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Abdoul Soukpafolo Koné, l’ingénieur qui transforme un héritage industriel en légitimité de dirigeant

La rédaction 16 septembre 2026 6 min de lecture
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Il porte un nom qui, en Côte d’Ivoire, est déjà associé à plusieurs décennies d’entrepreneuriat, d’agro-industrie et d’investissements. Mais à mesure que Abdoul Soukpafolo Koné avance dans sa propre carrière, une autre question devient plus intéressante que celle de ses origines : que fait-il de cet héritage ?

Depuis juillet 2026, le jeune ingénieur préside le Conseil d’administration d’Uniwax, l’un des noms emblématiques de l’industrie textile ivoirienne. La fonction est considérable pour un dirigeant de sa génération. Elle l’est davantage encore parce qu’elle intervient dans une séquence stratégique majeure : la prise de contrôle du fabricant de pagnes par la Compagnie Ivoirienne de Coton (COIC), qui a acquis 72,3 % du capital et des droits de vote de l’entreprise. L’opération a reçu en mai 2026 l’autorisation de l’Autorité régionale de la concurrence de la CEDEAO.

Impossible, bien sûr, de raconter cette ascension en faisant abstraction de la famille dont il est issu.

Son père, Daouda Soukpafolo Koné, appartient au cercle des grands industriels ivoiriens ayant construit leur puissance économique à partir du coton. Fondateur de la COIC, acteur majeur de la reprise de la CIDT et investisseur dans plusieurs branches de l’économie, il a constitué au fil des années un ensemble entrepreneurial suffisamment important pour placer le patronyme Soukpafolo parmi ceux qui comptent dans le capitalisme ivoirien. La COIC contrôle notamment 90 % du capital de la CIDT, contre 10 % pour l’État ivoirien.

Abdoul Soukpafolo Koné ne part donc pas de zéro. Il grandit au contact d’un environnement où l’entreprise, l’investissement et l’industrie ne sont pas des notions abstraites.

Mais l’héritage donne une position de départ. Il ne constitue ni un diplôme d’ingénieur, ni une expérience d’usine, ni une compétence opérationnelle. Et c’est précisément là que son parcours devient intéressant.

Avant de rejoindre les étages de la gouvernance, Koné se forme au métier industriel. Il obtient d’abord un DUT en génie industriel et maintenance à l’Université Claude Bernard Lyon 1, avant d’intégrer l’École des Mines de Saint-Étienne, où il décroche son diplôme d’ingénieur avec une spécialisation en management industriel.

Sa première véritable école professionnelle se situe loin des conseils d’administration familiaux : chez Legras Industries, en France.

Entre 2018 et 2021, il y travaille sur l’amélioration continue, la qualité, la sécurité des sites de production et les méthodes industrielles. Ce passage construit une dimension essentielle de son profil. Lorsqu’il parlera plus tard de stratégie industrielle, il aura connu les problématiques de productivité, d’organisation de la production et de performance opérationnelle depuis le terrain.

Ce socle technique contribue à différencier le jeune dirigeant du simple héritier placé à la tête d’actifs déjà constitués.

De l’usine à la gouvernance

Le retour en Côte d’Ivoire marque une accélération.

En juillet 2022, Abdoul Soukpafolo Koné prend la direction opérationnelle de la Compagnie Moderne de Production de Caoutchouc (CMPC) comme administrateur général. Il y reste plus de trois ans avant d’en devenir président du Conseil d’administration en janvier 2026.

Cette transition est révélatrice. À la CMPC, son parcours suit presque pédagogiquement les différentes strates du pouvoir entrepreneurial : comprendre l’outil industriel, administrer l’entreprise, puis prendre suffisamment de hauteur pour intervenir sur sa gouvernance, sa vision et ses orientations de long terme.

En parallèle, il occupe depuis 2022 la fonction de directeur général adjoint de SM+ (Service et Management Pluridisciplinaire). Il préside également depuis 2019 SOUKPA Fondation, engagement qui ajoute une composante sociale à un profil jusqu’ici dominé par l’industrie.

