Grande distribution : Mayelia Participations rachète Cosmos Yopougon pour environ 10,5 milliards de FCFA

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Le groupe ivoirien dirigé par David Fofana prend le contrôle du plus grand centre commercial de la commune la plus peuplée d’Abidjan. Seize mois après la reprise de la SICTA, l’opération confirme l’émergence d’un capital privé ivoirien capable de racheter des actifs structurants jusque-là détenus par des investisseurs étrangers.

Le groupe Mayelia Participations, jusqu’ici identifié au contrôle technique automobile et à la sécurité routière, s’invite dans l’immobilier commercial. Le holding présidé par David Fofana a racheté le centre commercial Cosmos de Yopougon, dans une opération valorisée autour de 16 millions d’euros, soit environ 10,5 milliards de FCFA. L’annonce, révélée au début du mois d’août 2026, place un investisseur local à la tête de l’un des actifs de consommation les plus fréquentés du pays.

Un actif conçu pour la classe moyenne périphérique

Cosmos Yopougon a ouvert ses portes le 22 novembre 2018, en présence du Premier ministre d’alors, Amadou Gon Coulibaly. Le projet avait mobilisé un investissement de 18 milliards de FCFA, porté par le fonds immobilier HC Capital Properties, société d’investissement fondée en 2014 et opérant depuis Abidjan et Londres, en partenariat avec le groupe familial libanais Sarada. Le multi-family office SFO Group avait également pris part au tour de table.

Bâti sur trois hectares, le complexe développe environ 17 000 mètres carrés de surface construite pour 14 000 mètres carrés de surface louable, avec 450 places de stationnement et une quarantaine d’enseignes nationales et internationales. On y trouve notamment un supermarché exploité sous l’enseigne Carrefour Market par CFAO Retail, un complexe de cinéma Majestic, un espace de restauration rapide, des aires de jeux pour enfants, des agences bancaires et un centre médical.

Le positionnement du projet constituait à l’époque son originalité principale. Les centres commerciaux d’Abidjan se concentraient jusque-là sur Cocody et Marcory, communes de la bourgeoisie et de la classe moyenne établie. Yopougon, avec plus d’un million d’habitants et une consommation largement captée par le commerce informel, représentait un pari inverse, celui d’un mall de standard international adressé à une clientèle populaire et intermédiaire. La fréquentation, estimée à 3,6 millions de visiteurs par an, a validé l’hypothèse.

Un actif adossé à une ingénierie financière verte

La particularité de Cosmos Yopougon tient aussi à son montage financier, rarement égalé dans la sous-région. Le centre a été le premier bâtiment opérationnel d’Afrique de l’Ouest et centrale francophone à décrocher la certification EDGE Green Building de la Société financière internationale, filiale du Groupe de la Banque mondiale.

Cette qualification a ouvert la voie à une opération de marché inédite. Le 12 août 2021, la société de projet Emergence Plaza SA a émis la première obligation verte privée d’Afrique de l’Ouest et centrale francophone, d’un montant de 10 milliards de FCFA, au taux de 7,5 % brut l’an sur une maturité de huit ans. L’émission, arrangée par le cabinet Hudson & Cie, visait à refinancer le prêt senior contracté auprès de NSIA Banque Côte d’Ivoire et a reçu la certification Climate Bond. Elle a été sursouscrite.

Le complexe a ensuite obtenu un prêt à terme de 18,5 millions d’euros, soit environ 12,1 milliards de FCFA, auprès de Nedbank Corporate and Investment Banking, financement indexé sur l’amélioration continue de ses performances environnementales, en particulier la gestion des déchets, de l’eau et de l’énergie.

Cet historique donne à l’opération une profondeur que le seul prix affiché ne restitue pas. Reprendre Cosmos Yopougon, ce n’est pas seulement acquérir des murs et un flux locatif. C’est aussi hériter d’une structure de dette, d’engagements de performance environnementale et d’un cahier des charges vis-à-vis d’investisseurs obligataires et de prêteurs internationaux.

Mayelia, une trajectoire d’acquisitions en série

Créé en 2020 par David Fofana, ancien cadre de Bolloré Transport & Logistics, Mayelia Participations a construit sa notoriété par la croissance externe plutôt que par la seule croissance organique. Le groupe compte aujourd’hui plusieurs filiales, parmi lesquelles Mayelia Automotive, Mayelia Automotive Guinée, Mayelia Academy, SCI Mayelia, CIERIA et la SICTA.

C’est cette dernière acquisition qui a fait entrer le groupe dans une autre catégorie. Le 2 avril 2025, à Genève, Mayelia a bouclé le rachat de l’intégralité du capital de la Société ivoirienne de contrôle technique automobile, opérateur historique du secteur depuis un demi-siècle, en reprenant 95 % des parts détenues par le groupe suisse SGS et 5 % détenues par Georges N’Dia. L’opération, financée principalement auprès de banques locales, a porté le groupe à environ 700 collaborateurs, 28 stations et une position dominante sur le contrôle technique ivoirien.

Le rachat de Cosmos Yopougon obéit à la même logique : acquérir un actif mature, doté d’une base de revenus établie et d’une notoriété installée, plutôt que de construire à partir de zéro.

Le pari, et ses zones de tension

L’opération soulève trois questions que les prochains mois trancheront.

La première tient au métier. Gérer un centre commercial relève de l’asset management immobilier, discipline distincte du contrôle technique automobile. Elle suppose une maîtrise du taux d’occupation, de la rotation des enseignes, du recouvrement locatif et de la programmation commerciale. Cosmos Yopougon affichait un taux d’occupation supérieur à 90 % dans ses premières années d’exploitation, niveau qu’il faudra maintenir dans un environnement de consommation plus contraint.

La deuxième tient à la concurrence. La grande distribution ivoirienne est un terrain occupé, où Prosuma, la CDCI et CFAO Retail, opérateur de la franchise Carrefour, disposent d’un maillage, d’une puissance d’achat et d’une expérience que le nouvel entrant devra affronter.

La troisième tient à la valorisation. Un actif construit pour 18 milliards de FCFA en 2018 change de mains autour de 10,5 milliards de FCFA en 2026. L’écart peut refléter la reprise d’un passif financier, l’ajustement d’une valorisation initiale, ou une décote de sortie consentie par des investisseurs internationaux souhaitant reconstituer leur liquidité. La structure exacte de l’opération, notamment le traitement de l’encours obligataire et du prêt bancaire, n’a pas été détaillée publiquement.

Une opération à valeur de signal

Au-delà des chiffres, l’opération dit quelque chose du marché ivoirien. En seize mois, un groupe fondé en 2020 a repris à un opérateur suisse le leader national du contrôle technique, puis à un fonds anglo-ivoirien l’un des actifs commerciaux les plus visibles d’Abidjan. Le mouvement s’inscrit dans une tendance plus large de relocalisation du capital, où des entrepreneurs africains reprennent des positions détenues de longue date par des groupes étrangers en phase de rotation d’actifs.

Reste à démontrer que la maîtrise du capital s’accompagne d’une maîtrise opérationnelle. C’est sur ce terrain, et non sur celui de l’annonce, que se jugera la réussite du pari de David Fofana.

Mérimé Wilson

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