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Mamadou G. K. Koné, nouveau président de la FANAF : l’assurance africaine à l’heure du changement d’échelle

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Abidjan a refermé, le 11 février 2026, la parenthèse symbolique d’un cinquantenaire qui ressemble à un passage de témoin. À l’issue de la 50ᵉ Assemblée générale de la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF), tenue du 9 au 11 février 2026 dans la capitale économique ivoirienne, les délégués ont porté Mamadou G. K. Koné à la présidence de l’organisation faîtière de l’assurance sur le continent.

Cette élection n’est pas seulement une actualité de gouvernance. Elle intervient dans un moment où l’assurance africaine, longtemps jugée sur sa capacité de représentation, est désormais attendue sur sa capacité à structurer, innover et financer. Autrement dit : passer du statut d’industrie « utile » à celui d’industrie indispensable.

Une victoire nette dans une élection disputée

Selon les résultats communiqués par plusieurs médias spécialisés, Mamadou G. K. Koné a été élu au terme d’un scrutin où il a recueilli 101 voix sur 201 votants, devant Evelyne Fassinou (68 voix) et Mamadou Faye (32 voix). Il succède à César Ekomie-Afene, en poste depuis février 2020, pour un mandat de trois ans.

Dans le même mouvement, la FANAF a désigné Aymric Kamega comme vice-président, signal d’une volonté d’équilibres régionaux et de continuité dans l’animation d’un espace assurantiel en pleine recomposition.

Un profil “régulateur-dirigeant”, rare sur le continent

Le parcours de Mamadou G. K. Koné, tel que présenté dans sa biographie de campagne, est construit sur une singularité : une traversée complète de la chaîne de valeur de l’assurance africaine du privé à la régulation, puis du pilotage d’institutions professionnelles à la gouvernance d’entreprise.

Il débute en Côte d’Ivoire avant de rejoindre la Direction nationale des assurances, puis la CIMA, où il atteint le poste de Commissaire Contrôleur en Chef. Il dirige ensuite plusieurs entités d’assurance, de réassurance et de courtage, consolidant un profil de “technicien-stratège” rarement aussi transversal.

Sur le plan académique, il revendique une triple signature : IIA de Yaoundé, ENSAE Paris (actuariat) et London Business School (MBA).

Depuis 2014, il est Directeur général de SanlamAllianz Côte d’Ivoire ; depuis 2021, président de l’ASA-CI ; et il siège également comme vice-président de la CGECI, signe d’un ancrage assumé dans le dialogue public-privé et l’économie réelle.

Abidjan 2026 : le cinquantenaire comme “point de bascule”

La 50ᵉ Assemblée générale n’était pas un congrès comme les autres. Le thème (« Cinquantenaire de la FANAF : Bâtir le futur de l’assurance africaine ») a donné le ton : la célébration ne vaut que si elle débouche sur une stratégie.

Dans son discours d’ouverture (rapporté par la presse), le gouvernement ivoirien a insisté sur le rôle de l’assurance comme instrument de stabilité et de transformation, au moment où les risques sanitaires, climatiques, technologiques et sécuritaires se multiplient.

Le diagnostic est connu, mais il devient plus pressant : l’assurance africaine reste sous-pénétrée, tandis que les économies ont besoin de capitaux longs, de couverture agricole, de solutions pour les infrastructures, et d’une industrie capable de restaurer la confiance par la qualité des prestations et la transparence.

Les chantiers attendus du nouveau président

Sans préjuger des premières décisions du nouveau bureau, les éléments de vision déjà exprimés pendant la campagne et dans les prises de parole publiques dessinent des priorités très lisibles.

1) Réinventer la FANAF comme plateforme d’exécution, pas seulement de représentation

Dans un entretien accordé avant l’élection, Mamadou G. K. Koné plaide pour une FANAF “réinventée”, “moteur d’innovation, de croissance et de transformation”, ce qui suppose une fédération plus opérationnelle, capable d’impulser des projets structurants au-delà des congrès.

2) Accélérer l’assurance agricole et climatique

L’assurance agricole apparaît comme l’un des terrains les plus emblématiques : à la fois socialement stratégique (protection des revenus), macroéconomiquement utile (stabilité des filières) et politiquement prioritaire (souveraineté alimentaire). Financial Afrik rapporte qu’un partenariat technique a été consolidé dès 2025 entre l’ASACI et le ministère ivoirien de l’Agriculture, sous le leadership de Koné, pour bâtir un cadre de confiance et de protection contre les chocs climatiques.

3) Restaurer la confiance par l’éthique, la digitalisation et la preuve de service

Dans sa biographie, il met l’accent sur la lutte contre la fraude et la modernisation via la digitalisation des attestations d’assurance automobile en Côte d’Ivoire, présentée comme une réforme majeure de transparence.
Le message est clair : la croissance du secteur passe aussi par la “preuve de service” (rapidité d’indemnisation, lisibilité des produits, expérience client) bref, une industrie qui tient sa promesse.

Ce que cette présidence peut changer, concrètement

L’arrivée de Mamadou G. K. Koné à la tête de la FANAF pourrait marquer un déplacement du centre de gravité : d’une fédération tournée vers la coordination institutionnelle vers une fédération tournée vers la transformation du marché. Son avantage, à ce stade, tient à une double légitimité : celle du régulateur (maîtrise des règles) et celle du dirigeant (maîtrise des contraintes de performance et d’exécution).

Mais l’équation est exigeante : la FANAF devra contribuer à faire émerger une assurance africaine qui protège mieux, finance davantage et innove plus vite tout en restant compatible avec des exigences prudentielles renforcées, l’arrivée de nouveaux acteurs digitaux et la pression croissante des risques.

Une chose est sûre : en revenant à Abidjan pour son cinquantenaire, la FANAF a choisi une scène hautement symbolique. En confiant sa présidence à un dirigeant ivoirien qui revendique une vision de rupture, elle place la barre au bon endroit : l’assurance africaine n’a plus le luxe d’être une industrie secondaire. Elle doit devenir un pilier.

Mérimé Wilson

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