Dans la banque, les figures les plus visibles sont souvent celles qui pilotent le commerce, négocient les grands financements ou incarnent les performances devant les marchés. Lamine Koné appartient à une autre école : celle des dirigeants qui construisent les mécanismes invisibles dont dépend la solidité d’une institution. Contrôle financier, audit, technologie, opérations, gouvernance, conformité, gestion des équipes et direction générale ont constitué les différentes strates d’une carrière menée dans plusieurs économies d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. En juillet 2025, après avoir dirigé Orabank Niger pendant plus de quatre ans, l’Ivoirien a ouvert un nouveau chapitre avec PORO Institute. Un passage du pouvoir exécutif à la transmission qui ressemble moins à une rupture qu’à l’aboutissement logique de son parcours.
Son projet repose sur une conviction forgée au contact des banques africaines : la performance d’une institution financière ne dépend pas uniquement de ses capitaux, de ses produits ou de sa technologie. Elle tient aussi à la qualité de ses processus, à la maîtrise de ses risques et, surtout, aux compétences des femmes et des hommes chargés de faire fonctionner l’ensemble. PORO Institute veut ainsi convertir une expérience accumulée pendant plus de trois décennies en missions de conseil, diagnostics organisationnels, formations spécialisées et accompagnement des dirigeants. Son fondateur revendique 26 années passées à des fonctions de direction au sein d’institutions panafricaines. La présentation officielle de PORO Institute inscrit clairement l’initiative dans une volonté de relier expérience de terrain, employabilité et innovation pédagogique.
Pour comprendre cette orientation, il faut revenir aux premières années de Lamine Koné au Bureau national d’études techniques et de développement. Entre 1994 et 1997, il y occupe successivement des responsabilités dans la gestion des conventions, la comptabilité et le contrôle de gestion. Il participe notamment au passage d’une comptabilité publique à une comptabilité de type privé, à l’établissement d’un bilan d’ouverture et à la mise en place d’outils budgétaires destinés à éclairer les décisions de la direction générale.
Cette première séquence est structurante. Avant d’entrer dans l’univers bancaire, Koné apprend à accompagner une institution en transformation. Il découvre que les chiffres ne sont pas seulement des instruments de constatation, mais des outils de pilotage. Cette culture du contrôle, de la traçabilité et de l’aide à la décision deviendra le fil conducteur de sa carrière.
Lorsqu’il rejoint Ecobank en 1997, il entre dans une organisation qui lui offre un véritable terrain panafricain. Pendant près de douze ans, il évolue entre le Togo, le Sénégal, le Niger et le Ghana. Sous-directeur du contrôle financier, contrôleur financier, directeur du contrôle interne, directeur des opérations et de la technologie, directeur administratif et financier d’Eprocess International, puis directeur de l’efficacité opérationnelle : la progression est moins une succession de titres qu’un élargissement méthodique de son champ de compréhension.
Le financier apprend à regarder la banque comme un système. Les budgets doivent traduire la stratégie. Le contrôle interne doit prévenir les erreurs, les irrégularités et les fraudes. La technologie doit sécuriser les opérations et améliorer la productivité. Les procédures doivent être comprises par les collaborateurs pour produire des résultats concrets. Quant à la qualité de service, elle ne peut être durable si elle n’est pas soutenue par une organisation cohérente.
Cette capacité à relier finance, risque, technologie et exécution trouve une nouvelle dimension chez Diamond Bank. Nommé directeur régional des opérations et de l’informatique pour l’UEMOA en 2008, Lamine Koné participe à la mise en place d’une plateforme technologique centralisée, à l’harmonisation des procédures et à la préparation des équipes des nouveaux marchés. Il contribue également aux travaux ayant permis à la banque d’obtenir un agrément unique dans l’espace communautaire.
L’enjeu dépasse alors la bonne gestion d’une filiale. Il s’agit de construire une organisation régionale capable de se déployer dans plusieurs pays tout en maintenant des standards communs de contrôle, de technologie et de service. Cette expérience lui permet de comprendre une difficulté centrale de l’expansion bancaire africaine : grandir sans fragmenter les systèmes, étendre le réseau sans diluer la gouvernance et adapter l’exécution locale sans perdre la cohérence du groupe.
