Jean-Philippe Bohoussou, l’Ivoirien qui prend les commandes de Vivo Energy Burkina : un profil “retail-first” au service d’un marché sous tension

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À chaque nomination stratégique dans l’énergie, une question revient : quel style de leadership pour quel moment de marché ? En confiant la direction générale de Vivo Energy Burkina à l’Ivoirien Jean-Philippe Bohoussou, le groupe mise sur un dirigeant façonné par le terrain, le réseau, l’exigence opérationnelle et la discipline de performance. Un parcours long de plus de deux décennies, construit au sein de l’écosystème Shell puis Vivo Energy, et marqué par une obsession : faire fonctionner la machine commerciale avec une précision d’horloger.

À noter : cette analyse est rédigée à partir des éléments de carrière que vous avez fournis. À la date de rédaction, je ne dispose pas d’un communiqué public facilement vérifiable en ligne confirmant cette nomination, mais le profil et la trajectoire décrits correspondent à un dirigeant typiquement positionné pour ce type de mandat.

Un marché burkinabè à haute intensité, un management qui se joue à l’exécution

Diriger Vivo Energy Burkina, ce n’est pas seulement administrer une entreprise pétrolière. C’est piloter une organisation au cœur des flux vitaux d’un pays enclavé, avec une forte sensibilité aux enjeux de logistique, de conformité, de sécurité, de continuité d’approvisionnement et de qualité de service. Vivo Energy Burkina opère sous la marque Shell, distribue carburants et lubrifiants, et sert autant le grand public que les clients professionnels et industriels.

Dans cet environnement, la performance se gagne sur trois fronts : la fiabilité du réseau de stations, l’excellence commerciale (notamment B2B), et la maîtrise des risques (HSSE, conformité, contrôle interne). C’est précisément l’ADN du parcours de Jean-Philippe Bohoussou : un manager “réseau” au sens plein, rompu aux arbitrages entre croissance, qualité d’exploitation et discipline financière.

De la finance au terrain : une trajectoire rare, utile, et très “Shell”

Avant d’être un homme de réseau, Boboussou est un homme de chiffres. Il démarre dans l’univers comptable avec une première expérience chez EY à Abidjan, puis rejoint Shell comme Contrôleur financier GD. Cette première brique est décisive : dans l’énergie, la rentabilité d’un réseau ne se pilote pas à l’intuition, mais par la donnée, les marges, la structure de coûts, la rotation des stocks, la lutte contre les pertes et la qualité des processus.

Ensuite, il bascule vers des fonctions opérationnelles, au plus près du terrain : Area Business Manager (Abidjan Sud puis Est), puis Territory Manager Abidjan Nord avec un rôle de Retail Focal Point HSSE. Autrement dit, une formation complète à “l’école Shell” : performance commerciale, exécution opérationnelle, et culture sécurité. C’est souvent là que se forgent les profils capables de tenir une direction générale dans la distribution pétrolière : ceux qui comprennent à la fois la réalité des sites et la logique du siège.

Le virage “paiements” : moderniser l’expérience client avant l’heure

En 2009, il évolue vers des fonctions plus transverses : Cluster Card Manager (Côte d’Ivoire & Burkina Faso), puis chez Vivo Energy, Cards & Payment System Manager en Côte d’Ivoire. À première vue, c’est un détour. En réalité, c’est un accélérateur.

La distribution de carburant s’est transformée : digitalisation des paiements, cartes fleet, programmes de fidélité, contrôle des consommations B2B, intégration de solutions corporate. Celui qui maîtrise ces mécanismes comprend les nouveaux leviers de compétitivité : sécurisation des encaissements, traçabilité, segmentation client, réduction de la fraude, amélioration du service.

Pour un DG au Burkina Faso, où le B2B industriel (mines, chantiers, grands comptes, flottes) structure une partie du marché, cette compétence est un atout stratégique.

L’ascension “retail” chez Vivo Energy : l’architecte de la performance réseau

À partir de 2013, la trajectoire devient clairement celle d’un dirigeant retail.

Il occupe successivement les fonctions suivantes (selon vos éléments)
Chef des ventes du réseau / Retail Sales Manager (Côte d’Ivoire)
Chef du département réseau / Retail Sales Team Leader (Madagascar)
Chef du département commercial / B2B Team Leader (Côte d’Ivoire)
Directeur Réseau / Retail Manager (Côte d’Ivoire)

Ce chemin dit beaucoup sur son profil. Il n’est pas un DG “administratif”. Il est un DG orienté croissance, pilotage commercial, excellence opérationnelle. Il a vécu la complexité multi-pays, l’exigence d’adaptation, et la gestion de réseaux en transformation.

