Le 29 septembre 2026, les producteurs et exportateurs d’ananas et de bananes soumettent à Kassoum Traoré un sujet décisif pour leur activité : les délais. Reçue par le directeur général du Port autonome d’Abidjan, leur organisation professionnelle, l’OCAB, expose les difficultés rencontrées dans l’exportation et le traitement des denrées périssables. Pour cette filière, la circulation des marchandises engage directement la qualité des fruits à destination. La performance portuaire entre ainsi dans la formation de leur valeur commerciale.
Cette rencontre éclaire la responsabilité du nouveau dirigeant. À la tête du PAA, Kassoum Traoré doit assurer la continuité d’une institution dont l’efficacité repose sur l’articulation entre infrastructures, équipements, services et opérateurs. Son passage de la direction de la logistique à la direction générale porte cette exigence à une autre échelle : celle de la coordination d’une place portuaire entière.
Le conseil d’administration l’a désigné directeur général par intérim lors de sa session extraordinaire du 4 mai 2026. Précédemment directeur de la logistique, il succède à Hien Yacouba Sié, nommé ministre des Infrastructures et de l’Entretien routier le 23 janvier. La mission annoncée associe conduite des activités, poursuite de la transformation et renforcement de la compétitivité. Le choix d’un cadre interne inscrit cette transition dans la continuité de la gestion du port.
Son expérience opérationnelle est documentée bien avant cette nomination. En mars 2017, alors directeur adjoint de la logistique, Kassoum Traoré participe à une inspection en usine chez Mediterráneo Señales Marítimas, dans le cadre d’une commande de bouées destinées au Port d’Abidjan. Ces équipements de signalisation appartiennent aux moyens concrets qui encadrent la circulation maritime. Cet épisode situe son parcours au contact des installations et de leur contrôle technique, plusieurs années avant son accession à la direction générale.
Le changement de fonction élargit la nature des décisions. À la direction générale, la disponibilité des équipements doit s’articuler avec les investissements, les ressources humaines, les attentes des entreprises et les obligations de sûreté. Dès sa présentation au comité de direction, le 4 mai, Kassoum Traoré insiste sur le travail collectif et la mobilisation des directions sectorielles. Il affirme également sa volonté de poursuivre la modernisation et le renforcement de la compétitivité du port.
L’ampleur de la plateforme donne sa mesure à cette responsabilité. En 2025, le trafic global net du Port d’Abidjan atteint 46,9 millions de tonnes, contre 40,1 millions en 2024, soit une progression de 17 %. Ce résultat appartient à l’exercice précédant sa nomination. Il constitue le niveau d’activité à partir duquel s’ouvre son mandat, avec les exigences d’organisation qu’impose une telle croissance des marchandises traitées.
Cette activité s’appuie sur un ensemble d’investissements structurants : élargissement et approfondissement du canal de Vridi, deuxième terminal à conteneurs, aménagement de terrains industriels et développement de terminaux spécialisés. Lors des Rencontres africaines du Risk Management de juillet 2026, le PAA souligne lui-même la nécessité d’accompagner ces capacités par une meilleure organisation des flux et une gestion coordonnée des risques, notamment ceux liés à la congestion et aux procédures administratives.
La question de la continuité électrique fournit un exemple précis de cette articulation entre technique et gouvernance. Le 31 août 2026, Kassoum Traoré réunit les responsables et représentants de CI-Énergies, de la CIE, d’AGL et de Côte d’Ivoire Terminal, avec les équipes du PAA, autour de l’alimentation énergétique des terminaux. Les orientations retenues comprennent un cadre permanent de concertation, des études techniques, la sécurisation des installations électriques et l’examen de solutions de secours. Il décide également d’organiser des visites des terminaux pour soutenir le suivi des actions.
Ce dossier révèle la dimension managériale de la fonction. La continuité d’un service portuaire mobilise plusieurs entreprises, plusieurs compétences et plusieurs niveaux de responsabilité. La direction générale doit transformer un problème technique identifié en décisions coordonnées, assorties d’un suivi. L’expérience logistique prend alors sa portée stratégique : elle permet de relier les caractéristiques d’un équipement aux conditions de fonctionnement de l’ensemble.
Les échanges avec les utilisateurs du port prolongent cette responsabilité. Face à l’OCAB, le 29 septembre, Kassoum Traoré invite les professionnels à poursuivre le travail avec les équipes du PAA afin de définir des mesures adaptées aux contraintes de l’exportation. Le sujet est clairement opérationnel : organiser l’acheminement de marchandises dont la conservation impose une discipline particulière dans les délais.
Le 2 octobre, il reçoit David Billon, directeur général de MOVIS, à la tête d’une délégation venue présenter les perspectives de développement de ses activités sur la plateforme. Le 12 octobre, il se rend auprès de Faman Touré, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, au siège de l’institution, à Abidjan-Plateau. Cette seconde rencontre porte notamment sur les préoccupations des entreprises et le renforcement des relations entre les deux institutions. Ces démarches placent les besoins des opérateurs dans le champ direct du dialogue porté par la direction générale.
Pour les entreprises, la qualité du service se mesure tout au long du parcours de la marchandise : accès aux installations, disponibilité des moyens, traitement des opérations et coordination des intervenants. L’enjeu de management consiste à rapprocher ces séquences pour assurer un acheminement prévisible. Les dossiers de l’énergie, des produits périssables et des activités logistiques donnent un contenu concret à cette exigence.
La sûreté appartient pleinement à cet agenda. Le 6 octobre, Kassoum Traoré reçoit une délégation américaine du Bureau des affaires internationales de stupéfiants et d’application de la loi, l’INL. La coopération en matière de protection portuaire, de sécurité maritime et de lutte contre la criminalité transfrontalière figure au centre des échanges.
Du 12 au 16 octobre, le Port d’Abidjan accueille également une formation et un exercice interservices consacrés à la lutte contre les trafics illicites par voie maritime. Organisées dans le cadre du projet SCOPE Africa, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France et Enabel, ces activités comprennent une simulation destinée à tester les procédures d’intervention et la coordination des administrations.
Ces différents dossiers dessinent le périmètre de sa responsabilité : sécuriser les conditions d’exploitation, organiser la coopération et rapprocher les décisions des contraintes rencontrées sur le terrain. Son parcours dans la logistique donne un ancrage opérationnel à cette fonction. La direction générale exige d’étendre cette connaissance à l’ensemble des relations qui déterminent la qualité du service portuaire.
La portée économique de son mandat se joue dans cette articulation. Les capacités d’accueil prennent toute leur valeur lorsqu’elles soutiennent un acheminement fiable, des délais maîtrisés et des opérations sûres. Pour Kassoum Traoré, conduire le Port d’Abidjan revient à organiser cette continuité entre la puissance de l’infrastructure et les besoins des entreprises qui l’utilisent.
Mérimé Wilson
