À la table où se négocient des milliards, le droit n’est pas une simple fonction d’appui. Il devient une infrastructure invisible : celle qui protège le capital, répartit les risques et transforme une ambition industrielle ou publique en projet finançable. C’est dans cet espace stratégique que Sydney Domoraud Operi a construit sa réputation. Associé fondateur d’ADNA à Abidjan, il intervient sur certaines des opérations financières, énergétiques, minières et infrastructurelles les plus complexes du continent.
Son parcours raconte également une évolution importante du marché juridique africain. Celle d’une génération de professionnels formés dans les grandes places internationales, revenus bâtir depuis l’Afrique des cabinets capables d’accompagner investisseurs, États et institutions financières selon les standards les plus exigeants.
Une formation à la croisée du droit et de l’économie
Sydney Domoraud Operi développe très tôt un profil transversal. À l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il obtient d’abord un diplôme supérieur en droit fiscal et droit des affaires, avant de compléter sa formation par un master consacré au transport international, à l’économie et au droit. Cette double lecture, juridique et économique, deviendra l’un des marqueurs de sa pratique.
Après son Certificat d’aptitude à la profession d’avocat obtenu à l’École de formation des barreaux de Paris, il rejoint successivement BNP Paribas, Ernst & Young, Orrick et Norton Rose dans le cadre de ses premières expériences. Le fil conducteur est déjà visible : finance, fiscalité, opérations transfrontalières et compréhension des intérêts africains.
Son passage chez Freshfields Bruckhaus Deringer, puis son détachement au sein de la direction juridique de Société Générale, lui permettent d’observer les opérations bancaires depuis les deux côtés de la table. Chez Dewey & LeBoeuf, il approfondit ensuite les financements d’acquisition, les restructurations et les opérations de dette.
Paris, Londres, puis le choix d’Abidjan
En 2010, Sydney Domoraud rejoint Orrick. Il y évolue au sein du groupe Énergie et Infrastructures, à Paris puis temporairement à Londres. Durant cette période, il intervient sur des financements de projets, des opérations minières, des transactions liées aux ressources naturelles et des montages de financement structurés.
Il ne se contente toutefois pas de maîtriser la mécanique des transactions internationales. En 2012, il enseigne également le droit des sociétés et le droit fiscal au Conservatoire national des arts et métiers. L’année suivante, un programme exécutif suivi à la London Business School sur la négociation et les techniques d’influence complète son profil. Cette formation managériale éclaire une dimension essentielle de son métier : les grandes opérations ne se concluent pas uniquement par la maîtrise des textes, mais par la capacité à rapprocher des intérêts souvent divergents.
Le tournant intervient en 2014 lorsqu’il participe à l’implantation d’Orrick à Abidjan et prend la direction du bureau ivoirien. Ce retour marque un changement de positionnement. Sydney Domoraud n’est plus seulement un avocat africain exerçant dans de grands cabinets internationaux ; il devient un acteur de la structuration du marché juridique depuis Abidjan.
En 2017, il fonde EMIRE Partners, cabinet centré sur l’énergie, les mines, les infrastructures et l’immobilier. L’initiative exprime déjà sa conviction : l’Afrique francophone doit disposer de plateformes juridiques locales capables de conjuguer connaissance du droit OHADA, intelligence des marchés et standards internationaux.
ADNA, l’ambition d’un cabinet africain intégré
En juin 2021, EMIRE Partners fusionne avec trois cabinets établis au Maroc, en Algérie et en Guinée pour donner naissance à ADNA. Sydney Domoraud en devient l’un des associés fondateurs.
Cette opération constitue en elle-même un geste entrepreneurial. Elle répond à l’une des faiblesses historiques du marché juridique francophone : la fragmentation des expertises nationales face à des clients dont les investissements traversent plusieurs frontières. Membre de l’Africa Legal Network, ADNA ambitionne de proposer une capacité d’exécution panafricaine sans renoncer à l’ancrage local.
Dans cet ensemble, Sydney Domoraud pilote principalement des opérations de fusion-acquisition, de capital-investissement, de financement bancaire et de développement de projets. Il conseille des États, des institutions financières de développement, des banques commerciales, des fonds d’investissement et des groupes internationaux dans les zones OHADA, UEMOA et CEMAC.
Des transactions qui racontent la transformation du continent
La portée de son travail se lit dans la nature des dossiers qu’il dirige. En 2026, Sydney Domoraud a conduit l’équipe d’ADNA ayant accompagné la République gabonaise sur les aspects de droit OHADA d’un accord de préfinancement pétrolier d’un milliard de dollars conclu avec Trafigura. Une opération dans laquelle se croisent financement souverain, sécurisation des revenus extractifs et stratégie budgétaire nationale.
Dans la finance durable, il a également dirigé l’intervention du cabinet lors de l’émission, par Poro Power, de la première obligation verte énergétique de l’UEMOA. D’un montant de 45,65 milliards de FCFA, l’opération doit notamment financer une centrale solaire de 66 MW en Côte d’Ivoire.
Son empreinte apparaît aussi dans l’émission obligataire sociale de 60 milliards de FCFA de la CRRH-UEMOA, destinée à soutenir près de 2 000 logements abordables en Afrique de l’Ouest, ainsi que dans la négociation de la concession d’une centrale solaire de 50 MWc à Katiola. À cela s’ajoutent des opérations majeures dans les mines, l’immobilier, le private equity et les acquisitions internationales, dont le rachat de Centamin par AngloGold Ashanti pour 1,9 milliard de livres sterling.
Derrière ces montants se dessine une spécialisation plus profonde : rendre juridiquement possibles des projets qui engagent des infrastructures, des emplois, des ressources stratégiques et plusieurs générations de capitaux.
L’influence discrète d’un bâtisseur
Les grands annuaires internationaux distinguent sa maîtrise du droit OHADA, des financements et des opérations complexes. Mais la singularité de Sydney Domoraud Operi tient surtout à l’équilibre de son parcours : la discipline technique acquise à Paris et Londres, la connaissance intime des environnements africains et une véritable culture entrepreneuriale du métier d’avocat.
Il appartient à une génération qui ne considère plus l’Afrique comme une juridiction périphérique traitée depuis l’étranger. Son choix consiste précisément à replacer Abidjan au centre de la décision, de la négociation et de la création de valeur juridique.
Dans une économie africaine où les besoins de financement sont considérables, la qualité des infrastructures juridiques devient aussi déterminante que celle des routes, des centrales ou des marchés financiers. Sydney Domoraud Operi travaille sur cette infrastructure-là. Elle se voit peu, mais sans elle, les grandes ambitions restent souvent à l’état de promesses.
Mérimé Wilson
