En septembre 2026, Demba Diawara ouvre un nouveau chapitre dans une carrière construite au cœur de la transformation des paiements en Afrique. Après près de onze années chez UnionPay International, dont presque sept à diriger la filiale marocaine et le marché d’Afrique francophone, l’Ivoirien rejoint BPC comme Managing Director Francophone Africa. Une nomination qui place à la tête du développement régional du groupe un dirigeant dont le parcours raconte, sur plus de deux décennies, le passage progressif de l’informatique bancaire à la stratégie commerciale, puis au pilotage de marchés multinationaux. Sa prise de fonction a été annoncée en septembre 2026, avec pour priorité affichée l’expansion de BPC auprès des banques, fintechs, processeurs et acteurs publics de la région.
Chez Demba Diawara, la monétique n’est pas une spécialisation acquise tardivement. Elle est le prolongement d’une formation initialement technologique. Diplômé en MIAGE de l’Université d’Abobo-Adjamé en 2001, il complète ensuite ce socle par l’ITB de l’École supérieure de la banque entre 2009 et 2011. Cette double culture, systèmes d’information et métiers bancaires, devient la matrice de son évolution professionnelle.
Ses premières responsabilités le placent précisément à l’intersection de ces deux univers. Après des fonctions dans les systèmes d’information en Côte d’Ivoire et au Sénégal, notamment à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire, GITECH et ISNET, il rejoint Ecobank en 2006 au sein du Transaction Banking Department. Il y travaille sur des infrastructures déjà déterminantes pour la banque numérique : GAB, terminaux de paiement, SMS Banking et Internet Banking.
De la technologie au business bancaire
Le passage chez UBA marque un premier changement d’échelle. Entre 2007 et 2012, Diawara évolue des opérations cartes au cash management avant de prendre la responsabilité de l’Electronic Banking. Il ne s’agit plus seulement de faire fonctionner une infrastructure : il faut construire des produits, organiser leur pénétration commerciale, piloter leur rentabilité et les inscrire dans les contraintes de conformité d’une banque panafricaine.
Visa lui ouvre ensuite une dimension plus régionale. De 2013 à 2015, il intervient comme Business Development Executive pour l’Afrique centrale. Le technicien devenu banquier se transforme alors en développeur de marchés, travaillant sur les plans pays, la relation avec les institutions financières et l’identification de nouvelles opportunités commerciales. Son profil public mentionne notamment une reconnaissance interne de Visa liée à ses efforts en matière d’innovation.
Mais c’est chez UnionPay International que cette trajectoire prend sa dimension véritablement continentale. Arrivé en 2015 comme Business Development Manager pour l’Afrique francophone, il devient en 2019 Managing Director de la branche marocaine tout en conservant la responsabilité des marchés francophones africains. Pendant cette période, son métier consiste à négocier avec les banques, les switches nationaux et les différents acteurs de l’écosystème pour élargir l’acceptation puis l’émission des solutions UnionPay. Le rapport 2023 du CONOBAFI le mentionnait encore comme Directeur Afrique francophone d’UnionPay au sein d’un comité consacré à la normalisation des API pour les services financiers numériques dans l’UEMOA.
Cette décennie lui donne surtout une connaissance difficile à acquérir autrement : celle des différences entre les marchés bancaires africains, de leurs infrastructures, de leurs régulateurs, de leurs circuits de décision et de la manière dont une technologie internationale doit être adaptée aux réalités locales.
Chez BPC, passer de l’expansion d’un réseau à celle d’une plateforme
Son arrivée chez BPC change toutefois la nature du défi. Il ne s’agit plus essentiellement d’étendre un réseau international de cartes. BPC se positionne sur une chaîne technologique beaucoup plus large : émission, acquisition, switching, paiement en temps réel, e-commerce, prévention de la fraude et infrastructures de paiement à travers sa plateforme SmartVista. Le groupe, basé en Suisse, revendique aujourd’hui une présence dans plus de 140 pays.
Pour Diawara, le mandat devient ainsi plus transversal. Son expérience des banques africaines devra désormais servir la commercialisation d’infrastructures capables de toucher le cœur même des systèmes de paiement. BPC indique notamment que SmartVista peut couvrir les paiements en temps réel, le processing, l’émission, l’acquisition et l’orchestration des paiements.
C’est précisément ce qui rend cette nomination intéressante. Après avoir commencé sa carrière dans les architectures informatiques, Demba Diawara revient, plus de vingt ans plus tard, à la technologie, mais depuis l’autre extrémité de la chaîne : celle de la stratégie, du chiffre d’affaires, des grands comptes et de l’expansion régionale.
Son nouveau mandat permettra donc de mesurer sa capacité à transformer un capital relationnel et une connaissance fine des marchés francophones en contrats, en déploiements technologiques et en positions commerciales durables pour BPC. Dans une Afrique où la bataille des paiements se déplace progressivement de la simple émission de cartes vers l’interopérabilité, le temps réel, les plateformes ouvertes et la sécurisation des transactions, son parcours lui donne une lecture singulièrement complète du terrain.
Mérimé Wilson
