Chris-Jordan Mbock, le banquier qui veut réconcilier l’Afrique de l’Ouest avec la culture financière

Conseiller financier en France et fondateur de Propre’Terre Finance en Côte d’Ivoire, Chris-Jordan Mbock construit une passerelle entre deux univers : la pratique bancaire européenne et les réalités économiques de l’UMOA. Son ambition dépasse la transmission de connaissances. Il veut donner aux particuliers, aux étudiants et aux professionnels les moyens de mieux comprendre, protéger et investir leur argent.
La Côte d’Ivoire a reçu près de 938 milliards de FCFA de sa diaspora en 2025. Ce chiffre impressionne par son ampleur, mais il soulève une question plus profonde : quelle proportion de cette manne devient réellement une épargne structurée, un portefeuille d’investissement, un actif productif ou un patrimoine transmissible ?
C’est dans cet écart entre l’argent qui circule et le capital qui se construit que Chris-Jordan Mbock a choisi d’intervenir.
Fils d’Abidjan désormais établi en France, ce professionnel de la banque de détail développe depuis mai 2026 Propre’Terre Finance, une plateforme d’éducation et de certification professionnelle destinée aux étudiants, aux particuliers et aux métiers de la finance dans l’espace UMOA. Derrière cette initiative se dessine une conviction forte : la sécurité financière dépend moins du niveau de richesse que de la capacité à comprendre, organiser et faire fructifier ses ressources.
Du terrain opérationnel à l’expertise bancaire
La trajectoire de Chris-Jordan Mbock ne s’est pas construite dans un seul secteur. Elle s’est formée au contact d’environnements professionnels différents, qui lui ont appris successivement la rigueur comptable, la gestion opérationnelle, le management d’équipe, la relation commerciale et le conseil financier.
Après une licence en sciences économiques obtenue à l’Institut universitaire d’Abidjan, il rejoint Oxford Business Group comme assistant de projet. Il poursuit ensuite son apprentissage chez APM Terminals, où il travaille comme assistant comptable clients. Dans cet univers portuaire, la finance quitte les manuels pour devenir une réalité quotidienne faite de flux, de créances, de procédures et de discipline.
Entre 2018 et 2021, il franchit une première étape entrepreneuriale en devenant associé-gérant de la Société ivoirienne de transport express, SITEX SARL. Cette expérience lui permet de découvrir la réalité moins visible de l’entreprise africaine : la gestion de trésorerie, la coordination des opérations, la pression commerciale et la nécessité de prendre des décisions avec des ressources souvent limitées.
Son installation en France ouvre un nouveau chapitre. Chef d’équipe chez EG Group, il renforce ses compétences managériales avant de rejoindre, en juin 2023, la Caisse d’Épargne Île-de-France. D’abord conseiller commercial multimédias, puis conseiller financier à Montigny-le-Bretonneux et désormais à Versailles, il progresse au cœur de la banque de détail.
Cette évolution est significative. Elle traduit le passage de la vente de solutions bancaires à une fonction de conseil dans laquelle l’écoute, la compréhension des besoins, la confiance et la pédagogie deviennent centrales.
Adapter la finance aux réalités de l’UMOA
C’est précisément cette pratique quotidienne qui nourrit le projet Propre’Terre Finance. Chris-Jordan Mbock observe que l’Afrique francophone importe encore une grande partie de ses contenus de formation financière. Or, les principes universels de la finance ne suffisent pas toujours à comprendre les particularités d’un espace régi par le droit OHADA, le référentiel SYSCOHADA, les réglementations de l’UMOA et le fonctionnement de la BRVM.
Son pari consiste donc à territorialiser la connaissance.
Propre’Terre Finance ne veut pas seulement apprendre à établir un budget, lire un bilan ou comprendre une action. La plateforme entend replacer ces compétences dans l’environnement juridique, comptable et institutionnel où elles seront réellement utilisées. Elle propose deux certifications d’établissement consacrées à la finance de marché et à la finance durable, ainsi que neuf parcours de formation allant du niveau baccalauréat au bac+3, développés avec la plateforme NELLAPP.
L’offre prévoit également vingt cours d’initiation accessibles gratuitement et un portefeuille virtuel doté d’un million de FCFA fictifs. L’intérêt pédagogique du dispositif est évident : permettre à l’utilisateur d’expérimenter les mécanismes de l’investissement sans exposer immédiatement son épargne réelle.
Transformer l’éducation financière en infrastructure économique
L’intuition de Chris-Jordan Mbock dépasse le seul marché de la formation. Elle touche à l’un des angles morts du développement économique régional.
L’inclusion financière ne peut pas se limiter à l’ouverture d’un compte bancaire, à l’utilisation d’un portefeuille mobile ou à l’accès au crédit. Elle suppose également la capacité de comprendre un produit, d’en mesurer le risque, de comparer des solutions et de prendre une décision éclairée. Sans cette compétence, l’accès élargi aux services financiers peut demeurer superficiel.
Propre’Terre Finance se positionne ainsi sur un marché appelé à grandir : celui de la professionnalisation des conseillers, de la formation des jeunes aux métiers financiers et de l’accompagnement d’une classe moyenne désireuse de mieux gérer son patrimoine. Le projet peut également intéresser les banques, les compagnies d’assurance, les fintechs et les sociétés de gestion confrontées à une exigence croissante de confiance et de qualité du conseil.
Pour crédibiliser cette ambition, Chris-Jordan Mbock affirme s’entourer de spécialistes de la gestion, du droit bancaire et financier, du droit OHADA, de l’actuariat et de la finance durable. Cette démarche collective sera déterminante. Dans le secteur de la certification, la qualité scientifique des contenus, la reconnaissance des parcours et la solidité des partenariats institutionnels comptent autant que la puissance technologique de la plateforme.
Un entrepreneur entre deux rives
Le parcours de Chris-Jordan Mbock reflète une nouvelle génération d’entrepreneurs de la diaspora. Une génération qui ne conçoit plus nécessairement le retour comme un déplacement physique définitif, mais comme une circulation organisée des compétences, des méthodes et des capitaux.
Depuis la France, il continue d’acquérir une expérience bancaire de terrain. À Abidjan, il développe une entreprise tournée vers les besoins de l’UMOA. Cette double implantation constitue son principal avantage : elle lui permet d’observer les standards d’un marché bancaire mature tout en conservant une compréhension concrète des réalités ouest-africaines.
Propre’Terre Finance n’en est encore qu’à ses débuts. Son défi sera désormais de convertir une intuition pertinente en institution durable, reconnue par les professionnels, adoptée par les apprenants et capable de démontrer l’impact réel de ses formations.
Mais l’ambition est déjà clairement posée. Chris-Jordan Mbock ne cherche pas seulement à enseigner la finance. Il veut contribuer à faire émerger une génération qui ne se contente plus de gagner ou de transférer de l’argent, mais qui apprend à le transformer en sécurité, en investissement et en liberté.
Mérimé Wilson




