Conseillère technique chargée de l’innovation et de l’intelligence artificielle au ministère de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Bita Saran Diomandé apporte à l’action publique un parcours construit dans le développement international, l’entrepreneuriat et l’organisation des entreprises. Sa responsabilité se situe à un endroit décisif : la transformation d’une ambition technologique en services effectivement utilisés.
Sa fille n’avait que trois mois lorsque Bita Saran Diomandé a commencé à accompagner SYS Énergies. Dans le récit qu’elle livre de cette collaboration engagée après la naissance de son enfant en 2021, les rendez-vous professionnels se glissent entre les tétées et les siestes. Avec l’entrepreneur Dogomo Soumahoro, elle travaille à la stratégie de l’offre, puis à sa commercialisation. Quelques années plus tard, l’entreprise la sollicite à nouveau pour préparer son plan stratégique 2026. Une relation de conseil qui inscrit la méthode dans la durée et dans la réalité d’une PME ivoirienne.
En rejoignant en 2026 le cabinet de Djibril Ouattara, à l’issue d’une sélection ouverte, cette diplômée du MIT Sloan change d’échelle. Conseillère technique chargée de l’innovation et de l’intelligence artificielle, elle intervient désormais dans la transformation numérique de l’État. Sa nomination éclaire un enjeu central de cette politique : la capacité à faire fonctionner les solutions au-delà de leur démonstration, dans des organisations appelées à les utiliser chaque jour.
Son parcours traverse en effet des environnements où une bonne idée doit rapidement se confronter aux conditions de son exécution. Le développement international, d’abord, avec la mise en œuvre de projets en Afrique et en Asie. Puis l’entrepreneuriat et le conseil, auprès de jeunes entreprises, de PME et d’organisations à but non lucratif. Entre ces univers, une même difficulté revient : organiser les ressources, les personnes et les procédures nécessaires à la réalisation d’un projet.
La formation internationale, puis l’épreuve des organisations
Son MBA à la MIT Sloan School of Management, obtenu en 2015, inscrit cette expérience dans une formation consacrée au management et à l’entrepreneuriat. La portée du diplôme tient ici à son articulation avec un travail d’accompagnement opérationnel. Son activité de conseil couvre la stratégie de commercialisation, l’organisation interne, les procédures d’achat et de comptabilité ainsi que le développement des capacités des équipes.
Cet ensemble compose une spécialité moins spectaculaire qu’un lancement de produit, mais déterminante dans la vie d’une entreprise. Une solution doit rencontrer un acheteur, tenir sa promesse et pouvoir être livrée de manière répétée. La croissance exige ensuite une organisation qui continue de fonctionner lorsque le fondateur ne supervise plus chaque décision. C’est précisément ce passage entre invention, marché et structuration qui donne sa cohérence à la trajectoire de Bita Saran Diomandé.
En 2018, sa participation au jury du prix Anzisha la place au contact de jeunes entrepreneurs africains soumis à cette épreuve. Les finalistes y présentent leurs entreprises après une phase d’accompagnement destinée à renforcer leurs fondamentaux. Évaluer ces projets implique de regarder ensemble l’utilité de la solution, la qualité de l’exécution et la solidité du modèle économique. Cette séquence prolonge son inscription dans l’écosystème entrepreneurial du continent.
Son passage chez MovingWorlds apporte une autre dimension. Elle explique avoir rejoint l’organisation à la fin de 2023 pour y conduire des activités de renforcement des capacités d’entrepreneurs sociaux, après plusieurs années de développement et d’expérimentation d’une méthode destinée à réduire les risques de l’entrepreneuriat. L’objectif des programmes auxquels elle contribue consiste à rendre les entreprises commercialement viables et mieux préparées à accueillir des investissements.
Le marché comme discipline de travail
La distinction est essentielle. Préparer une entreprise à recevoir des capitaux suppose de travailler ce que l’argent ne corrige pas à lui seul : la compréhension du client, la qualité de l’offre, l’organisation et la capacité à tenir des engagements. Dans cette approche, la recherche de financement intervient au sein d’une construction économique plus large. Elle doit soutenir une activité dont les mécanismes commencent à être éprouvés.
L’accompagnement de SYS Énergies, entreprise ivoirienne active dans le solaire et l’efficacité énergétique, donne un ancrage local à ce positionnement. Bita Saran Diomandé décrit une intervention sur l’adéquation entre l’offre et son marché, puis sur la stratégie de commercialisation et sa mise en œuvre. Le dirigeant de l’entreprise a publiquement salué son appui à la structuration de la société. Le cas relie ainsi son expérience internationale aux besoins concrets d’un opérateur ivoirien.
Ce travail auprès d’une PME met en lumière les exigences économiques qui entourent la technologie. Une installation solaire répond à des attentes de coût, de fiabilité et de continuité. De même, un service numérique doit améliorer une opération identifiable pour justifier son adoption. L’efficacité d’une innovation se mesure dans les conditions réelles de son emploi, auprès de ceux qui doivent la financer, la faire fonctionner et lui faire confiance.
Changer d’échelle dans l’action publique
Cette expérience prend une portée différente au ministère. Le 1er septembre 2026, le département de la Transition numérique a annoncé un partenariat avec Mistral comprenant un audit de l’écosystème national et la préparation d’une feuille de route opérationnelle. L’évaluation des données et des infrastructures, ainsi que la sélection de cas d’usage dans l’administration, la santé, l’éducation et l’agriculture, figurent parmi les travaux annoncés. Artefact Côte d’Ivoire est associé à cette mission.
Sa fonction s’inscrit dans ce dispositif collectif. Une politique d’IA engage des ministères, des équipes techniques, des prestataires et des utilisateurs aux responsabilités différentes. La difficulté managériale réside dans leur coordination : qui formule le besoin, qui détient les données, qui assume l’exploitation et qui répond du résultat obtenu ?
Les réflexes de l’accompagnement entrepreneurial trouvent ici un terrain exigeant. La sélection d’un problème précis, l’expérimentation et l’observation des usages peuvent éclairer une décision d’investissement. Mais l’administration ajoute ses propres obligations : continuité du service, égalité de traitement, protection des informations et maîtrise de la dépense. Le changement d’échelle réclame donc une adaptation de la méthode aux responsabilités publiques.
Bita Saran Diomandé occupe ainsi une fonction de liaison entre des mondes qui doivent apprendre à travailler ensemble. Sa formation internationale et son expérience auprès des entreprises lui donnent des points d’entrée dans cet exercice. Les résultats de son action se liront dans des réalisations observables : des services adoptés, des opérations améliorées et des équipes capables d’en assurer la durée. Pour cette professionnelle de la structuration, le nouveau terrain d’exécution porte désormais les dimensions de l’État.
Oswald M