Au fond, il a travaillé sur le cœur du modèle Vivo Energy : un réseau de stations qui doit être rentable station par station, soutenu par une supply chain solide, et enrichi par des services à valeur ajoutée.

Ce que sa nomination peut signifier pour Vivo Energy Burkina

Dans une filiale de distribution pétrolière, le directeur général est attendu sur des résultats visibles, mesurables, rapides. Avec un profil comme Boboussou, trois priorités semblent naturellement se dessiner.

D’abord, la performance du réseau au quotidien
Qualité de service, disponibilité produits, expérience client, respect des standards, montée en gamme des stations, optimisation des formats, pilotage des partenaires (dealers). Un directeur “retail” apporte en général une culture de l’indicateur, du rituel d’exécution, et du détail qui change tout.

Ensuite, la conquête B2B structurée
Le B2B n’est pas seulement vendre du volume. C’est structurer des offres fleet, des contrats industriels, des services associés, et sécuriser les flux. Son passage comme B2B Team Leader, combiné à son expertise paiements/cartes, peut accélérer la sophistication commerciale.

Enfin, la maîtrise des risques, notamment opérationnels et réglementaires
Au Burkina Faso, les enjeux de régulation, de conformité et d’autorisations d’ouverture peuvent peser sur l’activité, comme l’illustrent des échanges publics entre autorités et direction de l’entreprise lors d’audiences officielles. Dans ce contexte, un DG doit autant savoir performer que sécuriser.

Un leadership de “process”, à l’heure où l’énergie exige plus de rigueur

Vous mentionnez parmi ses compétences l’amélioration des processus et l’approvisionnement. Ce n’est pas anodin. Dans la distribution pétrolière, l’optimisation des processus est souvent le chemin le plus direct vers la marge : réduction des pertes, meilleure prévision, discipline d’inventaire, maintenance préventive, standardisation des opérations, excellence HSSE.

Ce type de leadership est moins spectaculaire que les annonces marketing, mais plus puissant sur la durée. Il installe une culture : celle où chaque station est un centre de profit, chaque incident un signal d’amélioration, chaque rupture une cause racine à corriger.

Une nomination qui parle aussi à la Côte d’Ivoire

La trajectoire de Jean-Philippe Bohoussou illustre une réalité de plus en plus visible : l’émergence d’un vivier ivoirien de managers régionaux capables de piloter des filiales stratégiques en Afrique de l’Ouest et au-delà. Son parcours entre Côte d’Ivoire, Madagascar et le cluster régional est celui d’un cadre qui a appris à changer d’échelle, à manager des équipes, à exécuter sur des environnements différents, et à rendre des comptes dans une logique de performance.

Les défis immédiats qui attendent le nouveau DG

Le mandat burkinabè se jouera sur une équation simple, mais exigeante.

Assurer la continuité et la fiabilité
Approvisionnement, logistique, disponibilité produit, qualité. Dans un secteur où la moindre rupture se traduit par une perte de confiance et de parts de marché, la rigueur opérationnelle est non négociable.

Protéger la réputation de marque
Vivo Energy opère avec la marque Shell : une promesse de standards élevés. Dans un monde hyper-connecté, l’image se joue dans les détails du service et la gestion des incidents.

Accélérer la croissance rentable
Plus de volume ne vaut rien si la marge se dégrade. Le défi est de développer intelligemment le réseau et le B2B, avec une discipline financière d’autant plus nécessaire que le secteur est capitalistique.

Un DG “de réseau” pour un pays où l’énergie est un nerf économique

Si l’on devait résumer Jean-Philippe Boboussou en une formule, ce serait celle-ci : un dirigeant issu du terrain, monté par la performance, renforcé par la finance, et modernisé par la culture paiement et process.

Au Burkina Faso, où l’énergie est à la fois infrastructure économique et enjeu de souveraineté logistique, ce type de profil peut faire la différence. Le succès ne se mesurera pas seulement à la croissance. Il se mesurera à la solidité, à la qualité d’exécution, et à la capacité à tenir un cap dans un environnement exigeant.

Mérimé Wilson

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