Lamine Robert Koné, la finance des infrastructures comme terrain d’impact africain

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Dans une Afrique où la transition énergétique n’est plus seulement une question climatique, mais un enjeu de compétitivité, d’industrialisation et de souveraineté, Lamine Robert Koné appartient à cette génération de financiers qui travaillent loin du bruit médiatique, au point de jonction entre capitaux, infrastructures et développement. Passé par la banque d’affaires, le project finance, les institutions de développement et l’investissement en marchés émergents, il construit une trajectoire rare : celle d’un professionnel capable de lire un actif énergétique comme un banquier, un investisseur et un développeur.

Il y a des carrières qui se racontent par les titres. D’autres se comprennent par les zones de tension qu’elles traversent. Celle de Lamine Robert Koné appartient à la seconde catégorie. Depuis plus d’une décennie, son parcours épouse quelques-unes des grandes questions économiques du continent : comment financer des infrastructures lourdes dans des environnements complexes ? Comment attirer des capitaux vers l’énergie, les ressources naturelles et les actifs durables ? Comment transformer une ambition de développement en transaction bancable, structurée, acceptable pour les investisseurs et utile pour les économies africaines ?

Aujourd’hui Senior Investment Professional – Power, Energy, Climate & Green Growth au sein de l’African Development Bank Group, basé à Abidjan, Lamine Robert Koné évolue dans l’un des champs les plus stratégiques du financement du développement. L’énergie, le climat et la croissance verte ne sont plus des verticales techniques réservées aux spécialistes. Ils sont devenus des matrices de transformation économique. Pour les États africains, ils conditionnent la productivité, l’accès à l’électricité, la compétitivité industrielle, la résilience climatique et l’attractivité des territoires.

Cette centralité donne du relief à son profil. Avant de rejoindre la Banque africaine de développement, il a occupé chez FINERGREEN le poste de Vice President – M&A and Project Finance, Energy Transition & Sustainable Development, avec une responsabilité directe dans l’origination, la structuration et l’exécution de solutions financières pour des clients engagés dans la transition énergétique. Cette expérience dans le conseil transactionnel lui a permis d’intervenir sur une chaîne de valeur complète : développement commercial, structuration d’opérations, modélisation financière, coordination des livrables, relation client et exécution de deals.

Mais c’est sans doute son passage à IFC – International Finance Corporation, entre 2018 et 2022, qui éclaire le mieux la profondeur institutionnelle de son métier. À Dakar, comme Investment Professional – Infrastructure & Natural Resources – Africa, il travaille sur des transactions de project finance en Afrique, de l’origination à la supervision, en passant par la due diligence, les modèles financiers, les revues de crédit, les dossiers d’investissement et le suivi de portefeuille. IFC se présente comme la plus grande institution mondiale de développement dédiée au secteur privé dans les pays en développement, avec une capacité d’intervention en dette, en fonds propres, en mobilisation de capitaux et en expertise sectorielle.

Cette école est exigeante. Dans l’infrastructure, le financier ne se limite pas à apprécier un rendement. Il doit évaluer la solidité d’un contrat d’achat d’électricité, la qualité d’un sponsor, le risque pays, la crédibilité d’un modèle de trafic ou de production, la structure de dette, la robustesse environnementale et sociale, la gouvernance d’un véhicule de projet, la soutenabilité tarifaire et la capacité de l’actif à produire un impact réel. IFC rappelle d’ailleurs que les investissements en infrastructure sont essentiels pour connecter les populations aux services de base, notamment l’énergie abordable, les transports efficaces, l’eau, le numérique et la gestion durable des déchets.

Chez Lamine Robert Koné, cette culture de la transaction s’est construite progressivement. Avant IFC, il passe par Sumitomo Mitsui Banking Corporation à Londres comme Project Finance Analyst – Renewable Energy. Cette étape dans une banque japonaise de premier plan l’inscrit dans l’univers rigoureux du financement de projets renouvelables, où la précision du modèle financier, la lecture contractuelle et la maîtrise du risque sont centrales. Plus tôt encore, il évolue dans les salles et équipes de marché, comme assistant trader Listed Derivatives and Global Cash Equity chez Société Générale Corporate and Investment Banking à Paris La Défense, puis comme Sell Side Equity Research Analyst chez CM-CIC Market Solutions, avec une couverture notamment orientée construction, concessions, matériaux de construction et banque.

Ces expériences ne sont pas anecdotiques. Elles disent quelque chose de sa formation intellectuelle. Lamine Robert Koné n’est pas entré dans les infrastructures uniquement par la porte du développement. Il y est arrivé par la finance de marché, l’analyse actions, la valorisation, les multiples, les DCF, les modèles de dividendes, les approches Sum of the Parts, puis par la banque de financement et d’investissement. Autrement dit, il a d’abord appris à lire les entreprises, les bilans, les secteurs et les actifs avant d’intervenir sur leur financement.

