Hassan Sako, l’architecte discret d’une nouvelle finance islamique des infrastructures africaines

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Il y a des trajectoires qui se lisent comme une montée en puissance méthodique. Celle de Hassan Sako appartient à cette catégorie rare de parcours où la finance n’est pas seulement un métier de chiffres, mais un instrument de transformation économique. Depuis février 2026, il dirige SabrAf Hinfra Catalyst à Abidjan, une plateforme d’investissement en infrastructures présentée comme entièrement conforme aux principes de la finance islamique et dédiée au continent africain. Le positionnement est ambitieux : répondre à l’un des déséquilibres les plus structurants du développement africain, celui qui sépare l’ampleur des besoins en infrastructures de la profondeur encore insuffisamment mobilisée des capitaux disponibles.

Dans une Afrique où les routes, les ports, l’énergie, les plateformes logistiques, les actifs industriels et les infrastructures numériques conditionnent directement la compétitivité des économies, le profil de Hassan Sako prend une dimension particulière. Son sujet n’est pas seulement de financer des projets. Il est de construire des passerelles entre des besoins réels, des capitaux longs, des exigences de bancabilité et un cadre éthique de financement encore trop peu exploité à grande échelle sur le continent.

À la tête de SabrAf Hinfra Catalyst, Hassan Sako s’inscrit dans un champ à forte valeur stratégique : la structuration d’un écosystème d’investissement capable de combiner gestion de fonds d’infrastructures, développement de projets, gestion d’actifs réels et banque d’investissement islamique. Cette architecture intégrée constitue l’un des marqueurs de la plateforme. Elle ne se limite pas à capter des ressources financières ; elle intervient aussi en amont, dans la préparation, la structuration et la sécurisation des projets, afin de les rendre techniquement solides, financièrement lisibles et conformes aux exigences de la finance islamique.

Cette approche correspond précisément au type de compétence dont l’Afrique a besoin pour accélérer la transformation de ses économies. Le continent ne manque pas d’opportunités. Il manque souvent de projets correctement préparés, de montages équilibrés, d’interfaces crédibles entre États, développeurs, investisseurs, institutions financières et marchés de capitaux. C’est dans cet espace exigeant, à la frontière de la technique financière, du développement économique et de la gouvernance des actifs, que Hassan Sako construit sa singularité.

Avant ce nouveau chapitre ivoirien, il a évolué au sein d’Afreximbank, au Caire, comme Manager en Project Finance & Asset Based Finance. Cette expérience dans une institution panafricaine de financement du développement lui a donné une exposition directe aux transactions complexes, aux projets d’infrastructures, aux actifs générateurs de revenus et aux financements à recours limité. Son rôle couvrait notamment l’origination, l’évaluation, la structuration, la négociation de term sheets, la supervision des diligences, la revue de modèles financiers et la présentation de transactions aux comités compétents. Autrement dit, le cœur dur de la finance de projet africaine, là où une ambition économique devient, ou non, une transaction finançable.

Cette étape à Afreximbank a prolongé une expérience déjà dense dans le conseil financier. Pendant près de neuf ans chez Deloitte, Hassan Sako a occupé plusieurs fonctions à responsabilité dans le Financial Advisory, entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Il y a notamment été Senior Manager et Regional Leader pour l’Infrastructure Project Finance and PPP en Afrique de l’Ouest francophone. Là encore, le fil conducteur est clair : modélisation financière, études de faisabilité, structuration de projets complexes, levée de dette ou de fonds propres, appui aux offres, négociation de partenariats public-privé, conseil transactionnel auprès d’opérateurs privés et d’autorités publiques.

Cette période Deloitte a certainement forgé l’un des traits les plus importants de son profil : une capacité à comprendre simultanément le langage des investisseurs, celui des États, celui des développeurs de projets et celui des institutions financières. Dans les infrastructures, cette polyvalence est décisive. Un projet peut être économiquement pertinent mais mal structuré. Il peut être techniquement solide mais insuffisamment lisible pour les prêteurs. Il peut répondre à un besoin public évident mais manquer de gouvernance contractuelle. Le métier consiste alors à transformer une intention en actif investissable.

