Anne-Alice Fievet, l’architecte discrète des écosystèmes entrepreneuriaux en Afrique

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Depuis Abidjan, Anne-Alice Fievet trace un parcours singulier, à la croisée de l’innovation, de l’entrepreneuriat et de l’impact. À la tête d’Epitech Afrique en Côte d’Ivoire depuis juin 2024, elle incarne une génération de dirigeantes capables de relier les mondes de la tech, de la formation, des institutions internationales et des grandes entreprises. Son itinéraire, construit entre l’Europe, l’Amérique latine et l’Afrique, raconte moins une succession de postes qu’une même ligne de force : créer les conditions concrètes de l’émergence.

Chez Anne-Alice Fievet, la constance saute aux yeux. Derrière la diversité apparente des environnements qu’elle a traversés, de Danone à la Banque africaine de développement, de Seedstars à Epitech Afrique, se dessine une même vocation. Elle consiste à faire grandir des projets, structurer des communautés, produire du sens et transformer les idées en dispositifs utiles. Son profil n’est pas celui d’une communicante au sens classique, ni celui d’une opératrice de programmes enfermée dans l’exécution. Il relève davantage d’un rôle de passeuse, capable d’orchestrer des talents, d’aligner des parties prenantes et de donner de la portée à des initiatives complexes.

Sa nomination comme Country Manager Côte d’Ivoire d’Epitech Afrique apparaît ainsi comme une étape logique. Dans un contexte où la formation technologique devient un levier stratégique pour la compétitivité des économies africaines, son expérience lui donne une lecture rare des besoins du terrain. Elle connaît les attentes des jeunes talents, les contraintes des institutions, les logiques des investisseurs et les exigences des organisations internationales. Surtout, elle comprend que l’avenir de la tech africaine ne se joue pas seulement dans les discours sur l’innovation, mais dans la capacité à bâtir des écosystèmes solides, à connecter les compétences aux opportunités et à inscrire l’ambition dans la durée.

Avant de rejoindre Epitech Afrique, Anne-Alice Fievet a évolué au sein du laboratoire Innovation & Entrepreneurship de la Banque africaine de développement, où elle a travaillé sur les dimensions de connaissance et de contenu entre février 2022 et mars 2024. Cette expérience a consolidé son ancrage africain et renforcé sa compréhension des dynamiques entrepreneuriales du continent. Dans une institution aussi structurante, la production de contenu n’est jamais un simple exercice narratif. Elle participe à la circulation des idées, à la valorisation des bonnes pratiques et à la construction d’une vision commune du développement. En se positionnant à cet endroit stratégique, Anne-Alice Fievet a contribué à mettre l’intelligence collective au service de l’innovation.

Mais c’est sans doute chez Seedstars que son nom s’est le plus clairement associé à l’univers des startups à impact. Entre 2018 et 2021, elle y occupe des responsabilités de premier plan, d’abord comme Africa Summit Manager, puis comme Head of Programs for Sub-Saharan Africa. Elle y pilote des projets d’envergure destinés à soutenir les jeunes entrepreneurs technologiques du continent dans leur croissance. L’expérience est décisive. Elle lui permet de travailler au plus près des fondateurs, d’observer les promesses comme les fragilités des écosystèmes émergents, et de maîtriser les ressorts d’une communauté entrepreneuriale panafricaine.

L’organisation des Seedstars Summit Africa de 2018 à Dar-es-Salaam et de 2019 à Johannesburg illustre la nature de cette responsabilité. Il ne s’agissait pas seulement de produire des événements de référence réunissant plus de 300 participants venus de tout le continent. Il fallait gérer les relations avec les investisseurs, organiser les bootcamps, coordonner le contenu et encadrer les équipes. Autrement dit, penser l’expérience dans sa globalité, depuis la vision stratégique jusqu’à l’exécution logistique. Ce type de mission forge des profils capables de tenir la pression, de décider vite et d’arbitrer avec méthode.

La séquence du Seedstars Summit mondial en 2019 et 2020 révèle une autre facette de son leadership, celle de l’adaptation. En 2020, lorsque la crise du Covid-19 impose une bascule accélérée vers le numérique, le sommet doit être entièrement repensé en trois semaines dans un format 100 % en ligne. Là où beaucoup auraient vu un recul, Anne-Alice Fievet transforme la contrainte en opportunité éditoriale et produit trente podcasts consacrés aux entrepreneurs à impact des pays émergents. Ce pivot rapide dit beaucoup de sa manière d’agir : garder le cap, préserver la qualité et inventer de nouveaux formats pour maintenir la conversation vivante.