Son parcours académique confirme cette orientation. Diplômé d’un Master of Science en Corporate Finance à emlyon business school, il s’est formé aux logiques de M&A, marchés de capitaux, private equity, LBO, finance structurée et project finance. Il complète cette base par un Advanced Master en Infrastructure & Project Finance à l’École nationale des ponts et chaussées, l’une des formations les plus ciblées sur la structuration financière des grands actifs. À cela s’ajoute un ancrage initial en comptabilité et finance à l’Université Libre de Tunis, ainsi qu’une ouverture internationale à travers un learning trip sur le business en Asie à l’East China Normal University.

Ce socle technique serait incomplet sans une dimension plus entrepreneuriale. Entre 2012 et 2014, au Niger, Lamine Robert Koné cofonde CELECMI-ISTA, présenté comme le premier fournisseur nigérien d’e-learning, avec une offre d’accès à des MOOCs propriétaires et à des contenus issus d’institutions d’Afrique de l’Ouest et de France. Cette initiative intervient avant l’explosion actuelle de l’éducation numérique sur le continent. Elle révèle une sensibilité précoce aux infrastructures immatérielles : le savoir, la formation, l’accès aux compétences, autant de leviers décisifs dans des économies où le capital humain reste l’un des grands défis de croissance.

Son engagement au Niger se prolonge aussi dans la gouvernance. Depuis 2016, il siège comme Non Executive Board Member de FIDENI, le Fonds d’Investissement pour le Développement Économique du Niger. Cette présence au conseil d’un fonds de développement économique donne une autre lecture de son profil : celle d’un professionnel qui garde un lien avec les marchés émergents sahéliens, les enjeux de capital patient et les contraintes réelles des économies où le financement de long terme demeure rare.

Ce qui distingue Lamine Robert Koné n’est donc pas seulement la succession d’institutions reconnues. C’est la cohérence du fil directeur. À chaque étape, il s’approche davantage des actifs qui transforment les économies : énergie, infrastructures, ressources naturelles, transition durable, capital privé, institutions de développement. Il passe de l’analyse à la structuration, de la structuration à l’exécution, de l’exécution à la supervision, puis du conseil transactionnel à l’investissement institutionnel.

Son profil arrive à un moment où le financement de l’énergie propre en Afrique entre dans une phase plus compétitive. Selon Associated Press, le Sustainable Energy Fund for Africa de la Banque africaine de développement prévoit de plus que doubler ses financements pour atteindre 2,5 milliards de dollars sur les deux prochaines années, dans un contexte de forte demande pour les projets de transition énergétique sur le continent. Le même article indique que le fonds a déjà mobilisé près d’un milliard de dollars de capitaux commerciaux et vise plus de 10 milliards de dollars d’ici 2030.

Dans ce paysage, les profils comme celui de Lamine Robert Koné deviennent particulièrement utiles. L’Afrique n’a pas seulement besoin de bonnes intentions climatiques. Elle a besoin de professionnels capables de transformer des projets complexes en opérations finançables. Elle a besoin de femmes et d’hommes qui savent parler aux États, aux développeurs, aux banques commerciales, aux institutions multilatérales, aux investisseurs institutionnels et aux sponsors privés. Elle a besoin de compétences capables de relier impact et discipline financière.

La finance des infrastructures est souvent invisible pour le grand public. Pourtant, elle détermine une part considérable de la vie économique : une centrale qui sort de terre, un réseau électrique renforcé, une capacité renouvelable raccordée, un actif minier mieux structuré, un projet durable rendu bancable. Derrière ces réalisations, il y a des équipes qui arbitrent, modélisent, négocient, évaluent, sécurisent et exécutent. Lamine Robert Koné appartient à cette catégorie de professionnels dont l’impact se mesure moins par l’exposition médiatique que par la solidité des transactions auxquelles ils contribuent.

Son parcours offre aussi une lecture générationnelle. Il incarne une nouvelle élite africaine de la finance, formée dans les grandes écoles, exposée aux standards internationaux, mais engagée sur les actifs réels du continent. Une génération qui ne se limite pas à la banque d’affaires classique, mais se positionne sur la frontière entre rentabilité, durabilité et développement. Dans un contexte où l’Afrique cherche à capter davantage de capitaux pour financer son urbanisation, son électrification, son industrialisation et son adaptation climatique, ce type d’expertise devient stratégique.

Lamine Robert Koné avance ainsi sur un terrain où les mots comptent moins que les structures. Son métier n’est pas de promettre la transformation, mais de lui donner une architecture financière. C’est peut-être là que réside la singularité de son profil : dans cette capacité à considérer l’Afrique non comme un simple espace de besoins, mais comme un marché d’actifs, de risques, d’opportunités et d’impact, où la rigueur financière peut devenir un instrument de développement.

Mérimé Wilson

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