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Olivier Odoukou, de l’audit au pilotage industriel : le nouveau Directeur général de la SAPH face au défi du changement d’échelle

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Il y a des nominations qui changent un titre sur une carte de visite. D’autres achèvent une transformation professionnelle. Celle d’Olivier Odoukou à la tête de la Société Africaine de Plantations d’Hévéas appartient plutôt à la seconde catégorie. Le 22 septembre 2026, les informations de marché ont fait état de sa nomination comme Directeur général de la SAPH. La société est désormais également référencée avec Olivier Odoukou à sa direction. Derrière ce mouvement se lit surtout une trajectoire singulière : celle d’un professionnel de l’audit et du risque qui, après avoir observé l’entreprise depuis ses mécanismes de contrôle, a choisi le terrain opérationnel, dirigé pendant plusieurs années une filiale industrielle au Nigeria, avant de prendre les commandes de l’un des actifs les plus importants du Groupe SIFCA en Côte d’Ivoire.

Ce retour au cœur du dispositif ivoirien de SIFCA n’a donc rien d’une découverte. Olivier Odoukou connaît l’organisation de l’intérieur, ses processus, ses filiales et surtout les tensions qui traversent une entreprise agro-industrielle moderne : produire davantage, maîtriser les coûts, sécuriser les approvisionnements, investir, gérer les risques, répondre aux exigences environnementales et conserver la confiance des communautés rurales dont dépend une part essentielle de la chaîne de valeur.

Il a d’abord appris l’entreprise par ses risques

Le premier métier d’Olivier Odoukou est important pour comprendre le dirigeant qu’il est devenu. Après une formation en école de commerce, il commence sa carrière dans un cabinet international d’audit avant de rejoindre l’audit interne du Groupe SIFCA. Sa progression s’y construit sur plusieurs années. Des documents de gouvernance du groupe le situent notamment à la direction de l’audit interne de SAPH puis du pôle caoutchouc, avant qu’il ne devienne Directeur de l’Audit Interne Groupe de SIFCA. En 2019, l’organigramme de la holding le place effectivement à cette fonction.

Ce détail change la lecture de son parcours.

L’audit interne est souvent présenté comme une fonction de contrôle. À ce niveau de responsabilité, il devient surtout un poste d’observation privilégié de l’entreprise. Il oblige à comprendre la finance, les opérations, les achats, la production, les ressources humaines, les systèmes de contrôle, la gouvernance et la façon dont les décisions prises au sommet se traduisent, ou non, sur le terrain.

Odoukou est par ailleurs Certified Internal Auditor (CIA) et titulaire de la certification CRMA, Certification in Risk Management Assurance, deux qualifications délivrées par l’Institute of Internal Auditors. Son parcours public mentionne également une formation à l’ESCA d’Abidjan et un programme de développement managérial associant MDE Business School et IESE.

Mais l’élément déterminant intervient lorsqu’il décide de passer de l’observation des opérations à leur conduite.

Le Nigeria comme véritable test de direction générale

En 2021, Olivier Odoukou prend la tête de Rubber Estates Nigeria Limited (RENL), filiale du pôle caoutchouc de SIFCA. Il expliquera plus tard que cette transition répondait précisément à son envie de quitter une fonction support pour assumer directement une responsabilité opérationnelle. Le choix du Nigeria ajoutait une difficulté supplémentaire : changer de marché, de culture managériale et d’environnement linguistique.

C’est probablement là que son profil change réellement de dimension.

RENL n’est pas une petite structure périphérique. L’entreprise exploite plus de 15 000 hectares répartis sur plusieurs implantations au Nigeria et intervient dans la plantation, la récolte, la transformation et l’exportation du caoutchouc naturel. Sous la direction d’Odoukou, la stratégie présentée publiquement consistait notamment à augmenter les volumes, renforcer l’approvisionnement auprès des producteurs locaux et accroître les capacités industrielles.

Le problème auquel il est confronté est classique de l’agro-industrie africaine : la capacité de transformation ne suffit pas si l’amont agricole ne suit pas.

RENL produisait historiquement à partir de ses propres plantations. Pour accélérer sa croissance, l’entreprise a donc cherché à construire un écosystème plus large autour des producteurs indépendants. Selon les chiffres communiqués par Odoukou en 2025, les volumes achetés aux producteurs locaux étaient passés d’environ 1 000 tonnes en 2021 à près de 10 000 tonnes attendues en 2025. Parallèlement, l’entreprise avait engagé l’amélioration de son outil industriel et fixé un objectif de 30 000 tonnes de production pour 2025.

Cette expérience mérite d’être regardée au-delà des volumes.

Elle oblige un dirigeant à travailler simultanément sur l’usine, les plantations, les achats agricoles, les fournisseurs, les communautés, les salariés, la conformité et les débouchés internationaux. Autrement dit, exactement le type de complexité qu’il retrouve aujourd’hui à une échelle supérieure chez SAPH.

