Constant N’ZI prend les commandes par intérim de l’African Guarantee Fund, après le départ de Jules Ngankam

À la tête de l’African Guarantee Fund (AGF) par intérim, Constant N’ZI prend les rênes d’un acteur panafricain devenu, au fil des années, un maillon stratégique du financement des PME africaines. Sa désignation intervient après le départ de Jules NGANKAM, qui a quitté ses fonctions de Directeur général le 30 janvier 2026, après avoir dirigé l’institution depuis 2020.
Une transition au sommet, dans un moment clé pour la finance des PME
L’enjeu dépasse la simple passation de pouvoir. L’AGF opère au cœur d’une équation bien connue : les PME concentrent une large part de la création d’emplois, mais restent structurellement sous-financées, notamment en raison du risque perçu par les banques et de l’insuffisance de garanties. C’est précisément le rôle de l’AGF : faciliter l’accès au crédit en apportant des mécanismes de garantie et des programmes d’appui, afin de réduire le risque pour les institutions financières et d’élargir le financement aux entreprises.
Dans cette architecture, la nomination d’un profil “risque” comme Constant N’ZI n’a rien d’anecdotique : elle signale une volonté de continuité opérationnelle, mais aussi de maîtrise dans une période où l’environnement financier africain reste soumis à des chocs (coût du capital, volatilité macroéconomique, exigences ESG, tensions sur les liquidités).
Constant N’ZI, un homme du risque… devenu homme de cap
Au sein de l’AGF, Constant N’ZI n’est pas un nouveau visage : Chief Risk Officer depuis 2017, il a piloté la structuration des dispositifs de gestion des risques (crédit, marché, liquidité), la définition de l’“appétit au risque”, le suivi et le reporting, ainsi que la diffusion d’une culture risque dans l’organisation. En janvier 2022, il est promu Deputy Group Chief Executive Officer, avec un périmètre élargi couvrant notamment la gestion des risques, le juridique, le monitoring & evaluation, le renforcement de capacités et les systèmes d’information.
Ce parcours explique la logique de son intérim : il connaît les mécanismes internes, les partenaires, les exigences des bailleurs, et surtout la “colonne vertébrale” d’un fonds de garantie : la gestion du risque et la solidité des process.
Héritage de Jules Ngankam : une institution consolidée, une ambition à prolonger
Le départ de Jules Ngankam marque la fin d’une séquence structurante. Selon la presse spécialisée, l’économiste camerounais a annoncé sa démission après plusieurs années à contribuer à bâtir et renforcer l’un des principaux mécanismes panafricains de garantie au service des PME.
Dans ce contexte, l’intérim confié à Constant N’ZI apparaît comme une solution de continuité : éviter toute rupture, rassurer les partenaires financiers, et maintenir le rythme d’exécution des programmes.
Les priorités attendues : rigueur, impact, et crédibilité auprès des banques
À court terme, l’intérim de Constant N’ZI se jouera sur trois fronts.
1) Protéger la qualité du portefeuille de garanties
Dans un modèle de garantie, la croissance n’est vertueuse que si elle s’accompagne d’une discipline sur la sélection, la tarification du risque et le suivi. L’ADN de Constant N’ZI, c’est précisément la capacité à quantifier, arbitrer et sécuriser.
2) Renforcer la confiance des partenaires bancaires
Les banques et institutions financières attendent d’un garant : rapidité, lisibilité, fiabilité des engagements et traitement efficace des sinistres. La crédibilité d’un fonds se mesure autant à sa capacité à “garantir” qu’à sa capacité à tenir ses promesses dans la durée.
3) Prouver l’impact au-delà des volumes
Les standards de plus en plus exigeants (suivi-évaluation, reporting, ESG) imposent une démonstration factuelle : combien de PME financées, quels secteurs, quels emplois, quelle inclusion (jeunes, femmes, territoires), quelle additionnalité. Or, le périmètre “Monitoring & Evaluation” fait partie de ses responsabilités de Deputy CEO.
Un profil hybride, ancré à Abidjan et tourné vers les marchés
Au-delà de l’AGF, Constant N’ZI affiche un parcours construit entre finance de marché, gestion des risques et entrepreneuriat. Formé à l’ESSEC (MSc Finance/Stratégie) et à l’ENSEA (statistiques/économie), passé par la Société Générale et Lyxor Asset Management, il incarne une génération de dirigeants africains capables de parler à la fois le langage des modèles et celui du terrain.
Son implication entrepreneuriale dans des solutions d’énergies renouvelables (Sunze Technologie) ajoute une dimension : la sensibilité aux problématiques d’accès à l’énergie et d’efficacité énergétique, qui recoupent directement les besoins de financement des PME africaines dans l’agro-industrie, les services, l’industrie légère ou les infrastructures de proximité.
Ce que dit cette nomination : l’AGF mise sur la robustesse
En confiant l’intérim à un spécialiste de la maîtrise des risques, l’AGF envoie un signal clair : dans un cycle où le financement devient plus sélectif et où les exigences de performance et d’impact montent, l’institution veut rester solide, prévisible et bankable.
Pour Constant N’ZI, l’équation est délicate mais lisible : assurer la continuité, sécuriser la machine, maintenir la dynamique d’impact, tout en préparant (si le conseil d’administration le confirme) une nouvelle phase de croissance. Son avantage : il n’arrive pas pour “découvrir” l’institution, il en connaît déjà les angles morts, les contraintes et les leviers.
Et dans l’univers des fonds de garantie, c’est souvent cette connaissance fine du risque… qui fait la différence entre une promesse de financement et un financement effectivement déployé.
Mérimé Wilson




