Gilles Thierry Beugré, l’ingénieur d’État qui veut fermer la carte des “zones blanches”

Dans l’écosystème numérique ivoirien, certains dirigeants portent une mission qui dépasse largement les objectifs d’une feuille de route. Celle de Gilles Thierry Beugré, Directeur général de l’Agence nationale du Service universel des Télécommunications TIC (ANSUT), est de celles qui touchent au quotidien des populations, à la compétitivité des entreprises et à l’efficacité de l’administration. Depuis avril 2022, cet ingénieur formé à l’INP-HB s’est installé au cœur d’un enjeu stratégique majeur : connecter le territoire, moderniser l’État par le digital et faire du service universel un levier concret de cohésion et de croissance.
Un profil d’ingénieur, façonné par la discipline des systèmes
Le parcours de Gilles Thierry Beugré raconte une trajectoire typiquement “école ivoirienne”, structurée par la technique, la rigueur et le sens du service public. Diplômé ingénieur en Computer Engineering à l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB), il s’inscrit dans cette génération de cadres pour qui la transformation digitale n’est pas un slogan, mais une architecture à concevoir, sécuriser et faire évoluer dans le temps.
Chez lui, la technologie n’est jamais dissociée de la gouvernance. À l’ANSUT, dans son adresse aux internautes, il insiste sur l’alignement aux missions de l’agence et aux besoins réels des citoyens, des entreprises et des administrations, dans toutes les zones du pays.
Vingt et un ans aux Douanes, au cœur de la modernisation de l’État
Avant l’ANSUT, Gilles Thierry Beugré a construit l’essentiel de sa carrière à la Direction générale des Douanes de Côte d’Ivoire, un terrain où la digitalisation est à la fois une nécessité économique et un sujet de souveraineté. D’abord chef de projet décisionnel, il évolue ensuite jusqu’au poste de Directeur des Systèmes d’Information, fonction qu’il occupe plusieurs années.
Dans cet univers, les systèmes ne servent pas seulement à “dématérialiser”. Ils permettent de sécuriser les recettes, de réduire les frictions, d’améliorer la traçabilité, de fluidifier le commerce et de mieux intégrer la Côte d’Ivoire aux standards régionaux. La Douane ivoirienne a notamment engagé des projets d’interconnexion avec plusieurs administrations voisines afin d’assurer l’interopérabilité des systèmes et de sécuriser les procédures de transit, logique cohérente avec les ambitions d’intégration économique sous-régionale.
Cette expérience, faite de projets complexes, de données sensibles et de continuité de service, constitue un socle déterminant pour diriger une agence dont les chantiers s’étendent du backbone national aux usages populaires.
À l’ANSUT, la mission du service universel comme politique publique
Créée par décret en 2012, l’ANSUT est un bras opérationnel de l’État pour concevoir, financer et mettre en œuvre les programmes de service universel, avec une responsabilité directe sur des investissements publics TIC, l’aménagement numérique et la réduction de la fracture digitale.
Sur le terrain, cela se traduit par des projets d’infrastructures structurants. Le site officiel de l’agence met en avant le Réseau National Haut Débit (RNHD), présenté comme une dorsale d’environ 7 000 km de fibre optique destinée à supporter les services TIC au niveau national.
En clair, l’ANSUT opère à l’endroit où la connectivité devient une question d’égalité des chances. Accès à Internet, accès aux services publics dématérialisés, accès aux opportunités économiques, accès à l’éducation numérique. Le service universel, dans ce cadre, n’est pas une exception : c’est une promesse républicaine.
Connecter les oubliés, traiter l’urgence des “zones blanches”
Gilles Thierry Beugré a pris la parole ces derniers mois avec un message sans ambiguïté : la fracture numérique reste tangible, parfois brutale, et l’urgence est réelle. Dans une interview, il évoque des localités dépourvues de réseau, où il faut parfois parcourir une longue distance avant de capter une connexion, révélant le visage concret des “zones blanches”.
Dans cette vision, la connectivité n’est pas seulement un indicateur technique. C’est un prérequis de développement local. C’est la capacité pour un producteur d’accéder à des informations de marché, pour un élève de bénéficier de contenus éducatifs, pour une famille de réaliser des démarches administratives sans déplacements coûteux, pour une PME de vendre et de se financer.
Les discours associés à l’action de l’agence insistent sur un principe qui résume l’approche : aucun citoyen ne doit rester au bord de la route technologique.
Dématérialiser l’administration, sans perdre le citoyen
Le deuxième axe qui caractérise son mandat est la modernisation des procédures administratives. Derrière la formule, il y a un enjeu d’expérience utilisateur à l’échelle d’un pays. Dématérialiser, ce n’est pas simplement numériser un formulaire. C’est repenser le parcours, la preuve, l’identification, la sécurité, l’interopérabilité, la capacité des services à répondre vite et bien.
Ici encore, la cohérence du parcours est forte. Le dirigeant qui a piloté des systèmes critiques aux Douanes arrive à l’ANSUT avec une culture de process, de traçabilité et de performance, mais aussi une conscience des risques : cybermenaces, qualité des données, continuité, inclusion des usagers.
La boussole éthique, un marqueur de gouvernance
Au moment de sa prise de fonction, le processus de sélection a été présenté comme compétitif et fondé sur des principes de bonne gouvernance. Dans les éléments rapportés lors de l’installation, l’éthique et la bonne gouvernance apparaissent comme des “catalyseurs” de l’action, au service d’une agence exposée à de grands investissements et à une forte attente sociale.
Dans l’administration moderne, la crédibilité se construit autant par les résultats que par la manière de les produire. Sur des sujets d’infrastructures, de marchés publics, de couverture territoriale, l’exigence de transparence et de redevabilité est une condition de succès.
Un leadership d’exécution, à l’échelle d’un pays
Ce qui rend le mandat de Gilles Thierry Beugré particulièrement scruté, c’est l’ampleur du défi. Dans un pays qui accélère sa transformation digitale, l’ANSUT se situe à l’intersection de trois attentes.
L’attente d’équité, réduire la fracture et offrir une connectivité utile, pas seulement une couverture théorique.
L’attente d’efficacité publique, simplifier et sécuriser les démarches, améliorer la qualité des services rendus.
L’attente de compétitivité, doter les territoires d’infrastructures capables d’attirer l’investissement, de soutenir les chaînes logistiques, de faire émerger des services numériques à valeur ajoutée.
Son profil d’ingénieur manager, forgé par deux décennies de modernisation des systèmes publics, semble taillé pour cette équation : penser le long terme, piloter l’exécution, mesurer l’impact et maintenir la confiance.
Le pari du service universel, l’impact comme métrique finale
Au fond, l’enjeu du service universel en Côte d’Ivoire n’est pas de poser de la fibre pour la fibre. L’enjeu est l’impact réel : des écoles connectées, des services publics plus simples, des localités désenclavées, des opportunités économiques accessibles, une administration plus performante.
Gilles Thierry Beugré s’inscrit dans cette logique d’État bâtisseur, où l’infrastructure devient une politique sociale, une politique économique et une politique de souveraineté numérique à la fois. À l’ANSUT, son défi est clair : transformer les cartes, mais surtout transformer la vie des gens.
Mérimé Wilson




