquées, la migration vers les canaux hors agence aurait atteint 80 % de la clientèle sous sa direction. Le modèle d’agents bancaires a été repensé afin d’accélérer l’acquisition et l’activation des clients. Le portefeuille de crédits aux particuliers s’est renforcé jusqu’à figurer parmi les plus performants du groupe. Ecobank Côte d’Ivoire aurait également été reconnue comme premier émetteur de cartes Visa du pays en 2022 et 2023.

Derrière ces résultats se trouve une dirigeante dont le parcours s’est rarement laissé enfermer dans les frontières d’un seul secteur. Chez Korédé Odjo-Bella, la banque apparaît moins comme une rupture que comme l’aboutissement d’une trajectoire consacrée à la croissance, à la connaissance client et à la transformation des réseaux de distribution.

Sa carrière débute à la fin des années 1990 dans le marketing direct. Chez Overdrive, en France, elle travaille sur des campagnes destinées à de grands groupes internationaux tels que Samsung, Audi, Alcatel ou GlaxoSmithKline. Elle y apprend l’un des principes les plus durables de son parcours : une stratégie commerciale ne vaut que si elle parvient à produire une réaction mesurable chez le client.

Elle poursuit cet apprentissage chez McCann Erickson, où elle coordonne des stratégies de marque et des projets de communication pour des entreprises internationales. Cette période lui permet de maîtriser les mécanismes de construction d’une marque, mais aussi de comprendre les exigences de la relation commerciale, de la recommandation stratégique et du développement de nouveaux comptes.

En 2004, son arrivée chez Gallina Blanca l’installe au cœur des marchés africains. Pendant près de six ans, elle pilote le développement de la marque Jumbo et de son portefeuille de produits dans 22 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Elle assume également des responsabilités de Country Manager au Gabon et en Mauritanie, avec une exposition directe aux opérations, aux finances et aux ressources humaines.

Cette expérience est déterminante. Elle l’éloigne du marketing conçu comme une simple fonction de communication pour l’amener vers un marketing de responsabilité générale, connecté aux volumes, aux marges, à la distribution et à l’exécution locale. Elle découvre surtout la complexité de marchés africains que les stratégies uniformes décrivent mal : des territoires aux niveaux de revenus différents, aux circuits de distribution fragmentés et aux habitudes de consommation fortement ancrées.

Chez Canal+ Afrique, entre 2010 et 2013, cette connaissance régionale change d’échelle. Directrice marketing, elle intervient dans une quarantaine de marchés d’Afrique subsaharienne. Son rôle consiste à adapter les modèles commerciaux, accélérer les souscriptions et structurer l’usage des données dans le pilotage de la performance.

Les résultats communiqués témoignent d’une transformation substantielle : une progression de 66 % des acquisitions, une réduction de 35 % des coûts d’acquisition et une baisse de 20 % des dépenses liées à la rétention. Elle contribue également à l’intégration du mobile money dans les parcours de souscription à travers plusieurs pays. À une époque où les paiements numériques commencent à redessiner les usages africains, elle mesure déjà ce que la technologie peut apporter à la distribution de masse : davantage de proximité, moins de friction et une capacité nouvelle à servir des clients éloignés des réseaux physiques.

Son passage chez Wari prolonge cette immersion dans les services financiers numériques. En qualité de Chief Marketing and Retail Officer, elle travaille sur les produits, la distribution, la tarification, la gestion de la relation client et la communication d’un groupe présent dans plusieurs dizaines de pays. Elle se familiarise avec un enjeu qui deviendra central dans la banque : atteindre le dernier kilomètre, là où les infrastructures classiques deviennent trop coûteuses et où l’innovation doit compenser la rareté des points de contact traditionnels.

Mais l’une des étapes les plus révélatrices de son parcours se déroule dans les médias. Nommée Managing Director de Lagardère Active en Côte d’Ivoire en 2015, elle prend la responsabilité de deux activités à construire ou à transformer dans un environnement en pleine mutation numérique.

Sous sa direction, Vibe Radio et sa plateforme digitale sont développées jusqu’à atteindre, selon les données communiquées, près de 293 000 auditeurs quotidiens et trois millions de pages vues en trois ans. La radio aurait conquis environ 20 % de parts de marché en deux ans. Elle supervise également le lancement, en 2017, du webzine ELLE Côte d’Ivoire, pensé comme une plateforme entièrement numérique. Le lancement de Vibe Radio en Côte d’Ivoire en 2015 par Lagardère s’inscrivait alors dans l’ouverture progressive du paysage radiophonique privé ivoirien.

