La femme qui a conquis onze pays

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Il y a des carrières qui avancent sans bruit, mais dont chaque étape finit par dessiner une évidence. Celle de Sarata Koné Thiam appartient à cette catégorie rare. De Montréal à Abidjan, des premières responsabilités chez Citibank aux grandes décisions stratégiques du groupe UBA, cette Ivoirienne a bâti, pierre après pierre, l’un des parcours les plus solides de la banque africaine contemporaine.

En février 2026, sa nomination au poste de Directrice Générale de UBA Afrique Francophone a consacré plus de trente années de rigueur, d’endurance et de leadership. Depuis Abidjan, elle supervise désormais onze marchés : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, la Côte d’Ivoire, le Congo-Brazzaville, la République démocratique du Congo, le Gabon, la Guinée, le Mali et le Sénégal.

Cette promotion n’est pas seulement une avancée professionnelle. Elle marque l’entrée d’une dirigeante ivoirienne dans une nouvelle dimension du pouvoir bancaire africain. Une dimension où la stratégie se mesure à l’échelle des marchés, où la performance se construit dans la durée, et où l’autorité ne se décrète pas : elle se prouve.

Une discipline née loin des projecteurs

Sarata Koné Thiam n’a jamais eu besoin du tapage pour imposer sa présence. Son autorité vient d’ailleurs. Elle s’enracine dans une éducation faite de discipline, de retenue et de persévérance. Fille de militaire, elle grandit dans un univers où l’effort n’est pas une posture, mais une manière d’habiter le monde.

Après son baccalauréat série B au Lycée Technique d’Abidjan, elle part au Canada, à l’Université de Montréal, où elle obtient en 1994 un Bachelor of Arts en Économie, puis un Master dans la même discipline deux ans plus tard. Cette formation lui donne une architecture intellectuelle solide : comprendre les équilibres, lire les mouvements économiques, saisir les dynamiques invisibles derrière les chiffres.

Mais son parcours ne sera jamais celui d’une technicienne enfermée dans les tableaux financiers. Très tôt, elle apprend que la banque est aussi une affaire de confiance, de jugement, de relation, de sang-froid. Une école où la précision compte autant que l’intuition.

De Citibank à HSBC, l’apprentissage des grands standards

Sa carrière débute chez Citibank Côte d’Ivoire, où elle occupe pendant sept ans des fonctions de Senior Relationship Manager. Elle y apprend les exigences de la banque internationale, la gestion des grands comptes, la culture du résultat et la rigueur des standards mondiaux.

En 2003, elle rejoint HSBC, où elle évolue jusqu’en 2015 dans des responsabilités régionales couvrant l’Afrique de l’Ouest, avec des expériences en Afrique du Sud et au Nigeria. Cette période élargit son regard. Elle voit l’Afrique à travers plusieurs marchés, plusieurs cultures d’affaires, plusieurs rythmes économiques. Elle comprend les contrastes du continent, ses lenteurs institutionnelles, ses accélérations soudaines, ses besoins immenses en financement, mais aussi la force silencieuse de ses entrepreneurs.

C’est dans ces années que se forge une partie essentielle de son style : une combinaison d’exigence, de prudence stratégique et de capacité à tenir le cap dans des environnements complexes.

UBA Côte d’Ivoire, le laboratoire de la transformation

En mai 2016, lorsqu’elle prend la direction générale de UBA Côte d’Ivoire, Sarata Koné Thiam entre dans une phase décisive. La filiale n’est pas encore l’acteur de référence qu’elle deviendra. Il faut construire, structurer, accélérer, convaincre. Il faut donner une âme à une ambition.

Sous son impulsion, UBA Côte d’Ivoire gagne en visibilité, en crédibilité et en puissance commerciale. La banque intègre le Top 10 du secteur bancaire ivoirien, se distingue dans la digitalisation des services financiers et consolide son positionnement dans un marché de plus en plus concurrentiel.

Sa méthode tient en peu de mots : clarté du cap, exigence dans l’exécution, constance dans l’effort. Chez elle, le leadership ne cherche pas l’effet de scène. Il avance par la preuve. Il installe des équipes, corrige les faiblesses, valorise les talents, pousse l’institution à se dépasser.

