Nommée à la direction générale de TogetherCocoa, Mariam Djibo prend les commandes d’une fondation portée par cinq grandes entreprises mondiales du chocolat. Pour l’ancienne dirigeante d’Advans Côte d’Ivoire, cette responsabilité prolonge un parcours consacré à l’investissement, à la croissance des entreprises et à l’inclusion financière. Avec une nouvelle exigence : transformer une ambition collective en progrès mesurables pour les familles productrices de cacao.
Entre les décisions d’investissement des multinationales du chocolat et les revenus d’une famille de cacaoculteurs, la distance se mesure en choix économiques, en qualité d’exécution et en capacité à faire travailler ensemble des acteurs aux intérêts différents. C’est à cette articulation que se situe désormais Mariam Djibo. Le 28 septembre 2026, TogetherCocoa a annoncé sa nomination comme Chief Executive Officer, lui confiant la direction générale d’une organisation dont la mission touche directement à l’avenir des communautés cacaoyères ivoiriennes et ghanéennes.
Créée à Genève par The Hershey Company, Lindt & Sprüngli, Mars, Mondelēz International et Nestlé, la fondation entend contribuer à réduire l’écart entre les revenus des ménages producteurs et ceux nécessaires à une vie décente. Ses premières actions se concentrent sur la Côte d’Ivoire, avant un déploiement au Ghana. Le choix de Mariam Djibo peut ainsi se lire comme celui d’une dirigeante capable de relier la discipline financière aux réalités de l’économie locale.
Son parcours éclaire cette orientation. Diplômée de l’ESSEC et titulaire du Diplôme d’études supérieures comptables et financières, elle commence sa carrière chez Butler Capital Partners, puis rejoint les métiers du conseil financier chez Ernst & Young. À Abidjan, son passage à la PISAM l’amène à travailler sur la restructuration financière et la politique commerciale d’une entreprise opérationnelle. Elle aborde ainsi la finance par plusieurs angles : l’investissement, l’analyse des risques et les contraintes quotidiennes de gestion.
Chez Emerging Capital Partners, puis Adenia Partners, elle approfondit pendant près de douze ans sa pratique du capital-investissement en Afrique de l’Ouest francophone. Accompagner une entreprise suppose alors d’évaluer son potentiel, mais aussi de renforcer sa gouvernance et de suivre sa trajectoire au-delà de l’opération financière. Cette expérience constitue un socle pertinent pour TogetherCocoa : toute ambition de transformation doit trouver une traduction dans des organisations capables de la mettre en œuvre.
La direction générale d’Advans Côte d’Ivoire, qu’elle prend en 2019 et exerce pendant six ans, ajoute une dimension essentielle à ce parcours. Son champ d’action s’étend aux entrepreneurs urbains et ruraux, aux communautés agricoles et aux entreprises dirigées par des femmes. Le financement se rapproche alors des contraintes de trésorerie, des cycles d’activité et de la vulnérabilité économique des clients. Cette connaissance des besoins locaux donne une cohérence particulière à sa nouvelle responsabilité dans le cacao.
Son engagement se prolonge également dans la réflexion sur les finalités du capital. Codirectrice de la chaire « Investissement d’impact » de la Ferdi, Mariam Djibo intervient au croisement de la finance inclusive, de l’entrepreneuriat et des enjeux sociaux et climatiques. Ce positionnement dessine le fil conducteur de sa trajectoire : examiner la performance économique à travers ses effets sur les entreprises et les populations qu’elle doit servir.
Chez TogetherCocoa, cette approche sera confrontée à une exigence de preuve. La fondation prévoit une phase pilote de 2026 à 2029, avec une évaluation indépendante de ses effets. Elle entend notamment expérimenter des interventions coordonnées auprès des communautés, simplifier les exigences de durabilité imposées aux producteurs et aux coopératives, et contribuer à la lutte contre les maladies du cacaoyer. Un élargissement à partir de 2030 reste conditionné à la réussite de cette première étape.
Pour sa nouvelle dirigeante, l’enjeu de management apparaît donc clairement : organiser la coopération, sélectionner les actions utiles et établir ce qui améliore effectivement les conditions de vie. Le nombre de programmes lancés ne suffira pas à apprécier la portée du projet. La progression des revenus, la solidité des exploitations et la capacité des familles à préparer les prochaines récoltes seront des critères autrement décisifs.
Cette nomination ouvre ainsi une nouvelle échelle d’action à Mariam Djibo. Après avoir accompagné des entreprises et dirigé une institution financière, elle devra faire converger des moyens, des expertises et des partenaires autour d’un résultat commun. Sa crédibilité s’appuie sur plus de vingt-cinq années d’expérience. La portée de ce nouveau chapitre se mesurera au changement qu’il permettra dans l’économie des familles productrices.
Mérimé Wilson

