Dans l’industrie des hydrocarbures, le prestige ne se mesure pas au bruit, mais au silence des incidents. Quand rien ne fuit, quand rien n’explose, quand la production tourne et que la logistique suit, c’est rarement le fruit du hasard : c’est le résultat d’un travail d’anticipation, de normes, d’inspection, de discipline opérationnelle. C’est précisément sur ce terrain (l’intégrité des installations) qu’Yves Tchicaya construit sa trajectoire de dirigeant.
Directeur général de Ivoire Pipeline Technology (IPTECH), il s’impose progressivement comme l’un des visages d’un métier encore trop méconnu du grand public, mais central pour la souveraineté énergétique : surveiller, diagnostiquer, prévenir et prolonger la vie des infrastructures pétrolières et gazières. À Abidjan, les 20 et 21 janvier 2026, il a porté un signal fort en réunissant l’écosystème autour d’un atelier dédié à la sécurité et à l’intégrité des installations d’hydrocarbures, en assumant une ambition claire : élever le niveau technique local et réduire les risques.
Un profil de “risk manager” industriel, pas un communicant
Le leadership d’Yves Tchicaya est celui des secteurs à risque majeur : un leadership qui ne promet pas, mais qui structure. Dans sa prise de parole, le vocabulaire est révélateur : prévention, contrôle, inspection régulière, compétences, certifications, sensibilisation. Il parle le langage des opérations et du danger maîtrisé.
Sa lecture est simple et robuste : une défaillance sur un pipeline, ce n’est pas seulement une panne. C’est un coût financier, un choc environnemental, un risque humain, un arrêt d’activité, parfois une crise de confiance. D’où sa volonté d’installer une culture de l’intégrité comme standard, pas comme option.
IPTECH : bâtir un acteur ivoirien sur un segment critique
IPTECH est une entreprise spécialisée dans l’intégrité des installations d’hydrocarbures. Son activité couvre le contrôle et la surveillance des réseaux pipelines, le recours aux racleurs instrumentés (pigging), les contrôles non destructifs, les tests d’étanchéité, la prévention de la corrosion, la protection cathodique, ainsi que des prestations d’ingénierie et de formation. Cette structuration traduit un positionnement clair sur les métiers techniques liés à la sécurité, à la maintenance et au suivi des infrastructures énergétiques, des fonctions devenues centrales dans la gestion et l’exploitation des actifs pétroliers et gaziers.
Le “pigging” : une technologie, mais surtout une culture
Le focus sur le pigging, mis en avant lors de l’atelier de Port-Bouët, est révélateur de la philosophie du dirigeant. Le pigging, c’est l’ensemble des techniques d’entretien et d’inspection interne des pipelines à l’aide d’outils dédiés. Dit plus simplement : on ne se contente pas de “réparer quand ça casse”, on inspecte avant que ça casse.
En plaçant ce sujet au cœur d’un rendez-vous technique, Yves Tchicaya pousse une idée : la Côte d’Ivoire doit consolider une culture industrielle du contrôle : celle qui distingue les infrastructures fragiles des infrastructures résilientes.
ROSEN : l’allié international, l’ambition locale
Autre dimension déterminante : Yves Tchicaya est le représentantde ROSEN en Côte d’Ivoire, groupe international reconnu sur ces métiers, et l’atelier s’inscrit dans cette articulation entre standards mondiaux et exécution locale.
Mais la nuance qui compte, c’est l’intention : il ne s’agit pas seulement d’adosser IPTECH mitigée à un grand nom. Il s’agit de faire du partenariat un outil de transfert (de méthodes, de technologies, de compétences) pour que le métier s’enracine durablement dans les mains ivoiriennes. Cette posture est stratégique : elle va au-delà du contrat, elle vise la montée en puissance.
Local content : l’argument économique derrière la sécurité
Derrière l’intégrité, il y a une bataille économique. Yves Tchicaya inscrit son action dans une logique de local content : faire émerger des capacités locales sur des segments techniques à haute valeur ajoutée, souvent captés par l’expertise extérieure.
Son raisonnement est pragmatique : on ne gagne pas la souveraineté par le slogan, mais par la compétence. Et la compétence, dans ce secteur, se construit avec de la formation, des certifications, des process, et une exigence HSE non négociable.
Un enjeu national : plus les pipelines s’étendent, plus l’intégrité devient stratégique
La Côte d’Ivoire projette et renforce ses infrastructures énergétiques. Et plus le pays densifie ses réseaux, plus la question de l’intégrité devient une question de continuité économique : continuité de l’approvisionnement, continuité industrielle, continuité budgétaire.
Dans ce contexte, le positionnement d’IPTECH (et la trajectoire d’Yves Tchicaya) prend un relief particulier : celui d’un dirigeant qui se place non pas sur le visible, mais sur l’essentiel. Car dans l’énergie, le meilleur exploit, c’est souvent d’éviter l’accident que personne ne verra.
Mérimé Wilson
