Le 3 juillet 2026, le président Alassane Ouattara a porté Brou Aka Pascal à la présidence de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA). Il succède à Me René Bourgoin, en poste depuis janvier 2020. Sur le papier, c’est une passation institutionnelle de plus. Dans les faits, c’est la mise à la tête du régulateur audiovisuel ivoirien d’un des profils les mieux informés du secteur, à un moment où la HACA doit arbitrer des dossiers directement structurants pour l’économie des médias : convergence numérique, gestion du spectre, et encadrement de contenus produits ou diffusés par l’intelligence artificielle.
Un profil forgé par 42 ans de maison
Brou Aka Pascal n’est pas un nouvel arrivant dans l’écosystème audiovisuel ivoirien. Entré à la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) en juillet 1978 après une formation entre Abidjan, Bordeaux et Rennes, il y construit une carrière longue de plus de quatre décennies. Journaliste sportif pendant près de vingt-cinq ans, il devient ensuite rédacteur en chef puis présentateur vedette du journal télévisé de La Première, la chaîne publique de référence.
Sa trajectoire prend une tournure institutionnelle en 2010, lorsqu’il est nommé directeur général de la RTI en pleine crise postélectorale, une période où la gouvernance des médias publics ivoiriens devient un enjeu de premier plan. Ce mandat s’achève en 2011 dans des circonstances mouvementées, avant qu’il ne revienne quelques années plus tard comme président du conseil d’administration de la RTI, puis, à partir de février 2020, à la tête du conseil d’administration de l’Agence Ivoirienne de Gestion des Fréquences radioélectriques (AIGF), poste qu’il occupe jusqu’en mai 2026.
C’est précisément cette double compétence, journalistique et technique, qui distingue son profil. Peu de dirigeants du secteur cumulent une connaissance aussi fine du contenu éditorial et de l’infrastructure qui le porte : gestion du spectre, attribution des fréquences, arbitrages entre opérateurs publics et privés.
Ce que sa nomination signifie pour les acteurs économiques du secteur
Pour les annonceurs, les diffuseurs et les opérateurs télécoms, l’arrivée de Brou Aka Pascal à la HACA n’est pas un non-événement. L’institution qu’il dirige désormais délivre les autorisations d’émettre, encadre la Télévision Numérique Terrestre (TNT) et doit composer avec un marché où les opérateurs télécoms captent une part croissante de la consommation audiovisuelle via l’internet mobile. Son expérience à l’AIGF, où son mandat a été marqué par la modernisation des outils de contrôle du spectre, lui donne une lecture directe de ces enjeux de convergence.
Trois dossiers structurants attendent le nouveau président :
La libéralisation encadrée du marché. Le nombre d’opérateurs audiovisuels a nettement progressé ces dernières années en Côte d’Ivoire. La HACA doit continuer d’arbitrer entre ouverture du marché et préservation d’un espace d’information équilibré, un exercice dont dépend directement la structuration de l’espace publicitaire et des conventions de diffusion.
La régulation des contenus numériques et de l’IA. Sous la présidence sortante, la HACA a engagé une réflexion sur l’encadrement de l’intelligence artificielle dans les médias africains, dans le cadre du Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication (RIARC). Ce chantier, loin d’être théorique, conditionne les règles du jeu pour les médias numériques et les web-télévisions qui se multiplient sur le marché ivoirien.
Le calendrier politique. La Côte d’Ivoire s’apprête à traverser une séquence électorale majeure, ce qui place mécaniquement la régulation des contenus, la lutte contre la désinformation et l’équilibre du traitement médiatique au centre de l’agenda de l’institution pour les prochains mois.
Un test grandeur nature
Les premières décisions de Brou Aka Pascal, en particulier sur l’attribution des fréquences et les arbitrages sur les contenus sensibles, donneront rapidement une lecture concrète de la ligne qu’il entend imprimer à la HACA. Pour les acteurs économiques du secteur, l’enjeu est clair : une régulation plus prévisible et un dialogue institutionnel renforcé sont les conditions d’un marché audiovisuel ivoirien capable d’attirer davantage d’investissement et de structurer durablement ses revenus publicitaires.
Mérimé Wilson
