Marc Antoine Koréki, l’homme de la convergence : quand l’opérationnel prend le pouvoir chez Havas Africa Côte d’Ivoire

Il y a des nominations qui ressemblent moins à un changement de poste qu’à l’aboutissement d’un cycle. En portant Marc Antoine Koréki à la tête de Havas Africa Côte d’Ivoire, le réseau acte une évidence interne : celle d’un profil bâti dans la durée, au croisement du commerce, de la stratégie et de l’exécution. L’agence a annoncé sa nomination au poste de Directeur Général, avec une prise d’effet au 1er janvier 2026.
Dans un marché ivoirien où les marques exigent désormais des agences qu’elles soient à la fois créatives, agiles, data-informed et irréprochables sur l’activation, ce choix raconte une tendance de fond : la communication n’est plus une affaire de “campagnes”, mais de performance globale. Et dans cette nouvelle équation, l’opérationnel n’est plus l’ombre du storytelling. Il en devient le moteur.
Une trajectoire construite au rythme des responsabilités
Chez Havas Africa Côte d’Ivoire, Marc Antoine Koréki n’est pas un “nouveau visage”. Il incarne plutôt une progression organique, au contact direct des clients, des équipes et des réalités de production. Arrivé en 2020 comme Directeur Commercial, il y pilote un portefeuille significatif (Betclic, Canal+, BIC, BCEAO, WAFA, BICICI, Rawbank, SARCI, Elle & Vire) et s’installe, sur cinq années, comme un architecte de croissance : analyse des attentes du marché, orientations stratégiques, pilotage des budgets, suivi de production, management des équipes, écriture des recommandations stratégiques et créatives.
Ce passage par le commerce n’a rien d’anecdotique. Dans l’industrie publicitaire, la force d’un Directeur Général se mesure rarement à son vernis, souvent à sa capacité à transformer une demande client en solution, puis en résultats. Ce qu’il a appris dans la bataille du new business et de la fidélisation, il le réinjecte aujourd’hui dans un leadership plus large, où l’exigence porte autant sur la vision que sur la discipline d’exécution.
En mars 2025, il prend un rôle encore plus structurant : Directeur des Opérations. Supervision des opérations, management d’équipe, gestion budgétaire, adaptation continue aux tendances du marché. En clair, le nerf de la guerre. Ce poste, dans une agence 360, est souvent le véritable poste d’orchestre : celui qui fait tenir ensemble la promesse créative, les contraintes de production, la rentabilité, les délais, la qualité finale.
Havas Play : la preuve par l’activation
Avant même ce basculement opérationnel, Marc Antoine Koréki avait déjà été placé au cœur d’un mouvement stratégique : l’extension des expertises d’Havas en Côte d’Ivoire vers les territoires culturels, les communautés, l’influence et l’expérience de marque.
En décembre 2024, Havas Africa Côte d’Ivoire lance Havas Play, un pôle dédié à la création d’expériences “à la croisée du sport, du marketing d’influence, du sponsoring, du brand content, des réseaux sociaux et de l’événementiel”. Le pôle, sous sa supervision (avec une responsabilité de type COO), est conçu pour servir l’ensemble de la zone ouest-africaine.
Le signal est important : dans un marché où l’attention se fragmente, où les communautés ont parfois plus de pouvoir que les médias, et où le “moment” devient une ressource rare, les marques veulent des agences capables d’entrer dans la culture, sans perdre la rigueur de la mesure. C’est exactement la proposition de valeur des structures comme Havas Play : connecter la marque aux centres d’intérêt des publics, produire des activations et des contenus qui se vivent, se partagent et se transforment en préférence.
Dans un document publié par Havas Media Network autour des tendances Havas Play, Marc Antoine Koréki souligne d’ailleurs le potentiel africain du gaming, porté par la connectivité et une démographie jeune. Au-delà de la citation, le fond est stratégique : la Côte d’Ivoire, comme d’autres marchés de la sous-région, n’est plus seulement un terrain de diffusion, mais un terrain de communautés, d’usages, et de “passions” autour desquelles les marques peuvent construire des plateformes durables.
Un détour par la BCEAO : l’école de l’institutionnel et de la crise
Avant de consolider son empreinte dans l’univers des agences, Marc Antoine Koréki a connu une autre école, plus silencieuse, mais souvent décisive : celle de l’institution.