En 2019, UBA est désignée Banque de l’Année en Afrique par le magazine The Banker, une reconnaissance qui s’inscrit dans un mouvement plus large de performance et d’innovation du groupe. Pour Sarata Koné Thiam, cette distinction n’est pas un aboutissement isolé. Elle confirme une conviction : la banque africaine peut être moderne, compétitive et profondément connectée aux besoins du continent.

Une autorité douce, une exigence ferme

Ceux qui observent son parcours parlent souvent d’une main ferme, mais d’un style sans brutalité. Sarata Koné Thiam incarne cette forme rare de leadership où la discrétion ne diminue pas l’autorité, où la douceur apparente n’empêche pas la décision, où la retenue peut devenir une force de commandement.

Dans un secteur longtemps dominé par des figures masculines, elle s’est imposée sans chercher à imiter les codes du pouvoir traditionnel. Elle a construit les siens. Moins dans la démonstration que dans la maîtrise. Moins dans la parole expansive que dans la précision du résultat.

Son engagement auprès de l’ONG YELEMBA, dont elle est membre d’honneur, éclaire aussi une autre dimension de son parcours. Derrière la banquière, il y a une femme consciente du prix de l’ascension. Une dirigeante qui sait ce que signifie avancer dans des espaces où les femmes doivent souvent prouver davantage pour être reconnues à égalité.

Son message, au fond, est simple : le sommet n’est pas interdit aux femmes africaines. Il demande de la préparation, du courage, de la méthode et une endurance que rien ne remplace.

Onze pays, une nouvelle frontière

Avec sa nomination à la tête de UBA Afrique Francophone, Sarata Koné Thiam ne change pas seulement de périmètre. Elle change d’échelle. Elle passe de la transformation d’une filiale nationale à la coordination d’un ensemble régional stratégique, dans une Afrique francophone où les enjeux bancaires sont considérables.

Les onze pays placés sous sa responsabilité concentrent des besoins majeurs : financement des PME, inclusion financière, digitalisation des services, accompagnement du commerce intra-africain, modernisation des paiements, soutien aux entreprises locales et renforcement des liens économiques entre les marchés.

Dans ce contexte, son expérience constitue un avantage décisif. Elle connaît la banque de terrain, la relation client, les exigences du corporate banking, les logiques de groupe et les réalités concrètes des économies africaines. Elle a vu le continent depuis Abidjan, Lagos, Johannesburg et d’autres places financières. Elle sait que l’Afrique francophone n’est pas un bloc uniforme, mais un ensemble vivant, traversé par des ambitions, des contraintes et des opportunités différentes.

Son rôle sera donc moins celui d’une simple administratrice que celui d’une architecte régionale : aligner les marchés, renforcer les synergies, accélérer la transformation digitale, préserver la performance et donner à UBA une profondeur nouvelle dans l’espace francophone.

Une trajectoire qui dépasse la réussite personnelle

La puissance du parcours de Sarata Koné Thiam ne tient pas seulement aux titres qu’elle a portés. Elle tient à ce qu’il raconte. Il raconte l’émergence d’une génération de dirigeantes africaines capables de conduire de grandes institutions avec méthode, vision et autorité. Il raconte aussi une Côte d’Ivoire qui devient, de plus en plus, une plateforme de commandement économique pour l’Afrique francophone.

Sa présence au Conseil d’administration de UBA Group en qualité de Directrice Exécutive ajoute à cette portée symbolique. Elle confirme une chose : son leadership n’est plus seulement reconnu dans un pays ou une région, mais au cœur même d’un groupe bancaire panafricain.

Sarata Koné Thiam avance avec la force tranquille de ceux qui ont longtemps travaillé avant d’être pleinement visibles. Elle n’a pas cherché la lumière. Elle a construit la maison, consolidé les murs, ouvert les portes. Et lorsque la lumière est venue, elle l’a trouvée prête.

La lionne discrète de la finance africaine a élargi son territoire. Elle n’a plus seulement la responsabilité d’une banque. Elle porte désormais une partie de l’ambition francophone d’un grand groupe panafricain.

Mérimé Wilson

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