Carole Eva Ouédraogo-Versteeg, l’art discret de rendre la Côte d’Ivoire lisible aux investisseurs

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À la croisée de l’entreprise internationale, de la gestion de projets et de la diplomatie économique, Carole Eva Ouédraogo-Versteeg incarne une génération de dirigeantes publiques capables de parler le langage des marchés sans perdre de vue l’intérêt national. Directrice générale adjointe du CEPICI et directrice de l’Attraction des Investissements, elle occupe depuis plus d’une décennie l’un des postes les plus sensibles de l’économie ivoirienne : transformer l’attractivité du pays en décisions concrètes d’investissement.

Dans les économies africaines en compétition pour les capitaux, les infrastructures, les talents et les implantations industrielles, l’attractivité ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se documente. Elle se vend avec précision, sans emphase excessive, à des investisseurs qui comparent les cadres juridiques, les délais administratifs, les coûts logistiques, la stabilité institutionnelle et la profondeur du marché. C’est dans cet espace exigeant, souvent peu visible du grand public mais décisif pour la trajectoire économique d’un pays, que s’inscrit le parcours de Carole Eva Ouédraogo-Versteeg.

Depuis septembre 2021, elle exerce comme Directrice générale adjointe du Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire, le CEPICI. Elle y conserve également une responsabilité stratégique qu’elle porte depuis octobre 2014 : la direction de l’Attraction des Investissements. Cette double position résume une trajectoire professionnelle construite autour d’une conviction simple : attirer l’investissement ne consiste pas seulement à promouvoir un pays, mais à organiser les conditions de confiance qui permettent à un projet de s’y ancrer.

Le CEPICI occupe une place centrale dans cette architecture. Agence publique de promotion et de facilitation de l’investissement, il agit comme guichet unique pour les investisseurs, accompagne la création d’entreprises, contribue à l’amélioration du climat des affaires et intervient dans la mise en œuvre des dispositifs liés au Code des investissements. Son rôle est donc à la fois administratif, économique, institutionnel et relationnel. Il se situe au point de contact entre l’État, les entrepreneurs, les grands groupes, les investisseurs étrangers et les porteurs de projets locaux.

Dans cet environnement, Carole Eva Ouédraogo-Versteeg n’arrive pas par hasard. Son profil porte une singularité rare : une formation littéraire et sociale de haut niveau, une expérience internationale dans le secteur privé, puis une longue immersion dans la promotion économique publique. Elle est titulaire d’un DEA en Lettres modernes de l’Université Paris-Sorbonne, obtenu à la fin des années 1980, avant de poursuivre un master en sciences sociales à l’Université Hitotsubashi au Japon entre 1999 et 2001. Ce détour académique par la Sorbonne et le Japon dit déjà quelque chose de son parcours : une capacité à comprendre les systèmes, les cultures, les récits et les logiques institutionnelles au-delà des frontières immédiates.

Avant d’intégrer le CEPICI, elle a construit une expérience internationale dans des environnements d’entreprise structurés. Chez Nike, elle évolue pendant plus de sept ans sur des fonctions commerciales, stratégiques et analytiques, notamment comme Senior Strategic Account Specialist, Commercial Team Lead puis Credit Business Analyst à Amsterdam. Ces fonctions l’exposent à des problématiques concrètes : gestion de comptes, analyse financière, relation commerciale, discipline du reporting, compréhension des circuits décisionnels d’un groupe mondial. Dans ce type d’organisation, la performance ne se mesure pas aux intentions, mais aux résultats, aux procédures et à la capacité de coordination.

Elle poursuit ensuite son parcours chez Olam, à Abidjan, comme Senior Business Project Manager entre 2011 et 2014. Là encore, l’expérience est structurante. Olam évolue dans les chaînes de valeur agricoles, commerciales et industrielles, au cœur de marchés africains où les questions de logistique, de financement, d’approvisionnement, de transformation locale et de compétitivité sont permanentes. Ce passage constitue une passerelle naturelle vers les enjeux de l’investissement en Côte d’Ivoire : comprendre les besoins des entreprises, les contraintes opérationnelles et les attentes des acteurs privés avant de les accompagner depuis une institution publique.

Son arrivée au CEPICI en 2014 marque un changement de registre, mais pas une rupture de logique. Elle passe de l’entreprise à l’écosystème. De la gestion de projet à la stratégie d’attraction. Du pilotage d’objectifs commerciaux à la construction d’un récit économique national. À la Direction de l’Attraction des Investissements, sa mission s’inscrit dans une équation délicate : identifier les investisseurs pertinents, comprendre leurs critères de décision, positionner la Côte d’Ivoire face à d’autres destinations, puis faciliter le passage de l’intention à l’implantation.

Cette fonction exige une combinaison de compétences rarement réunies. Il faut maîtriser les données économiques, mais aussi les codes de la négociation internationale. Il faut défendre l’attractivité d’un pays, tout en restant crédible sur ses défis. Il faut parler aux industriels, aux financiers, aux entrepreneurs, aux cabinets de conseil, aux délégations économiques et aux institutions publiques. Il faut surtout éviter le piège d’une promotion abstraite. Un investisseur n’achète pas un slogan ; il engage du capital dans un environnement qu’il juge prévisible, compétitif et capable de générer de la valeur.