De février 2018 à mars 2020, il est chargé de communication au cabinet du Gouverneur de la BCEAO à Dakar, avec une responsabilité orientée vers la communication institutionnelle et médias, la communication de crise, la gestion de projet, la production de supports et une stratégie digitale à l’échelle des huit pays de l’UEMOA.
Ce passage dit quelque chose de rare dans les profils d’agences : une compréhension fine des environnements régulés, des sujets sensibles, du tempo institutionnel, et des exigences de réputation. Dans une Afrique de l’Ouest où banques, télécoms, institutions et marques globales cohabitent, cette capacité à naviguer entre “brand” et “public trust” est un avantage compétitif.
La première vie : Paris, le digital, et l’apprentissage du “métier”
Son parcours initial se construit en France, avec des expériences en gestion de projet et production, puis en publicité : Société PHD, Marcel Worldwide, avant un ancrage régional plus marqué avec Voodoo Group, où il gère des portefeuilles comme Orange Côte d’Ivoire, Orange RDC, Orange Liberia, Orange Burkina, avec une dimension sous-régionale et un rapport précoce aux appels d’offres.
Dans une interview publiée par l’IIM Digital School, il se présente, à l’époque, comme un professionnel attiré par la stratégie et la commercialisation, après une formation orientée digital. Cette ligne de continuité est frappante : dix ans plus tard, on retrouve le même fil directeur, mais à une autre altitude. Le digital n’est plus un “plus”, c’est la matière même de l’agence. Et la stratégie n’est plus un document, c’est une capacité à faire converger talents, outils, budgets, contenus et canaux.
Ce que sa nomination raconte de Havas Africa Côte d’Ivoire
La Côte d’Ivoire publicitaire n’est plus un marché “en rattrapage”. C’est un marché de compétition. Les annonceurs y ont grandi, les directions marketing se sont professionnalisées, les enjeux de ROI se sont durcis, les appels d’offres se sont sophistiqués, et l’influence (au sens large) y est devenue un champ de bataille.
Dans ce contexte, la nomination de Marc Antoine Koréki intervient comme un choix de cohérence stratégique. D’un côté, l’agence consolide ses piliers 360. De l’autre, elle pousse des verticales de spécialisation comme Havas Play (expériences, influence, contenus, sponsoring, événements), dans un environnement où la “création” ne suffit plus si elle n’est pas “activée” et “amplifiée”.
On voit aussi se dessiner un mouvement d’élargissement des capacités en Côte d’Ivoire, avec l’essor de pôles dédiés aux relations publiques et au contenu dans l’écosystème Havas, signe d’une bataille croissante autour de la réputation, du narratif et du corporate.
Les défis d’un DG de nouvelle génération
À partir du 1er janvier 2026, Marc Antoine Koréki devra tenir une ligne de crête : préserver l’ADN créatif, tout en industrialisant l’excellence opérationnelle. Cela signifie, concrètement, renforcer la qualité de delivery, sécuriser les marges, attirer et retenir les talents, et maintenir une lecture fine des tendances qui redessinent les arbitrages des annonceurs.
Il devra aussi répondre à une exigence devenue centrale : la convergence. Convergence des canaux, des métiers, des data, des contenus, des expériences. Convergence, surtout, entre ce que la marque promet et ce que le public vit réellement, dans la rue, sur les réseaux, dans les communautés.
Son profil (commerce, stratégie, opérations, activation culturelle) le place précisément à cet endroit : celui où l’agence n’est plus un prestataire, mais un partenaire de croissance, capable de parler performance sans perdre l’audace créative.
Une signature : la rigueur comme style, la vitesse comme avantage
Les marchés publicitaires se gagnent rarement uniquement à la créativité. Ils se gagnent à la vitesse de compréhension, à la qualité d’exécution, à la capacité à faire travailler les équipes ensemble, et à la solidité des process. Ce sont des qualités d’opérationnel. Et c’est peut-être là le symbole le plus fort de cette prise de fonction annoncée : Havas Africa Côte d’Ivoire confie le gouvernail à un profil qui sait que, dans l’économie de l’attention, une bonne idée n’a de valeur que si elle est livrée parfaitement, au bon moment, sur les bons terrains.
Dans une Côte d’Ivoire qui accélère, où les marques cherchent des récits mais aussi des preuves, Marc Antoine Koréki incarne cette nouvelle génération de dirigeants d’agences : des stratèges de la créativité, mais aussi des managers de la performance.
Mérimé Wilson