Cette expérience médiatique révèle une autre dimension de son leadership : la capacité à construire des communautés. Dans les médias comme dans la banque, le produit ne suffit pas. Il faut une proposition éditoriale ou commerciale, une identité reconnaissable, une compréhension fine des publics et une discipline quotidienne dans l’exécution.

Lorsqu’elle rejoint Ecobank Côte d’Ivoire en 2020 comme responsable régionale du marketing et de la communication, Korédé Odjo-Bella arrive donc avec une combinaison peu commune. Elle connaît la construction des marques, la distribution panafricaine, les médias, les paiements numériques et la gestion de centres de profit. Un peu plus d’un an plus tard, elle prend la direction de la Banque des Particuliers.

Ce passage du marketing à la responsabilité complète d’une activité bancaire traduit une évolution importante. Elle ne se contente plus d’analyser les attentes du marché ou de promouvoir les offres. Elle doit arbitrer entre croissance et risque, acquisition et rentabilité, innovation et conformité, digitalisation et qualité de service.

Pour structurer cette montée en responsabilité, elle continue de se former. Elle suit notamment un programme exécutif de HEC Paris consacré au secteur bancaire, un cursus de leadership avancé à l’Ecobank Academy, une certification internationale en banque de détail auprès du Retail Banking Institute de Lafferty ainsi qu’une formation spécialisée dans le risque de crédit auprès de Moody’s.

Cette démarche éclaire son style de dirigeante. Son parcours n’est pas celui d’une banquière issue exclusivement des métiers financiers traditionnels. Il est celui d’une spécialiste du client devenue responsable bancaire, puis ayant renforcé sa maîtrise du risque, du crédit et de la gouvernance pour mieux relier l’expérience utilisateur à la solidité économique.

Cette orientation se retrouve dans les offres segmentées déployées sous sa responsabilité. ELLEVATE cible les entreprises dirigées ou détenues par des femmes. MX Youth répond aux besoins d’une génération jeune, mobile et fortement digitalisée. L’offre Diaspora cherche, quant à elle, à transformer les liens financiers entre les Ivoiriens de l’étranger et leur pays d’origine en une relation bancaire plus structurée.

Ces propositions traduisent une conception précise de la banque de détail : le grand public n’est pas un bloc homogène. Une banque performante doit pouvoir distinguer les besoins, comprendre les trajectoires et proposer à chaque segment une expérience cohérente. L’inclusion financière ne consiste pas seulement à ouvrir des comptes. Elle suppose de créer des produits utilisables, accessibles et suffisamment adaptés pour devenir partie intégrante de la vie économique des clients.

Son engagement comme membre du conseil consultatif de MaTontine depuis 2016 renforce cette cohérence. La fintech sénégalaise s’inscrit dans la digitalisation des pratiques traditionnelles d’épargne collective et dans l’élargissement de l’accès aux services financiers. Pour Korédé Odjo-Bella, la technologie n’apparaît donc pas comme une fin, mais comme un instrument permettant de réduire la distance entre les institutions et les populations insuffisamment servies.

À la tête d’une équipe transversale de plus de 80 collaborateurs, elle doit désormais maintenir un équilibre difficile. Accélérer les usages numériques sans déshumaniser la relation bancaire. Développer le crédit sans détériorer la qualité du risque. Conquérir de nouveaux clients tout en augmentant l’activité de ceux déjà présents. Moderniser les canaux sans perdre de vue les réalités d’un marché où l’accompagnement physique demeure essentiel.

C’est probablement dans cette capacité à relier des univers longtemps séparés que réside la singularité de Korédé Odjo-Bella. Elle applique à la banque les enseignements du marketing, la rapidité du digital, la puissance communautaire des médias et la discipline financière de la gestion d’un portefeuille.

Son parcours raconte aussi une évolution plus large du leadership bancaire africain. Les dirigeants de la banque de détail ne peuvent plus être seulement des gestionnaires de réseau. Ils doivent comprendre les données, les plateformes, les comportements, les partenariats et les nouveaux circuits de distribution. Ils doivent surtout transformer la technologie en usages concrets et les ambitions stratégiques en performances durables.

Korédé Odjo-Bella appartient à cette génération de dirigeantes hybrides. Une génération pour laquelle la transformation ne se proclame pas dans les présentations institutionnelles, mais se mesure dans les transactions déplacées vers le digital, les clients effectivement activés, les crédits correctement distribués et les segments jusque-là négligés qui trouvent enfin une offre à leur mesure.

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