RENL a également structuré une unité dédiée à la transformation digitale de ses opérations. L’entreprise a obtenu différentes certifications ISO et s’est engagée dans les exigences de traçabilité liées au règlement européen contre la déforestation. Elle a aussi obtenu la certification Top Employer 2025, renouvelée en 2026.

Ce mandat nigérian a donc fait de l’ancien auditeur un patron d’actifs industriels et agricoles.

SAPH : une autre dimension

La nomination à la SAPH change néanmoins considérablement l’échelle.

Créée en 1956, la Société Africaine de Plantations d’Hévéas est l’un des principaux actifs industriels de SIFCA et un acteur historique du caoutchouc naturel en Côte d’Ivoire. Cotée à la BRVM, elle dispose aujourd’hui de plus de 25 000 hectares de plantations industrielles, six usines et affiche 259 820 tonnes de production usinée. Mais le chiffre le plus révélateur est ailleurs : seulement environ 15 % de son approvisionnement provient de ses plantations propres, contre 85 % issus des plantations villageoises.

Cela signifie qu’un Directeur général de SAPH ne dirige pas uniquement une entreprise industrielle. Il pilote un écosystème.

La qualité des relations avec les planteurs, la sécurisation de l’approvisionnement, la productivité agricole, la traçabilité des parcelles, la conformité environnementale et la capacité des usines à absorber les volumes deviennent autant d’enjeux stratégiques.

Financièrement, Odoukou arrive également aux commandes d’une entreprise qui sort d’une phase de forte progression. Les données publiées pour l’exercice 2025 font ressortir un chiffre d’affaires de 340,8 milliards de FCFA, contre 279,4 milliards en 2024, soit une progression proche de 22 %. Le résultat net est passé de 18,8 milliards à près de 25 milliards de FCFA, en hausse d’environ 33 %.

Le mandat commence donc moins dans une logique de redressement que dans celle, plus exigeante, de la consolidation et de la création de valeur sur une base déjà importante.

La traçabilité pourrait devenir l’un des marqueurs du mandat

Le caoutchouc africain n’est plus seulement jugé sur son prix, sa qualité ou sa disponibilité. Sa provenance devient elle-même un produit.

La réglementation européenne contre la déforestation impose une traçabilité croissante aux chaînes d’approvisionnement agricoles. SAPH met désormais en avant sa conformité EUDR et la fourniture d’un caoutchouc naturel tracé et certifié zéro déforestation. Dans une organisation dont 85 % des volumes proviennent de plantations villageoises, cette exigence transforme profondément le métier : géolocalisation des parcelles, connaissance des fournisseurs, données agricoles, procédures de contrôle et digitalisation de la chaîne d’approvisionnement deviennent des infrastructures stratégiques.

C’est précisément à cet endroit que le passé d’Olivier Odoukou peut prendre une signification particulière.

L’homme qui prend aujourd’hui les commandes de SAPH a travaillé sur l’audit, le contrôle interne et le risque avant d’apprendre à diriger une entreprise agricole et industrielle. Il a ensuite expérimenté au Nigeria une stratégie articulant développement des producteurs, transformation industrielle, durabilité et digitalisation.

Sa nomination met ainsi en cohérence trois étapes rarement réunies aussi nettement dans une même trajectoire : comprendre le risque, diriger les opérations, puis piloter un actif stratégique.

De l’intérieur du système à son centre de gravité

Il serait pourtant prématuré de transformer cette cohérence de parcours en garantie de résultat.

Diriger SAPH expose à une combinaison de variables qu’aucun dirigeant ne contrôle seul : cours internationaux du caoutchouc, climat, productivité des plantations, concurrence entre acheteurs, réglementation internationale, coût de l’énergie, discipline opérationnelle et capacité à maintenir l’adhésion de milliers de producteurs partenaires.

Mais la nomination d’Olivier Odoukou mérite précisément l’attention parce qu’elle raconte autre chose qu’un simple mouvement de dirigeants au sein d’un groupe.

Pendant des années, il a été celui qui regardait les organisations pour identifier leurs vulnérabilités. Puis il est devenu celui qui devait prendre les décisions et en porter les conséquences. Avec SAPH, il accède désormais à la direction d’une entreprise cotée, stratégique pour SIFCA et profondément imbriquée dans l’économie rurale ivoirienne.

Son nouveau mandat permettra surtout de mesurer si cette culture du risque, enrichie par l’expérience du terrain nigérian, peut devenir une méthode de croissance à grande échelle. Chez SAPH, Olivier Odoukou ne devra plus seulement sécuriser la performance. Il devra contribuer à définir sa prochaine frontière.

Mérimé Wilson

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