De la Compagnie ivoirienne d’électricité à Unilever, puis de Glovo à Gozem, Serge-Eric Gnamkey a construit sa carrière autour de la performance des systèmes et des opérations. Directeur pays de Yango Food en Côte d’Ivoire depuis janvier 2024, il applique cette double culture à un secteur où chaque commande met à l’épreuve la technologie, l’organisation et la confiance.
À Abidjan, une commande de repas concentre plusieurs promesses : une préparation conforme, un coursier disponible, un trajet maîtrisé et un client livré à temps. Quelques gestes sur un téléphone déclenchent une chaîne de décisions dont le consommateur ne voit que le résultat. C’est dans cette mécanique que s’inscrit le métier de Serge-Eric Gnamkey. À la tête de Yango Food en Côte d’Ivoire, il travaille à faire coïncider la simplicité de l’usage avec la complexité de l’exécution.
Son parcours permet de comprendre cette approche. Formé à SUP’ Télécommunication et Management, où il obtient un master en ingénierie des télécommunications et informatique en 2011, il commence sa vie professionnelle chez MTN Côte d’Ivoire, dans une fonction de business intelligence. La donnée constitue alors une première porte d’entrée vers la compréhension de l’activité : observer, mesurer, identifier les écarts et fournir aux équipes les éléments nécessaires à la décision.
En 2012, il rejoint la Compagnie ivoirienne d’électricité. Il y exerce des responsabilités de support et de management opérationnel, avec le développement d’outils destinés notamment à la logistique, aux ressources humaines et au suivi budgétaire. En 2016, il prend la tête du service d’analyse de la facturation. Le sujet touche directement au modèle économique d’un distributeur d’électricité : rapprocher la consommation, la facturation et les recettes, tout en réduisant les anomalies. Cette étape inscrit son travail technique dans une réalité commerciale précise.
Chez Unilever, qu’il rejoint en novembre 2016 comme analyste informatique, cette articulation se poursuit. Infrastructure, sécurité des accès, relations avec les prestataires et amélioration des services informatiques composent son périmètre. Sur son profil professionnel, il fait état de plus de 200 000 euros d’économies sur les prestations informatiques et d’une migration complète des serveurs de données vers le cloud. Ces résultats déclarés éclairent le fil conducteur de sa trajectoire : faire de l’organisation technique un instrument de fiabilité et de maîtrise des coûts.
L’année 2019 marque un changement d’environnement. Il suit un programme de développement du leadership à MDE Business School, puis rejoint Glovo en août comme responsable des opérations. Il passe d’organisations établies à une plateforme de livraison, où les ajustements doivent suivre le rythme des commandes. La disponibilité des coursiers, les délais de préparation des restaurants et les variations de la demande deviennent des paramètres à coordonner en permanence.
Dans le bilan de cette expérience présenté sur son profil, il mentionne plus de 80 % des commandes livrées en moins de 45 minutes et la gestion d’une flotte de plus de 1 000 coursiers actifs. Ces indicateurs décrivent un métier dans lequel la croissance commerciale engage immédiatement la capacité opérationnelle. Une campagne qui attire davantage de clients doit trouver, au même moment, les restaurants et les coursiers capables de répondre à cette demande.
Début 2022, ses responsabilités chez Glovo évoluent vers l’expansion. La question prend une dimension supplémentaire : dans quelles zones développer le service, avec quelle offre et quelle organisation ? En mai de la même année, il rejoint Gozem comme Country Manager au Cameroun, basé à Douala, une fonction qu’il occupe jusqu’en décembre 2023. Cette expérience élargit son parcours à un autre marché urbain et à une autre configuration de services numériques. Elle donne à sa trajectoire une dimension régionale, entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.
Chez Yango Food, sa conception du métier repose sur une interdépendance qu’il expose publiquement : restaurants, coursiers partenaires et clients constituent les trois côtés d’un même équilibre. Chacun doit trouver un intérêt durable à participer au service. Cette conviction, présentée dans un entretien publié par Yango en janvier 2026, place la relation entre les acteurs au centre de son approche opérationnelle.
La logique économique est exigeante. Pour un restaurant, les commandes supplémentaires doivent rester compatibles avec sa capacité de préparation et ses marges. Pour un coursier, le temps d’attente et les distances parcourues influencent le revenu tiré de l’activité. Pour le client, le prix et la qualité de livraison déterminent la prochaine commande. Le pilotage consiste donc à améliorer le service en tenant compte des effets de chaque décision sur les autres participants.
Le développement de Yango Food à Grand-Bassam, lancé en décembre 2025, donne une traduction géographique à cet enjeu. Une extension oblige à constituer une offre locale, organiser la disponibilité des coursiers et installer des habitudes de consommation. Pour Serge-Eric Gnamkey, elle mobilise les deux versants de son expérience : comprendre le fonctionnement d’un système et réunir les conditions pratiques de son déploiement.
L’élargissement aux courses alimentaires ouvre également un autre champ. En mai 2026, dans le cadre du partenariat avec Prosuma, il expliquait que l’arrivée des supermarchés Casino Mandarine sur la plateforme avait contribué à augmenter les commandes pendant certaines périodes de moindre activité dans la restauration. Sur le plan opérationnel, cette complémentarité présente un intérêt clair : une offre plus diversifiée peut mieux répartir l’activité dans la journée. Elle ajoute aussi des exigences de préparation, de disponibilité des produits et de suivi des commandes.
La place qu’il accorde aux équipes apporte une dimension humaine à ce profil d’ingénieur. Dans une recommandation publiée sur LinkedIn, Fidèle Armstrong, ancien collaborateur chez Glovo, décrit un responsable attentif aux indicateurs, qui confiait des responsabilités importantes et encourageait ses collaborateurs à résoudre eux-mêmes les difficultés. Ce témoignage fait ressortir une pratique de management associant autonomie, écoute et exigence de résultat.
Cette attention aux personnes apparaît aussi dans ses prises de parole récentes. En septembre 2026, à l’occasion d’une distribution de fournitures scolaires aux enfants de coursiers partenaires, il soulignait la charge que représente la rentrée pour les familles et présentait l’initiative comme une reconnaissance de leur engagement. Dans une activité qui repose sur un réseau de partenaires, la qualité de la relation se construit aussi dans la durée, au-delà du traitement quotidien des commandes.
La singularité de Serge-Eric Gnamkey tient à cette continuité entre des univers professionnels différents. Électricité, grande consommation, mobilité et livraison lui ont donné plusieurs angles pour aborder une même question : comment transformer des ressources, des données et des décisions en un service fiable ? Sa fonction actuelle concentre cette interrogation à l’échelle du quotidien abidjanais. Le défi est désormais de soutenir le développement de l’offre tout en préservant la qualité d’exécution qui donne au client une raison de revenir.
Mérimé Wilson
