Dans les métiers du conseil, certaines promotions ont une portée qui dépasse largement un changement de titre. Devenir associé signifie entrer dans le cercle où l’expertise doit désormais se conjuguer avec le développement commercial, la construction des équipes, la relation avec les dirigeants et la responsabilité collective sur la trajectoire du cabinet. En septembre 2026, Marc Arthur Kouacou franchit précisément ce seuil. Forvis Mazars annonce sa nomination comme Associé en Côte d’Ivoire, aux côtés de trois autres nouveaux associés pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Une consécration interne, certes, mais surtout l’aboutissement d’une trajectoire construite au cœur d’un domaine devenu stratégique pour les entreprises ivoiriennes : la fiscalité.
Son profil raconte une évolution particulièrement intéressante du marché ivoirien du conseil. Dans une économie où se multiplient groupes régionaux, multinationales, restructurations, investissements transfrontaliers et dispositifs de conformité de plus en plus sophistiqués, le fiscaliste n’est plus simplement celui que l’on consulte pour calculer un impôt ou répondre à un contrôle. Il est progressivement devenu un interlocuteur de la direction générale. C’est dans cet espace, à la frontière entre droit, fiscalité, organisation du capital et stratégie d’entreprise, que Marc Arthur Kouacou a construit son positionnement.
L’expertise avant le statut
Bien avant son accession au partnership, Marc Arthur Kouacou s’était déjà installé dans la mécanique décisionnelle de Forvis Mazars en Côte d’Ivoire.
En 2020, il apparaît encore comme Senior Manager et responsable du département Juridique et Fiscal de Mazars Côte d’Ivoire. Cette année-là, lors de la présentation des nouvelles mesures de l’annexe fiscale, il intervient devant des dirigeants et responsables d’entreprises pour décrypter les transformations du cadre fiscal ivoirien et leurs implications opérationnelles.
Quelques années plus tard, son périmètre s’élargit. Forvis Mazars le présente comme Directeur Tax & Legal à Abidjan, chargé d’un département dont le champ d’intervention couvre notamment la structuration d’entreprise, la fiscalité, les transactions commerciales, la conformité réglementaire, les relations de travail et certaines problématiques contentieuses.
Ce passage de Senior Manager à Directeur, puis aujourd’hui à Associé, est important. Il ne dessine pas simplement une progression hiérarchique. Il traduit une montée progressive dans la chaîne de valeur du conseil.
Car dans les grands cabinets, l’associé n’est plus seulement un expert. Il devient en partie entrepreneur au sein de l’organisation. Il doit développer des marchés, sécuriser des relations stratégiques, faire émerger des talents et engager la réputation du cabinet sur les dossiers qu’il supervise.
Pour Marc Arthur Kouacou, la promotion intervient donc après plusieurs années pendant lesquelles son nom s’est progressivement associé aux problématiques fiscales les plus sensibles pour les entreprises opérant en Côte d’Ivoire.
Les prix de transfert, révélateurs d’une nouvelle fiscalité africaine
Son parcours est particulièrement lié à l’un des sujets qui illustrent le mieux cette sophistication : les prix de transfert.
Derrière cette expression technique se trouve une question centrale pour les États comme pour les multinationales : comment déterminer la juste valeur des transactions réalisées entre différentes entités d’un même groupe lorsqu’elles sont implantées dans plusieurs juridictions ?
Pour les administrations fiscales africaines, l’enjeu est majeur. Une mauvaise valorisation des flux intragroupes peut déplacer artificiellement une partie des bénéfices d’un pays vers un autre. Pour les entreprises, l’enjeu est tout aussi important : une politique mal documentée peut conduire à des redressements significatifs.
Dès 2022, Marc Arthur Kouacou alertait les entreprises ivoiriennes sur l’importance de structurer correctement leur documentation en matière de prix de transfert. Il insistait notamment sur la nécessité de pouvoir justifier les facturations intragroupes et les méthodes utilisées.
Cette expertise a depuis gagné une dimension continentale.
En mars 2026, il figure parmi les spécialistes mobilisés par Forvis Mazars lors de TP Minds Africa, conférence consacrée aux prix de transfert en Afrique. Les discussions portent notamment sur la digitalisation des administrations fiscales, le contrôle croissant des actifs incorporels, les modèles économiques numériques et l’évolution des dispositifs de conformité.
Ce positionnement n’est pas anodin.
À mesure que l’Afrique cherche à mieux capter les recettes fiscales générées par son économie, les États renforcent leurs capacités de contrôle. Dans le même temps, les groupes africains s’internationalisent et les multinationales multiplient les implantations régionales.