La Côte d’Ivoire offre, sur ce terrain, un cas particulièrement intéressant. Le pays s’est imposé depuis plus d’une décennie comme l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, avec une volonté affirmée de diversifier ses moteurs de croissance, d’accroître la transformation locale et de renforcer son positionnement comme hub régional. Les secteurs concernés sont nombreux : agro-industrie, énergie, infrastructures, services, immobilier, mines, industrie légère, technologies, logistique. Les dynamiques récentes autour de l’énergie, du raffinage, de l’or ou des infrastructures confirment que la compétition pour les capitaux s’intensifie et que la Côte d’Ivoire cherche à élargir sa base productive.

Dans ce contexte, le travail du CEPICI ne se limite pas à accompagner des dossiers. Il consiste à rendre l’environnement ivoirien intelligible. Pour un pays, l’attractivité économique repose autant sur la réalité des opportunités que sur la clarté du parcours offert à l’investisseur. Qui rencontrer ? Quels secteurs sont prioritaires ? Quels dispositifs d’incitation existent ? Quels délais prévoir ? Quels risques anticiper ? Quelles garanties institutionnelles obtenir ? Quelle articulation entre l’État, les collectivités, les régulateurs et les partenaires privés ? C’est dans cette chaîne de lisibilité que se joue une grande partie de la décision d’investissement.

Carole Eva Ouédraogo-Versteeg apparaît ainsi comme une figure de l’intermédiation stratégique. Son rôle n’est pas celui d’une dirigeante exposée en permanence dans l’espace médiatique. Il est plutôt celui d’une architecte de confiance, travaillant à l’interface entre vision nationale et attentes du secteur privé. Sa valeur tient précisément à cette capacité à traduire : traduire un projet d’investisseur dans le langage institutionnel ivoirien, traduire les priorités économiques du pays dans le langage des marchés, traduire les réformes en arguments compréhensibles, traduire les opportunités en dossiers bancables.

Ce positionnement est d’autant plus important que la promotion de l’investissement est devenue un métier de précision. Les agences nationales ne peuvent plus se contenter d’organiser des forums ou de produire des brochures. Elles doivent segmenter les investisseurs, cartographier les chaînes de valeur, identifier les projets à fort impact, suivre les intentions, documenter les blocages, accompagner la post-installation et contribuer à la qualité globale du climat des affaires. La compétition africaine est rude : le Maroc, le Rwanda, le Kenya, le Sénégal, le Ghana ou encore l’Égypte disposent de stratégies actives pour capter les capitaux, les sièges régionaux, les industries et les plateformes de services.

Dans cette bataille, la Côte d’Ivoire bénéficie d’atouts réels : une position géographique stratégique, un marché régional accessible, une base agricole puissante, un tissu d’infrastructures en expansion, un rôle financier important dans l’UEMOA et une ambition industrielle assumée. Mais ces atouts doivent être convertis en décisions. C’est précisément là que le travail institutionnel devient décisif. Les bilans récents attribués au CEPICI soulignent cette dynamique, avec des niveaux significatifs d’investissements enregistrés et de créations d’entreprises au cours des dernières années.

Le parcours de Carole Eva Ouédraogo-Versteeg révèle aussi une forme de leadership peu spectaculaire mais essentielle : celui de la continuité. Plus de onze ans au CEPICI, dont près de cinq ans comme Directrice générale adjointe, indiquent une connaissance approfondie des cycles institutionnels, des dossiers d’investissement, des attentes du secteur privé et des réalités administratives. Dans des environnements où la mémoire des projets compte autant que la capacité d’initiative, cette continuité devient un actif stratégique.

Elle incarne également une figure féminine importante dans l’économie institutionnelle ivoirienne. Non pas au sens d’un symbole décoratif, mais comme professionnelle positionnée sur un champ décisif : l’orientation des capitaux vers l’économie productive. Son parcours montre que les femmes dirigeantes ne sont plus seulement présentes dans les fonctions de communication, de ressources humaines ou de conformité ; elles occupent aussi des postes où se négocient l’investissement, la croissance et l’insertion internationale du pays.

Ce qui distingue Carole Eva Ouédraogo-Versteeg, c’est enfin la cohérence de son cheminement. Les lettres modernes lui ont donné le sens du récit et de la nuance. Les sciences sociales lui ont apporté une compréhension des systèmes humains et institutionnels. Nike lui a transmis la culture de la performance internationale. Olam l’a ancrée dans les réalités opérationnelles africaines. Le CEPICI lui a donné un terrain d’action où toutes ces dimensions se rencontrent : économie, diplomatie, entreprise, administration, stratégie et territoire.

À l’heure où la Côte d’Ivoire cherche à consolider sa place de plateforme économique régionale, son profil rappelle une évidence souvent sous-estimée : derrière les grands chiffres de l’investissement, il y a des professionnels qui structurent la confiance. Des femmes et des hommes capables de rendre un pays plus compréhensible, plus accessible et plus crédible aux yeux de ceux qui décident d’y engager du capital. Carole Eva Ouédraogo-Versteeg appartient à cette catégorie de dirigeants institutionnels dont l’impact se mesure moins au bruit médiatique qu’à la qualité des connexions qu’ils rendent possibles.

Son portrait est celui d’une passerelle. Entre le public et le privé. Entre Abidjan et les marchés internationaux. Entre la promesse économique ivoirienne et sa traduction opérationnelle. Dans un monde où les capitaux sont mobiles, exigeants et sélectifs, cette fonction de passerelle n’est pas secondaire. Elle est l’une des conditions silencieuses de la croissance.

Mérimé Wilson

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