Hassan Sako semble avoir construit son expertise précisément dans cette zone de complexité. Ses expériences antérieures chez Red Mangrove Development Advisors, JokkoLabs, AIESEC CESAG et même au sein de programmes de développement agricole et nutritionnel montrent une sensibilité précoce aux questions de développement, d’organisation, de stratégie et d’impact. Avant d’être un financier de haut niveau, il a été exposé aux réalités du terrain, aux logiques de projet, aux contraintes des populations, aux modèles économiques fragiles et aux enjeux de planification. Cette base donne à sa trajectoire une profondeur que ne possèdent pas toujours les profils purement transactionnels.

Sa formation confirme cette construction progressive. Après un parcours en comptabilité et finance à l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan puis à l’École Supérieure Polytechnique de Dakar, il se spécialise en management de projet au CESAG Business School. Il complète ensuite son profil par l’International Certificate in Corporate Finance de HEC Paris, centré sur l’analyse financière, la valorisation d’entreprise et les décisions d’investissement et de financement. Depuis septembre 2025, il poursuit un Executive Masters in Islamic Finance à INCEIF University, avec un programme couvrant notamment les principes de la charia appliqués aux affaires et à la finance, les marchés de capitaux islamiques, les pratiques bancaires islamiques, le takaful, la planification patrimoniale, la stratégie et l’éthique professionnelle.

Ce choix académique n’est pas anecdotique. Il signale une volonté d’aligner l’expertise financière classique avec un champ de financement appelé à jouer un rôle croissant dans les économies africaines. La finance islamique, lorsqu’elle est correctement structurée, peut offrir des solutions adaptées aux actifs réels, aux infrastructures, aux partenariats de long terme et aux besoins de financement adossés à l’économie productive. Pour des pays comme la Côte d’Ivoire, qui ambitionnent de consolider leur rôle de hub économique régional, l’enjeu est considérable.

Le nouveau défi de Hassan Sako à la tête de SabrAf Hinfra Catalyst intervient donc à un moment stratégique. Les économies africaines cherchent à accélérer leurs investissements structurants tout en diversifiant leurs sources de capitaux. Les États ont besoin de partenaires capables de comprendre la contrainte budgétaire publique. Les investisseurs recherchent des véhicules fiables, disciplinés et transparents. Les projets doivent répondre à des exigences de rendement, de conformité, d’impact et de gouvernance. Dans cette équation, la finance islamique peut devenir une voie complémentaire crédible, à condition d’être portée par des plateformes solides et par des professionnels capables d’en maîtriser à la fois la doctrine, les instruments et les réalités opérationnelles.

Hassan Sako incarne cette génération de financiers africains qui ne se contente plus d’importer des modèles. Elle les adapte, les structure, les contextualise et les met au service de besoins continentaux précis. Sa trajectoire, entre Abidjan, Dakar et Le Caire, raconte une Afrique financière plus technique, plus connectée, plus exigeante. Une Afrique où la crédibilité ne se décrète pas, mais se construit dans les modèles financiers, les dossiers d’investissement, les négociations, les comités de crédit, les due diligences et les décisions d’allocation de capital.

Son parcours rappelle aussi une chose essentielle : la bataille des infrastructures africaines ne se jouera pas uniquement sur les grands discours. Elle se jouera dans la qualité de la préparation des projets, la sophistication des montages, la confiance entre parties prenantes, la discipline d’exécution et l’émergence de nouveaux véhicules d’investissement capables d’attirer des capitaux patients vers des actifs utiles.

Avec SabrAf Hinfra Catalyst, Hassan Sako ouvre un chapitre qui dépasse sa propre carrière. Il participe à la construction d’un segment encore émergent, mais potentiellement décisif : celui d’une finance islamique africaine des infrastructures, ancrée dans les actifs réels, orientée vers la transformation économique et structurée selon des standards professionnels élevés.

Mérimé Wilson

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