Entre ces deux dynamiques se crée un immense besoin de conseil.
Et c’est précisément là que se situe désormais une partie de la valeur stratégique d’un profil comme celui de Marc Arthur Kouacou.
Comprendre l’État sans perdre de vue l’entreprise
Le conseil fiscal de haut niveau exige une compétence particulière : comprendre deux logiques qui ne poursuivent pas toujours les mêmes objectifs.
L’État cherche à sécuriser ses recettes, lutter contre l’érosion de la base fiscale et améliorer la conformité.
L’entreprise, elle, cherche à investir, structurer ses opérations, réduire ses risques et maintenir sa compétitivité.
Le rôle du conseil se situe entre les deux.
Cette position demande davantage qu’une maîtrise technique des textes. Elle impose de comprendre leurs conséquences économiques.
En février 2026, Marc Arthur Kouacou intervenait encore à Abidjan autour de l’Annexe fiscale 2026, aux côtés d’autres responsables de Forvis Mazars. Les discussions concernaient notamment la TVA, la transparence sur les bénéficiaires effectifs et l’introduction de mécanismes plus sophistiqués dans la réglementation fiscale, notamment les accords préalables en matière de prix de transfert.
Ces évolutions disent quelque chose de profond sur l’environnement des affaires ivoirien.
La croissance économique ne suffit plus. Plus les entreprises grossissent, plus leur environnement juridique et fiscal devient exigeant. Plus les investissements internationaux augmentent, plus les montages doivent être documentés. Plus les groupes ivoiriens se régionalisent, plus leurs relations intragroupes deviennent complexes.
Le marché du conseil se transforme donc mécaniquement.
Et avec lui, le métier de fiscaliste.
Une promotion qui raconte également Forvis Mazars
La nomination de Marc Arthur Kouacou doit aussi être lue dans la stratégie régionale de Forvis Mazars.
Le cabinet a simultanément annoncé quatre nouveaux associés en Afrique de l’Ouest et du Centre : André-Marie Nguepi au Cameroun, Marc Arthur Kouacou en Côte d’Ivoire, Ndiaye Dia Ndiaye en Guinée et Abdoul Kader Laminou Attaou au Niger.
Au-delà des individus, le signal est clair : le groupe continue de renforcer un modèle dans lequel les marchés africains doivent disposer de dirigeants capables de combiner expertise locale et standards internationaux.
C’est également une évolution importante pour l’écosystème du conseil en Côte d’Ivoire.
Abidjan n’est plus simplement un marché national pour les cabinets internationaux. La capitale économique ivoirienne fonctionne de plus en plus comme une plateforme à partir de laquelle sont accompagnés des clients et des opérations couvrant plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest.
Dans cette configuration, les associés basés localement prennent une importance particulière. Ils doivent comprendre les réalités réglementaires nationales tout en étant capables de travailler avec des groupes dont les décisions se prennent parfois à Paris, Londres, Casablanca, Johannesburg, Dubaï ou ailleurs sur le continent.
La valeur n’est donc plus seulement dans la connaissance du droit ivoirien.
Elle est dans la capacité à le connecter aux stratégies internationales des entreprises.
Du sachant au décideur
C’est probablement là que commence la partie la plus intéressante de la trajectoire de Marc Arthur Kouacou.
Jusqu’ici, son parcours documente essentiellement la construction d’une expertise. Sa nomination comme associé ouvre désormais une autre séquence : celle de la responsabilité économique.
Un associé doit contribuer à faire grandir un cabinet.
Cela signifie attirer des clients, anticiper les nouveaux besoins du marché, développer les équipes, arbitrer les investissements internes et positionner l’organisation sur les sujets qui compteront demain.
Or les terrains de croissance ne manquent pas.
Fiscalité internationale, prix de transfert, digitalisation des administrations, restructurations, fusions-acquisitions, implantation des groupes étrangers, expansion régionale des entreprises ivoiriennes, conformité et gouvernance fiscale constituent autant de sujets sur lesquels les directions générales auront besoin d’expertise.
Pour Marc Arthur Kouacou, le défi sera désormais de transformer le capital technique accumulé au fil des années en influence stratégique durable.
C’est ce qui distingue finalement la nomination d’un associé de la simple progression d’un cadre supérieur.
On ne lui demande plus uniquement de maîtriser les règles.
On lui demande désormais de participer à la construction du jeu.
Et dans une Côte d’Ivoire où les entreprises deviennent plus grandes, plus régionales et plus exposées aux exigences internationales, cette frontière entre expertise et décision pourrait bien être l’un des endroits les plus intéressants où observer la prochaine génération de dirigeants du conseil.
Mérimé Wilson
