Luc Kpenou, l’ingénieur devenu stratège des paiements en Afrique de l’Ouest

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Directeur au GIM-UEMOA depuis avril 2025, Luc Kpenou incarne une génération de dirigeants capables de relier la technologie, la banque et la stratégie commerciale. De l’administration des réseaux informatiques au développement régional des paiements numériques, son parcours raconte une ascension construite dans la maîtrise des systèmes, puis élargie aux enjeux de croissance, d’interopérabilité et d’inclusion financière.

Dans l’industrie des paiements, la technologie ne constitue qu’une partie de l’équation. Une infrastructure peut être performante sans être massivement adoptée, tout comme une innovation séduisante peut échouer si elle ne répond ni aux exigences réglementaires ni aux réalités du marché. C’est précisément à l’intersection de ces mondes que Luc Kpenou a bâti sa carrière.

Depuis avril 2025, il occupe les fonctions de directeur au Groupement interbancaire monétique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Cette responsabilité le place au cœur d’un secteur devenu stratégique pour l’intégration régionale : celui des paiements électroniques, de l’interopérabilité et de la réduction progressive de la dépendance aux espèces.

Une autorité bâtie dans la salle des machines

Avant de devenir un dirigeant orienté vers le marché et la croissance, Luc Kpenou a d’abord appris à sécuriser les fondations invisibles de la banque. Diplômé ingénieur en informatique de l’École nationale des sciences appliquées d’Agadir, il rejoint en 2010 la Banque Internationale du Bénin comme administrateur réseaux et systèmes.

Il y travaille sur la disponibilité des infrastructures, la sécurité des données, la continuité des services et l’évolution des plateformes bancaires. Cette première séquence lui apporte une connaissance concrète des contraintes auxquelles sont confrontées les institutions financières : exigences de fiabilité, protection des transactions, gestion des incidents et nécessité d’adapter continuellement les systèmes aux nouveaux usages.

Promu directeur du département informatique et monétique en 2012, il élargit son champ de responsabilités. Il ne s’agit plus seulement de maintenir l’outil, mais d’en organiser la performance, de piloter les fournisseurs et de préparer l’évolution des services de paiement.

En 2014, il rejoint CBAO Bénin, filiale du groupe Attijariwafa bank, comme directeur de l’organisation et du système d’information. Il participe alors au lancement opérationnel de la banque au Bénin, à la structuration de ses infrastructures technologiques et à la mise en conformité de ses processus. Cette expérience marque un tournant : Luc Kpenou passe de la gestion d’un système existant à la construction d’une organisation bancaire.

Du système informatique à la conquête des marchés

Son arrivée au GIM-UEMOA en 2018 comme Regional Business Development Manager ouvre une nouvelle étape. Le technicien devenu manager doit désormais transformer des infrastructures de paiement en solutions adoptées par les banques, les administrations et les populations.

Il intervient notamment au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Togo. Son travail porte sur l’identification d’opportunités commerciales, la structuration de partenariats, le déploiement de projets de paiement électronique et le rapprochement entre le GIM-UEMOA et les institutions publiques. Son parcours professionnel fait état, durant cette période, d’une progression de 40 % des revenus régionaux et d’une hausse de 30 % des volumes de transactions associés aux initiatives conduites.

Nommé directeur commercial et marketing en février 2021, il prend une dimension plus stratégique. Il pilote la croissance, structure les équipes et contribue à repositionner l’offre du GIM-UEMOA face à la montée du mobile money, des fintechs et des nouveaux usages numériques. Les résultats communiqués font ressortir une croissance moyenne du chiffre d’affaires de 20 % durant cette séquence.

Sa singularité apparaît alors clairement : Luc Kpenou ne vend pas une technologie qu’il observerait de loin. Il comprend son architecture, ses risques, ses contraintes opérationnelles et les conditions nécessaires à son adoption.

Un dirigeant en formation permanente

Cette évolution professionnelle s’accompagne d’un important investissement académique. À son diplôme d’ingénieur, Luc Kpenou ajoute des certifications en monnaie électronique, finance digitale et déploiement du mobile money auprès de la Fletcher School de Tufts University et du Digital Frontiers Institute.

Il complète cette expertise par un certificat en stratégie à HEC Paris, un master professionnel en management, marketing et business development à Montpellier Management, puis une formation avancée en administration des entreprises associant notamment l’IFG Executive Education, l’IAE Paris-Sorbonne Business School et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Cette trajectoire révèle une démarche cohérente : élargir progressivement une compétence technique vers le commerce, la stratégie, le leadership et la gouvernance.

Relier l’infrastructure à l’usage

Le défi des paiements en Afrique de l’Ouest n’est désormais plus seulement de connecter des systèmes. Il consiste à rendre les solutions simples, accessibles, sûres et suffisamment utiles pour modifier durablement les comportements. Entre 2014 et 2024, le nombre de paiements électroniques dans l’UEMOA est passé de 260 millions à plus de 11 milliards, tandis que le taux d’inclusion financière a atteint environ 74 %.

Dans ce nouvel environnement, le profil de Luc Kpenou prend tout son sens. Son parcours réunit trois cultures encore trop souvent cloisonnées : celle de l’ingénieur qui sécurise l’infrastructure, celle du banquier qui maîtrise les exigences opérationnelles et celle du développeur d’affaires qui transforme une solution en marché.

Sa progression au sein du GIM-UEMOA consacre ainsi une expertise patiemment construite. Mais elle met surtout en lumière une conviction : la finance digitale ne crée véritablement de la valeur que lorsqu’elle parvient à relier la technologie aux réalités économiques, les institutions aux usagers et l’innovation à la confiance.

Mérimé Wilson

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