À la tête de Nestlé Côte d’Ivoire depuis octobre 2022, Mohamad Itani dirige une entreprise dont les marques appartiennent au quotidien des consommateurs et dont les comptes révèlent les tensions de l’industrie alimentaire. En 2026, la progression des ventes s’accompagne d’une pression accrue sur la rentabilité. Son mandat se joue dans cet écart, entre puissance commerciale, efficacité industrielle et solidité des approvisionnements.
Les ventes accélèrent, le bénéfice beaucoup moins. À fin septembre 2026, Nestlé Côte d’Ivoire affiche un chiffre d’affaires de 192,5 milliards de FCFA, en hausse de 11 % sur un an. Son résultat net atteint 11,99 milliards, avec une progression de 0,4 %. Pour Mohamad Itani, ces deux chiffres définissent une responsabilité précise : convertir le développement commercial en valeur conservée par l’entreprise. Dans l’alimentation de grande consommation, la croissance se gagne auprès du consommateur, puis se défend tout au long de la chaîne de production et de distribution.
La lecture des comptes fait ressortir une marge nette d’environ 6,2 %, contre 6,9 % un an auparavant. Ce calcul rapporte le résultat net au chiffre d’affaires des neuf premiers mois. L’entreprise souligne le renchérissement de l’énergie, des matières premières et des consommables. L’écart entre ventes et bénéfice donne ainsi à son directeur général un enjeu plus exigeant que la seule conquête de revenus : préserver la rémunération de chaque franc engagé.
Un dirigeant international dans une entreprise profondément locale
Mohamad Itani prend la direction générale le 1er octobre 2022. L’avis diffusé au marché financier le 14 octobre officialise sa nomination ; les documents sociaux confirment également son entrée au conseil d’administration. Cette double responsabilité l’installe à la jonction de l’exécution et de la gouvernance. Dans une société cotée à la BRVM, les arbitrages industriels finissent par devenir des informations publiques, examinées par les actionnaires à travers les comptes et les engagements de la direction.
Son parcours professionnel passe par le Liban et plusieurs marchés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, Oman et les Émirats arabes unis. Nestlé le présente aussi, dans son équipe régionale, comme Atlantic Cluster Manager. Cet itinéraire permet de lire son mandat ivoirien à une échelle plus large : une filiale industrielle doit tenir sa place dans les choix d’un groupe international tout en répondant à un marché dont les pratiques commerciales et les habitudes alimentaires restent locales.
Cette articulation est décisive pour une entreprise installée en Côte d’Ivoire depuis 1959. Les marques bénéficient d’un ancrage ancien, mais chaque décision de prix, de format ou de distribution doit encore être acceptée par l’acheteur. La notoriété facilite la reconnaissance du produit ; l’achat répété dépend de l’utilité perçue et de la dépense que le ménage peut lui consacrer.
Des marques à faire grandir sans fragiliser leur économie
Le premier semestre 2026 avait déjà installé cette exigence. Le chiffre d’affaires s’élevait à 131,67 milliards de FCFA, en hausse de 13,08 %, tandis que le résultat net progressait de 7,16 %, à 10,13 milliards. La direction annonçait alors la poursuite de ses efforts d’efficacité. Ces résultats montrent une activité en expansion dont les gains commerciaux ne se transmettent pas intégralement au bénéfice final.
Le lancement de MILO au lait, intervenu en juin 2026, illustre le travail sur le portefeuille. Le rapport annuel 2024 évoquait déjà le projet, avec l’ambition de proposer une boisson complète et abordable. Entre cette intention et la commercialisation, la direction doit rendre compatibles la formulation, le coût industriel, le prix de vente et la présence dans les circuits de distribution. L’innovation prend sa valeur économique lorsque ces conditions tiennent ensemble.
Le pilotage d’un tel portefeuille exige de regarder la contribution de chaque référence. Une nouvelle offre peut accroître les ventes tout en absorbant des dépenses de lancement ou en complexifiant la production. Pour Itani, la qualité de la croissance se mesure donc à travers les produits qui la portent, les moyens nécessaires pour les distribuer et leur capacité à financer la suite du développement.
Le café replace l’agronomie dans la stratégie industrielle
Le 6 mai 2026, Mohamad Itani participe au renouvellement du partenariat entre Nestlé et le Centre national de recherche agronomique, aux côtés de Jeroen Muller et d’Abdourahamane Sangaré. Cette coopération engage un déterminant moins visible de la performance alimentaire : la qualité et la régularité de la ressource agricole. La stratégie de l’entreprise s’étend ici au-delà de la fabrication et de la commercialisation du produit fini.
Les travaux conduits depuis 2018 ont évalué dix-huit variétés de robusta dans quatre régions caféières ivoiriennes. Six ont été retenues. Nestlé indique que leur plantation en mélange peut produire des rendements jusqu’à 86 % supérieurs à ceux de la pratique locale de référence, à intrants comparables. Il s’agit d’un résultat de recherche obtenu dans les conditions étudiées, dont la portée économique dépend ensuite de la diffusion auprès des producteurs.
Pour le dirigeant d’une entreprise transformatrice, cette démarche touche directement à la continuité des approvisionnements. Une amélioration agronomique prend plusieurs campagnes pour se diffuser ; elle mobilise des compétences et des partenaires que l’usine ne possède pas seule. Le mandat d’Itani associe ainsi deux horizons : la performance commerciale mesurée à chaque publication financière et les investissements agricoles dont les effets se construisent dans la durée.
La solidité industrielle passe aussi par les compétences
Le centre de formation de Nestlé Côte d’Ivoire, créé en 2017, a accueilli sa dixième promotion en janvier 2026. Vingt apprenants avaient été sélectionnés parmi plus de 1 700 candidats. L’initiative concerne des métiers techniques et industriels, où la disponibilité de collaborateurs qualifiés conditionne la maintenance, la fiabilité des équipements et la qualité de production. L’engagement en faveur de l’employabilité rejoint ici un besoin concret de l’appareil productif.
Avec la campagne Nestlé For Good, lancée en avril 2026, Mohamad Itani a également placé la relation avec l’environnement local dans le discours public de l’entreprise. La portée de cet engagement se juge à sa continuité et aux réalisations vérifiables. Pour une marque consommée quotidiennement, la confiance se forme aussi dans les rapports avec les producteurs, les commerçantes et les jeunes qui constituent son environnement économique.
Le prochain exercice d’évaluation du dirigeant sera donc très concret. Les ventes devront financer les coûts nécessaires à leur développement, les investissements devront protéger la capacité de production, et les partenariats agricoles devront soutenir la ressource. À la tête de Nestlé Côte d’Ivoire, Mohamad Itani porte la responsabilité de relier ces décisions. La publication des résultats annuels permettra de mesurer comment la croissance commerciale de 2026 se sera traduite dans les comptes.
Adrianna Nono
