À Divo, le parcours d’Alahassane Diakité met désormais en regard deux formes de responsabilité : celle du chef d’entreprise qui investit dans la transformation locale du cacao et celle du parlementaire appelé à représenter un territoire. Le 27 décembre 2025, à 33 ans, l’entrepreneur est élu député de Divo commune sous l’étiquette indépendante, avec 17 141 voix, soit 62,34 % des suffrages exprimés, devant le député sortant Famoussa Coulibaly. Une victoire qui marque son passage du monde des affaires à l’exercice d’un mandat national.
Ce basculement est d’autant plus intéressant que l’essentiel de sa trajectoire économique s’est précisément construit autour de Divo et d’une matière première qui concentre certains des grands défis industriels de la Côte d’Ivoire : le cacao. Chez Alahassane Diakité, l’entrée en politique ne vient donc pas effacer l’entrepreneur. Elle ajoute une nouvelle dimension à un parcours déjà façonné par la production agricole, le commerce, la transformation industrielle et l’organisation des producteurs.
Du négoce à la transformation
Originaire de Divo et issu, selon sa biographie officielle, d’une famille de planteurs, Alahassane Diakité grandit au contact de l’économie cacaoyère. Son parcours professionnel le conduit progressivement à dépasser la seule logique de commercialisation de la fève pour s’intéresser à la création de valeur en aval.
Cette orientation devient concrète en décembre 2016 avec Diakité Cocoa Products. L’acte de constitution de la société mentionne Alahassane Diakité comme gérant et fixe parmi ses activités l’achat de fèves, la production et la transformation de dérivés du cacao ainsi que l’exportation de produits transformés.
Le mouvement est significatif. Dans une économie longtemps structurée autour de l’exportation de matières premières, la transformation locale représente un changement d’échelle : davantage de capital industriel, des exigences de qualité plus importantes, une maîtrise accrue de l’approvisionnement et une exposition plus directe aux marchés internationaux.
Alahassane Diakité s’inscrit parallèlement dans l’organisation de l’amont de la filière, notamment à travers l’U.INTER.CC-CI, dont il assure la présidence du conseil d’administration selon les informations professionnelles et biographiques disponibles. Cette articulation entre producteurs, approvisionnement et industrie deviendra progressivement l’un des fils conducteurs de son parcours.
CACAO SA, le changement de dimension
L’étape la plus structurante intervient avec la Compagnie Africaine de Cacao, CACAO SA. Constituée en juin 2024 avec un capital social déclaré de 200 millions de FCFA et établie à Divo, la société désigne Alahassane Diakité comme administrateur général. Son objet couvre l’achat de fèves, la transformation, la commercialisation et l’exportation des dérivés du cacao.
Le complexe industriel est inauguré à Divo le 2 août 2025. Plusieurs sources économiques font état d’une capacité de traitement d’environ 36 000 tonnes de cacao par an, avec des lignes destinées notamment à la pâte, au beurre et au chocolat. L’investissement a été évalué à environ 32 milliards de FCFA par plusieurs publications sectorielles.
Au-delà des chiffres, l’implantation de l’usine à Divo révèle la logique du projet : rapprocher davantage la transformation des bassins de production et conserver une part supérieure de la valeur ajoutée sur le territoire ivoirien.
Cette orientation rejoint une transformation plus large de l’économie du cacao. Dans un rapport publié en 2025, le Département américain de l’Agriculture estimait que la Côte d’Ivoire transformait déjà environ 42 % de ses fèves localement, tandis que les autorités ivoiriennes affichaient une ambition de montée en puissance supplémentaire de la transformation nationale. Le même rapport soulignait toutefois les contraintes liées à la disponibilité et à la qualité des fèves, rappelant qu’une usine performante reste dépendante de la solidité de toute sa chaîne d’approvisionnement.
C’est précisément à cette intersection entre agriculture, industrie et territoire que le parcours de Diakité prend sa dimension économique la plus intéressante.
De l’entreprise au mandat public
Son élection à l’Assemblée nationale introduit cependant une rupture fondamentale. Un entrepreneur décide dans le cadre d’une organisation qu’il dirige. Un député agit dans un environnement institutionnel où le débat, le contrôle, la production législative et la représentation des citoyens obéissent à d’autres règles.
Alahassane Diakité s’est présenté en 2025 comme candidat indépendant dans la circonscription de Divo commune. La Commission électorale indépendante avait officiellement enregistré sa candidature avec Kouambla Tossé Victorienne comme suppléante. Les résultats détaillés de la CEI ont ensuite confirmé son élection.
Depuis son entrée à l’Assemblée nationale, il siège comme député non inscrit, selon les informations communiquées lors de sa restitution parlementaire d’avril 2026. Il est également membre de la Commission de la recherche, de la science, de la technologie et de l’environnement et de la Commission d’évaluation des politiques publiques.
Cette nouvelle position change la nature de son exposition. Les problématiques qu’il a rencontrées comme entrepreneur (industrialisation, financement, emploi, agriculture, formation ou compétitivité territoriale) deviennent désormais des sujets susceptibles d’être abordés sous l’angle des politiques publiques et de la législation. Cela ne préjuge pas de ses choix parlementaires ni de leurs résultats, mais donne à son mandat une grille de lecture singulière.
En avril 2026, il a d’ailleurs organisé à Divo une première séance de restitution de ses activités parlementaires devant les autorités et les populations locales, au cours de laquelle il a présenté son activité du premier trimestre de la législature 2026-2030.
Divo comme point de convergence
C’est peut-être là que réside la cohérence la plus visible du parcours d’Alahassane Diakité : Divo reste le centre de gravité de ses différentes responsabilités.
Il y développe une partie de ses activités entrepreneuriales, y implante un complexe de transformation du cacao et y obtient ensuite un mandat parlementaire. Cette concentration territoriale crée toutefois une exigence nouvelle : distinguer clairement les responsabilités économiques privées des fonctions attachées à la représentation publique.
À 33 ans lors de son élection, Alahassane Diakité ouvre ainsi une nouvelle séquence de sa trajectoire. Après avoir construit son parcours autour du cacao et de l’industrialisation, il entre dans un espace où la mesure de l’action n’est plus seulement la croissance d’une entreprise, les capacités de production ou l’investissement réalisé. Elle passe aussi par le travail législatif, le contrôle de l’action publique, la représentation des électeurs et la capacité à rendre compte.
L’entrepreneur de Divo est désormais député de Divo. Les prochaines années permettront d’observer comment ces deux expériences, différentes par leur nature et leurs obligations, cohabiteront dans son parcours.
Mérimé Wilson