À partir de 2013, sa trajectoire alterne conseil et responsabilités opérationnelles. À Abidjan, il intervient sur des problématiques de trésorerie et de processus bancaires. En République démocratique du Congo, il rejoint la BIAC comme membre du comité de gestion chargé des opérations, avant de devenir associé et consultant senior chez Financialis ACM. Ces expériences l’installent dans une posture différente : celle du professionnel appelé à examiner une organisation, à identifier ses faiblesses et à recommander des corrections.
Son retour au sein d’un groupe bancaire intervient en 2019 lorsqu’il est nommé Group Head Operations d’Oragroup à Lomé. Dix-huit mois plus tard, il prend la direction générale d’Orabank Niger. Le spécialiste des fonctions de contrôle et d’exploitation accède alors à la responsabilité globale d’une banque. Il ne s’agit plus seulement de faire fonctionner la machine, mais d’arbitrer entre développement commercial, discipline opérationnelle, qualité de service, conformité et performance institutionnelle. Orabank le présentait encore publiquement comme son directeur général lors d’une rencontre avec les clients de Maradi en février 2022. L’enseigne bancaire avait alors souligné sa présence aux côtés des équipes de la filiale.
Son départ d’Orabank Niger en mai 2025 marque la fin d’un cycle. Avec PORO Institute, Lamine Koné ne quitte cependant ni la banque ni ses enjeux. Il change de levier. À la gestion directe d’une institution, il substitue l’accompagnement de plusieurs organisations. À la supervision des équipes, il ajoute la formation des professionnels. À la transformation conduite de l’intérieur, il préfère désormais le diagnostic, le conseil et le transfert d’expertise.
L’institut ambitionne d’intervenir sur la stratégie, la gouvernance, la conformité, l’efficacité opérationnelle et le développement des compétences. Son positionnement reflète directement le parcours de son fondateur. Il ne repose pas sur une expertise bancaire étroitement spécialisée, mais sur une lecture transversale de l’institution financière. Sa formation initiale en sciences et techniques comptables et financières, complétée par des certifications en banque, finance et assurance islamiques, renforce cette capacité à travailler à l’intersection de plusieurs disciplines.
Les premières missions donnent déjà une indication sur le modèle recherché. En juin 2026, PORO Institute a assuré à distance une formation consacrée à la réglementation de la finance numérique pour des collaborateurs de la conformité d’Orange Money RDC. Le programme portait notamment sur la monnaie électronique, le mobile money, les exigences de connaissance du client, la lutte contre le blanchiment, l’interopérabilité et la protection des consommateurs. Cette intervention, réalisée en collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie franco-congolaise, illustre la volonté de l’institut de mobiliser une expertise africaine sur des problématiques techniques et réglementaires locales.
Le besoin auquel répond Lamine Koné est réel. À mesure que les services financiers se numérisent, les institutions doivent gérer simultanément l’innovation, la cybersécurité, la conformité, la protection des clients et l’inclusion financière. La technologie accélère les transactions, mais elle augmente aussi la complexité des risques. Dans ce contexte, les compétences deviennent une infrastructure aussi stratégique que les plateformes informatiques ou les réseaux de distribution.
Le défi de PORO Institute sera désormais de transformer l’expérience personnelle de son fondateur en une organisation durable. La réputation d’un ancien directeur général peut ouvrir des portes ; elle ne suffit pas à bâtir une institution de formation et de conseil. Il faudra structurer des programmes reproductibles, constituer un réseau d’experts, démontrer l’impact des interventions et installer une marque capable d’exister au-delà de la seule notoriété de Lamine Koné.
Toute sa carrière l’a cependant préparé à cette équation. Pendant trente ans, il a travaillé sur les règles, les systèmes et les compétences qui permettent aux banques de tenir leurs promesses. Avec PORO Institute, il cherche désormais à transmettre cette architecture intellectuelle à une nouvelle génération de professionnels. Après avoir piloté des institutions, harmonisé des opérations et dirigé une banque, Lamine Koné entreprend peut-être son chantier le plus exigeant : faire de l’expérience un actif transmissible.
Mérimé Wilson