Bien avant cette immersion africaine, Anne-Alice Fievet s’était déjà forgé une culture exigeante de l’impact et des organisations complexes. Chez Danone, où elle a exercé à deux reprises, elle a travaillé sur le Fonds Ecosystème, une initiative conçue pour rendre la chaîne de valeur du groupe plus inclusive et plus performante. Entre 2016 et 2018, en tant que Knowledge & Communication PMO, elle a participé à la valorisation de projets déployés à l’échelle mondiale, dans un portefeuille de 70 initiatives, avec 140 millions d’euros investis et des dizaines de milliers de personnes autonomisées. Cette expérience lui a donné une compréhension fine des modèles économiques inclusifs, de la narration d’impact et de la façon dont les grands groupes peuvent articuler performance et responsabilité.

Chez Danone déjà, son rôle consistait à relier les niveaux. Relier la stratégie globale aux réalités locales. Relier les équipes projets à la communication institutionnelle. Relier la preuve d’impact aux récits capables de mobiliser en interne comme en externe. Cette capacité à faire circuler les idées et les résultats est l’une des signatures de son parcours. Elle éclaire aussi sa sensibilité pour les projets qui ne se contentent pas d’être innovants, mais qui transforment réellement des vies.

Son passage par Bpifrance Export, en 2015 et 2016, ajoute une brique importante à cette trajectoire. En accompagnant des PME, des ETI et des startups françaises dans leur internationalisation, elle s’initie aux outils de pilotage, à l’analyse financière, à la gestion de bases de données et à la lecture des dynamiques de croissance. Cette rigueur analytique complète utilement son goût pour les projets à impact. Elle montre qu’Anne-Alice Fievet ne pense pas l’entrepreneuriat comme une simple aventure inspirante, mais comme une mécanique concrète, faite de données, d’indicateurs et de décisions.

Ses premières expériences professionnelles disent déjà beaucoup de sa curiosité intellectuelle et de son ouverture au monde. À l’Ambassade de France en Argentine, elle observe la scène politique, rédige des télégrammes diplomatiques et participe au fonctionnement d’une institution sensible. Chez makesense for organizations, elle touche à l’innovation sociale, à l’étude de marché et à la mesure d’impact. À Grenoble École de Management, elle mène plusieurs missions de conseil en entreprise et produit une recherche sur l’expérience internationale comme catalyseur de la résilience entrepreneuriale. À travers ces étapes, un même fil se dessine : l’envie de comprendre les systèmes, d’accompagner le changement et de créer de la valeur là où les mondes se rencontrent.

Sa formation confirme cette cohérence. Diplômée de Grenoble École de Management, où elle s’investit autant dans les initiatives liées au développement durable que dans les activités artistiques, elle complète son parcours par un échange à la Pontificia Universidad Católica de Chile. Elle y suit en espagnol des enseignements consacrés à la création d’entreprise, au changement organisationnel, au leadership et à la culture chilienne. Cette expérience internationale n’est pas anecdotique. Elle semble avoir façonné chez elle une capacité rare à naviguer entre les contextes, à écouter avant d’agir et à faire dialoguer des univers différents.

Ce qui ressort aujourd’hui de son portrait, c’est la force tranquille d’un leadership sans emphase. Anne-Alice Fievet ne semble pas rechercher la lumière pour elle-même. Elle préfère construire les cadres qui permettront à d’autres de réussir, que ce soit des étudiants, des entrepreneurs, des équipes projets ou des institutions en quête d’efficacité. Son influence s’exerce dans la structuration, dans la mise en réseau, dans la qualité d’exécution et dans la profondeur du regard porté sur les transformations en cours.

À l’heure où la Côte d’Ivoire et plus largement l’Afrique francophone cherchent à accélérer sur la formation technologique, l’entrepreneuriat innovant et la montée en compétences de leur jeunesse, des profils comme le sien prennent une importance particulière. Ils apportent plus qu’une expertise. Ils apportent une méthode. Celle qui consiste à conjuguer ambition internationale et ancrage local, exigence stratégique et sens de l’impact, vision et opération.

Anne-Alice Fievet appartient à cette nouvelle génération de bâtisseurs d’écosystèmes. Des profils capables de comprendre que l’innovation ne vaut que si elle est transmise, structurée et rendue accessible. En cela, son parcours est déjà plus qu’un CV remarquable. Il est une lecture possible de ce que doit être le leadership contemporain en Afrique : mobile, lucide, engagé, profondément humain.

Mérimé Wilson

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