Sa progression montre surtout une volonté apparente de construire une légitimité personnelle à l’intérieur d’un environnement économique familial déjà puissant.

C’est avec le dossier Uniwax que cette ambition prend une tout autre dimension.

Uniwax, le dossier qui change son statut

La reprise d’Uniwax par COIC est beaucoup plus qu’une acquisition patrimoniale. Elle rapproche deux extrémités d’une même chaîne : le coton et le textile.

Daouda Soukpafolo a construit une partie de son empreinte entrepreneuriale sur l’amont de la filière. La nouvelle génération se retrouve désormais confrontée au défi de pousser cette logique plus loin, vers la transformation, les marques et la captation locale d’une plus grande partie de la valeur ajoutée.

Abdoul Soukpafolo Koné affirme avoir personnellement piloté pendant plus d’un an le processus d’acquisition de la participation majoritaire d’Uniwax. Le cabinet Asafo & Co., conseil de COIC sur l’opération, a également publiquement associé le jeune dirigeant à la transaction.

Cet élément est essentiel pour comprendre sa nomination ultérieure à la présidence du Conseil d’administration.

Il ne reçoit pas simplement un siège au terme d’une acquisition familiale. Il arrive à la gouvernance après avoir été directement impliqué, selon les informations publiques disponibles, dans l’une des transactions industrielles ivoiriennes les plus symboliques de ces dernières années.

Désormais, toutefois, le défi change de nature.

Acheter une entreprise est une opération. La transformer durablement est une responsabilité.

Uniwax doit évoluer dans un marché textile confronté aux importations à bas prix, à la contrefaçon, à l’évolution des habitudes de consommation et à la nécessité permanente d’investir dans son outil industriel. L’intégration avec COIC ouvre des perspectives de synergies entre production cotonnière et transformation textile, mais leur matérialisation dépendra de la stratégie industrielle, de la qualité de la gouvernance et de l’exécution.

C’est précisément sur ce terrain que sera désormais évalué Abdoul Soukpafolo Koné.

Porter un nom, construire une signature

Son parcours pose finalement une question familière aux grandes familles entrepreneuriales africaines : comment passer de la transmission du patrimoine à la transmission de la capacité d’entreprendre ?

La filiation peut ouvrir des portes, donner accès au capital, aux réseaux et à un environnement d’apprentissage exceptionnel. Elle peut également devenir une exigence supplémentaire. Plus le nom est puissant, plus la nouvelle génération doit démontrer qu’elle peut produire sa propre valeur.

Abdoul Soukpafolo Koné semble avoir choisi l’industrie comme terrain de démonstration.

Son profil d’ingénieur, son expérience opérationnelle acquise en France, son passage par la direction d’une entreprise de transformation du caoutchouc, son implication dans l’acquisition d’Uniwax et son accession progressive à des responsabilités de gouvernance donnent davantage de substance à son parcours qu’une simple transmission de titres.

À la différence de son père, entrepreneur ayant construit son ascension dans le commerce puis le coton avant de constituer progressivement un important portefeuille industriel, Abdoul appartient à une génération formée aux méthodes contemporaines du management industriel, de la gouvernance et des opérations complexes.

C’est peut-être là que se situe la véritable continuité entre les deux générations : non pas reproduire exactement le même parcours, mais transformer un capital entrepreneurial déjà constitué en une nouvelle capacité industrielle.

À la présidence d’Uniwax, Abdoul Soukpafolo Koné entre ainsi dans une nouvelle phase. Jusqu’ici, sa trajectoire permettait d’observer un jeune ingénieur accéder rapidement aux responsabilités. Désormais, les résultats parleront davantage que le parcours.

Il porte un héritage. La construction de sa propre empreinte, elle, ne fait que commencer.

Mérimé Wilson

La rédaction

Rédaction du journal.

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