Revenu à la direction générale de CI-ENERGIES le 24 juillet 2026, après avoir dirigé l’ANARE-CI, Amidou Traoré réunit une expérience de l’exploitation, des investissements et de la régulation électriques. Ce parcours lui donne une connaissance transversale d’un secteur dont la performance engage directement la compétitivité des entreprises ivoiriennes.
Le 24 juillet 2026, au vingtième étage de la Tour EECI, Amidou Traoré a repris la direction générale de CI-ENERGIES. La passation avec Noumory Sidibé, sous la présidence du président du conseil d’administration Yves Konan, officialisait un retour après près de cinq années à la tête du régulateur électrique. Le dirigeant retrouvait une société qu’il avait déjà conduite avant son départ pour l’ANARE-CI en août 2021. Entre ces deux mandats, il a observé le secteur depuis une responsabilité différente : celle du contrôle, des règles et de la protection des usagers.
Cette circulation entre les fonctions constitue le fait le plus éclairant de sa trajectoire. Une centrale, une ligne de transport, un contrat d’approvisionnement et une décision tarifaire interviennent sur le même service, avec des contraintes distinctes. Amidou Traoré a exercé dans plusieurs de ces univers. Son retour place cette expérience au service d’une entreprise publique chargée de planifier les investissements, d’en conduire la réalisation pour le compte de l’État et de suivre les flux du secteur.
De la protection des systèmes à la conduite de la production
Ingénieur en génie électrique formé à l’ESIGELEC de Rouen, spécialisé dans la protection des systèmes électriques, Amidou Traoré construit son parcours au sein de l’électricité ivoirienne. Il passe par les fonctions de chef de service, de directeur d’usine hydroélectrique, puis de directeur de la production d’électricité. Il devient ensuite directeur général adjoint de la Compagnie ivoirienne d’électricité, chargé de la production, du transport et des mouvements d’énergie.
La progression relie plusieurs échelles de décision. Dans une unité de production, la disponibilité des équipements et la sécurité des interventions sont des responsabilités immédiates. À l’échelle du réseau, l’équilibre dépend aussi de la coordination entre les centrales, les lignes et les besoins des consommateurs. La production trouve sa valeur économique dans la capacité à acheminer l’énergie au bon endroit, au moment où elle est nécessaire.
Cette culture de l’exploitation donne une profondeur particulière à son passage vers la maîtrise d’ouvrage publique. Décider d’un investissement électrique engage des ressources sur une longue durée. Il faut apprécier les besoins futurs, les capacités existantes, les délais de réalisation et les conditions de raccordement. La connaissance des équipements permet d’interroger les projets depuis leur fonctionnement attendu, leur maintenance et leur intégration au système.
Les investissements comme construction d’ensemble
Son premier parcours à la tête de CI-ENERGIES est associé à plusieurs chantiers structurants : le barrage de Soubré, le Projet de développement et de réhabilitation du réseau électrique de Côte d’Ivoire et le Programme national d’électrification rurale. Ces réalisations relèvent d’un travail collectif porté par l’État, les équipes du secteur, les partenaires financiers et les entreprises de construction. Elles décrivent néanmoins la nature des responsabilités qu’il a exercées.
Soubré, d’une puissance installée de 275 mégawatts et mis en service en 2017, illustre cette dimension systémique. Le projet comprend également un réseau d’évacuation de l’énergie. La centrale et ses liaisons participent à une même chaîne de valeur : produire davantage suppose de disposer des infrastructures capables de transporter cette production et de l’intégrer à l’offre disponible.
L’électrification rurale déplace encore la question. L’extension du réseau ouvre des possibilités nouvelles pour les activités économiques et les services collectifs. Elle implique ensuite la capacité à desservir les usagers, à entretenir les installations et à accompagner l’évolution de la demande. Ce sont des décisions de long terme, dont les effets se mesurent dans l’utilisation effective des infrastructures.
La dimension régionale complète ce parcours. Amidou Traoré a exercé des responsabilités au sein de TRANSCO CLSG, société liée à l’interconnexion entre la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée, ainsi que dans les instances d’échanges électriques ouest-africains. Cette expérience inscrit le développement national dans une économie des flux transfrontaliers, où les engagements commerciaux et la coordination technique doivent avancer ensemble.
Ce que le passage par la régulation change
À partir d’août 2021, la direction générale de l’ANARE-CI lui confie un autre point d’observation. L’institution veille au respect des règles et des obligations des opérateurs, propose les tarifs applicables, protège les droits des usagers et contribue au règlement des litiges. La responsabilité dépasse la réalisation d’un équipement : elle porte sur les conditions dans lesquelles le service électrique est assuré et les intérêts en présence sont conciliés.
Le retour à CI-ENERGIES intervient donc après une confrontation prolongée aux arbitrages de l’ensemble du secteur. Le coût d’un service, sa qualité, sa soutenabilité financière et son accessibilité sont des questions liées. L’investissement public doit tenir compte de ces relations pour que l’accroissement des capacités se traduise en amélioration durable de l’offre.
Ces trois responsabilités relient la connaissance des ouvrages, celle des décisions d’investissement et celle des obligations de service. Elles donnent sa cohérence au mandat ouvert en juillet 2026. Amidou Traoré retrouve la maîtrise d’ouvrage avec une expérience qui couvre plusieurs étapes de la décision électrique, depuis le fonctionnement des installations jusqu’aux conditions économiques de leur utilisation.
Pour les dirigeants d’entreprise, l’enjeu possède une traduction immédiate. La continuité de l’alimentation électrique entre dans la qualité de la production industrielle, la conservation des marchandises et le fonctionnement des services numériques. Les choix du secteur influencent les coûts d’exploitation, les besoins de secours et les décisions d’implantation. La performance de CI-ENERGIES s’inscrit ainsi dans les conditions de compétitivité de l’économie ivoirienne.
Le mandat d’Amidou Traoré sera observé à travers la cohérence entre projets, réseaux, délais et moyens financiers. Son expérience lui donne une connaissance des interdépendances qui relient ces décisions. La portée de son retour se jugera dans leur mise en œuvre : des investissements intégrés au système, des ouvrages disponibles et une offre électrique capable d’accompagner les besoins des ménages comme ceux des entreprises.
Mérimé Wilson

